Limbé, Bamenda, Ngaoundéré, et désormais l’Extrême-Nord : les inondations et glissements de terrain se multiplient depuis début août au Cameroun, faisant plusieurs morts. L’Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC) avait pourtant multiplié les mises en garde ces dernières semaines.
Le 5 août 2026, des pluies torrentielles se sont abattues sur Limbé, dans la région du Sud-Ouest. Le bilan provisoire officiel fait état de trois morts, de nombreux sans-abris et d’importantes destructions matérielles. Le drame s’est joué dans le quartier de Mbende, où le flanc d’une colline gorgée d’eau s’est effondré, déclenchant une coulée de boue qui a enseveli une habitation familiale. Les victimes, Epulie Melanie (26 ans), Meh Blessing Duh (25 ans, enceinte) et Fanny Duh (14 ans), appartenaient à la même famille. Le Jardin botanique de Limbé et le centre de protection de la faune sauvage de la ville ont également été touchés.
Bamenda : morts d’enfants et quartiers évacués
À Bamenda, capitale du Nord-Ouest, un premier drame est survenu dès le 2 août : deux enfants ont été emportés par un violent courant d’eau dans le quartier Ntamulung. Les inondations se sont poursuivies tout le mois, au point que la Senior Divisional Officer de la Mezam et le maire de la ville ont dû lancer, les 17 et 18 août, un appel à évacuation des zones à risque, dont les quartiers Sisia, Abangoh, New Layout et Ntambag.
Ngaoundéré touchée à son tour
Le phénomène a gagné l’Adamaoua le 19 août : une crue a surpris les habitants du quartier Bois de Mardock à Ngaoundéré, où les eaux d’un cours d’eau ont débordé, atteignant la voie ferrée reliant la ville à Yaoundé, un axe emprunté chaque semaine par des milliers de voyageurs.Un décès a été enregistré.
L’Extrême-Nord, région historiquement la plus exposée
L’Extrême-Nord, région la plus vulnérable du pays face aux inondations, a également été placée sous surveillance renforcée. Dans son bulletin d’alerte du 11 août couvrant les dix jours suivants, l’ONACC a identifié plusieurs localités de la région dont la ville de Maroua, Tokombéré, Yagoua et Gazawa comme zones à risque d’inondation jusqu’au 20 août. Cette région cumule déjà un lourd passif : elle a connu des crues dévastatrices les années précédentes, notamment dans les départements du Logone-et-Chari, du Mayo-Danay et du Diamaré, avec des milliers de sinistrés et des destructions massives d’habitations et de terres cultivées à chaque saison des pluies.
Des alertes répétées de l’ONACC
Dans son bulletin couvrant la période du 11 au 20 août, l’ONACC signalait des risques d’inondation dans sept des dix régions du pays, ainsi que des risques de glissement de terrain dans certaines localités des régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest, de l’Ouest et du Littoral, favorisés par des pluies abondantes sur des sols saturés. Un précédent bulletin annonçait déjà environ 70 % de probabilité de fortes précipitations dans plusieurs localités du pays. Selon les statistiques de l’ONACC, un total de 97 inondations et glissements de terrain se sont produits entre 2019 et 2022 au Cameroun.
La responsabilité humaine pointée du doigt
Après le drame de Limbé, la ministre de l’Habitat, Célestine Ketcha Courtès, a instruit les autorités administratives et les maires à mobiliser des brigades d’intervention. Elle a souligné que l’efficacité des investissements consentis par l’État pour l’assainissement des villes est compromise par des facteurs humains, citant les dépôts sauvages de déchets dans les caniveaux et l’occupation illégale des zones inondables. Des experts environnementaux pointent également des lacunes persistantes en matière de drainage, d’aménagement urbain et de préparation aux catastrophes.










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