Les chiffres sont alarmants et les conséquences sanitaires désastreuses. Selon les données de l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes (GATS) de 2013, révélées par l’Institut national de la statistique (INS) et le ministère de la Santé publique en 2014, près de 1,1 million de Camerounais sont des fumeurs actifs, tandis qu’un effarant 6,72 millions sont victimes du tabagisme passif.
Cette exposition, qu’elle soit directe ou indirecte, ouvre la voie à un large éventail de pathologies graves, allant des affections cardiovasculaires et pulmonaires aux multiples formes de cancers, sans oublier les risques accrus pour les nourrissons et la détérioration de la vision.
La Coalition Camerounaise Contre le Tabac (C3T) tire la sonnette d’alarme face à ce fléau qui ampute des années de vie et compromet la santé de millions de Camerounais.
Selon les données de cette enquête, près de 1,1 million de Camerounais sont des usagers actifs du tabac. Un chiffre considérable auquel s’ajoute une réalité tout aussi inquiétante : 6 720 000 personnes sont exposées à la fumée secondaire, une forme de tabagisme passif aux dangers avérés.
Le rapport met en lumière les risques sanitaires considérables liés à l’exposition au tabac, qu’elle soit directe ou indirecte. Chez l’adulte, le tabagisme actif est associé à une augmentation d’environ 25 % des risques de cardiopathie ischémique et de cancer du poumon. Des chiffres alarmants qui soulignent l’impact dévastateur de la cigarette sur le système cardiovasculaire et les voies respiratoires.
La Coalition Camerounaise Contre le Tabac (C3T) alerte également sur les conséquences néfastes du tabagisme passif, en particulier chez les enfants. L’exposition à la fumée de tabac augmente significativement le risque de mort subite du nourrisson, d’infections respiratoires, d’otites et d’asthme. La C3T insiste sur le fait qu'”il a été clairement démontré sur le plan scientifique que le tabagisme passif est la cause de décès, de maladies et d’incapacités et comporte des dangers, notamment pour les enfants à naître et les nourrissons. Il peut provoquer ou aggraver des problèmes respiratoires chez les personnes qui inhalent la fumée.
La C3T met en garde contre la composition extrêmement dangereuse de la fumée de cigarette. “Lorsque vous inhalez de la fumée de cigarette, vous vous exposez à un cocktail de 4000 substances chimiques dont plus de 250 sont nocives et une cinquantaine cancérigène.” Parmi cette liste impressionnante de toxines, on retrouve des substances aux effets particulièrement délétères : le benzopyrène, un puissant agent mutagène et cancérigène ; le chlorure de vinyle, utilisé dans les plastiques et connu pour diminuer la libido ; le mercure, hautement toxique ; l’acide cyanhydrique, tristement célèbre pour son usage dans les chambres à gaz ; l’ammoniac, un détergent corrosif ; ou encore l’acétone, un solvant industriel.
La liste continue avec des substances tout aussi préoccupantes : la naphthylamine, un cancérogène probablement impliqué dans le cancer de la vessie ; l’acroléine et l’acétaldéhyde, des irritants des voies respiratoires ; le méthanol, un carburant pour fusées ; la nicotine, utilisée comme herbicide et insecticide ; le cadmium, présent dans les batteries ; le monoxyde de carbone, un gaz mortel à forte dose ; l’uréthane, un cancérogène ; le toluène, un solvant industriel ; l’arsenic, un poison violent ; la dibenzacridine, très toxique et cancérogène ; le phénol, un irritant puissant utilisé à des fins mortelles durant la Seconde Guerre Mondiale ; le butane, un irritant respiratoire ; le polonium 210, un élément radioactif dangereux ; et enfin, les goudrons, considérés comme parmi les substances les plus cancérigènes présentes dans la fumée de tabac.
Les conséquences du tabagisme sur l’espérance de vie sont également alarmantes. L’usage quotidien de cigarettes entraîne une diminution significative de la durée de vie : en moyenne, une perte de 2 à 3 ans pour 10 cigarettes par jour, de 5 à 7 ans pour 20 cigarettes par jour, et de 8 à 10 ans pour une consommation de 40 cigarettes par jour.
Le rapport de l’INS et du MINSANTE, corroboré par les informations de la C3T, met en évidence les principales maladies directement liées à la consommation de tabac. On retrouve en tête de liste les cancers de la trachée, des bronches et du poumon, la bronchite chronique et les maladies pulmonaires obstructives. Le tabac est également un facteur de risque majeur pour les cancers des lèvres, de la cavité buccale et du pharynx, de l’œsophage et du larynx.
De plus, le tabagisme est un facteur de risque important pour un grand nombre d’autres pathologies, notamment le cancer de l’estomac, de la vessie, du col de l’utérus, ainsi que les maladies cardiovasculaires. Chez les femmes enceintes fumeuses, le risque de mort subite du nourrisson est également accru. Les ophtalmologistes alertent quant à eux sur le rôle de la nicotine dans la diminution de la vision centrale, l’apparition précoce de cataractes et le développement du glaucome.
A lire aussi: Extrême-Nord : Entre urgences sanitaires et défis humanitaires croissants
Face à ces dangers, les autorités camerounaises ont pris des mesures réglementaires. Dans le cadre de la loi-cadre sur l’environnement adoptée en 1996, un décret portant réglementation des substances nocives et/ou dangereuses interdit la production, l’importation, le transit et la circulation sur le territoire national d’une vingtaine de substances figurant dans la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants. Le décret soumet également la détention, la commercialisation et le conditionnement de certains pesticides à un régime d’autorisation préalable, prenant en compte l’élimination de tout danger pour la santé et l’environnement, notamment en matière de stockage pour limiter la dispersion dans l’air et l’eau.
Les données alarmantes révélées par l’enquête GATS et les mises en garde de la C3T soulignent l’urgence de renforcer la lutte contre le tabagisme au Cameroun. La sensibilisation aux dangers du tabac actif et passif, la mise en œuvre de politiques de prévention efficaces et le strict respect des réglementations existantes sont essentiels pour protéger la santé des populations et réduire le fardeau des maladies liées au tabac dans le pays.
E.S.N













Comments are closed