À l’occasion de la 36e édition de la Journée de l’enfant africain, le Dr Henry Ebong Nkumbe, Directeur général du Magrabi ICO Cameroon Eye Institute (MICEI), met en lumière l’impératif d’une prise en charge précoce des pathologies visuelles. Entre enjeux éducatifs, lutte contre les préjugés liés au strabisme et nécessité d’intégrer la santé oculaire dans la Couverture Santé Universelle, le spécialiste détaille les stratégies de l’institut d’Obak pour rendre l’excellence médicale accessible à tous les jeunes Camerounais.
Vous avez souligné le lien entre la santé oculaire et l’apprentissage des enfants, surtout en cette année de commémoration des 50 ans du massacre de Soweto. Concrètement, quelles actions ou programmes allez-vous mettre en place pour dépister et prendre en charge les problèmes de vision chez les enfants, en particulier dans les communautés les plus défavorisées ?
Cette année est très importante parce que cette célébration commémore le massacre de Soweto en 1976, pendant lequel des enfants ont perdu la vie alors qu’ils revendiquaient une amélioration de leur éducation. Aujourd’hui, nous commémorons le 50e anniversaire de cet événement, et c’est pour cela que nous avons décidé de mettre l’accent sur la santé oculaire. Nous savons tous que, pour l’éducation de nos enfants, la santé visuelle est primordiale, étant donné qu’environ 70 % de ce qu’un enfant apprend passe par les yeux. C’est la raison pour laquelle nous avons accordé une attention particulière, cette année, à la santé visuelle des enfants.
Et quelles sont les pathologies les plus lourdes que vous recevez au Magrabi ICO Cameroon Eye Institute (MICEI) ?
En ce qui concerne les pathologies les plus fréquentes, nous estimons qu’environ 10 % de nos enfants souffrent d’une erreur de réfraction, c’est-à-dire qu’ils ont soit de la myopie, soit de l’astigmatisme, soit de l’hypermétropie. Ce sont des pathologies oculaires qui peuvent empêcher l’enfant de bien suivre les cours.
Le thème officiel de cette 36e édition de la Journée de l’enfant africain met l’accent sur l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. En quoi le manque d’eau potable et d’hygiène dans nos communautés impacte-t-il directement les yeux des enfants ?
L’une des causes principales du trachome est le manque d’hygiène et le manque d’eau. Nous savons tous que l’une des stratégies pour l’élimination du trachome consiste à mettre de l’eau à disposition, à améliorer l’hygiène faciale et aussi l’hygiène environnementale. C’est donc très important.
Votre institut à Obak est reconnu comme un pôle d’excellence en Afrique centrale, notamment avec des services pointus de neuro-ophtalmologie, de glaucome et de strabisme. Dr Henry EBONG NKUMBE, comment vos équipes parviennent-elles à adapter ces technologies de pointe, souvent d’origine occidentale, aux réalités économiques et sociales des familles camerounaises qui franchissent vos portes ?
C’est une très bonne question. La qualité a son prix, et nous faisons tout pour que nos prestations et nos services soient abordables pour tous les Camerounais. Nous avons donc un système de subvention croisée. Par ailleurs, nous envoyons nos professionnels, médecins et infirmiers, se former dans des pays comme l’Inde, qui ont su adapter ces technologies à des populations à revenus moyens. Ce sont ces astuces qui facilitent l’adaptation de ces technologies à notre environnement.
Parmi les services proposés lors de cette campagne, il y a la prise en charge du strabisme et de la pédiatrie oculaire. On sait que beaucoup de parents considèrent encore le strabisme chez les enfants comme une simple fatalité esthétique, voire mystique. Quel est le message d’urgence médicale que vous leur adressez aujourd’hui sur l’importance d’un dépistage avant l’âge de 8 ans ?
Le dépistage avant l’âge de 8 ans est très important. Vous avez évoqué tout à l’heure l’exemple du strabisme. Le strabisme peut cacher d’autres pathologies, comme par exemple une cataracte ou un rétinoblastome. Le rétinoblastome est un cancer de l’œil. Mais cela peut aussi cacher une simple erreur de réfraction, c’est-à-dire que l’enfant a seulement besoin d’une paire de lunettes. Si l’on ne corrige pas le strabisme, les deux yeux n’apprennent pas à travailler ensemble et l’enfant peut facilement développer un œil paresseux. Il est donc très important qu’une consultation soit faite dès l’apparition des premiers signes d’un strabisme. Et en dehors du strabisme, il est essentiel que les parents aient l’habitude de faire consulter leur enfant régulièrement. Il ne faut pas attendre que des signes ou des symptômes apparaissent avant de consulter.
Mais la maladie, elle, ne s’arrête pas le 18 juin. En tant que directeur général, quel modèle défendez-vous pour que l’accès aux soins oculaires de haute qualité ne soit plus un luxe ponctuel, mais un droit permanent pour chaque enfant ?
Je pense que la réponse à cette question réside dans l’intégration des soins oculaires dans la CSU, la Couverture Santé Universelle. Oui, dans la Couverture Santé Universelle. C’est très important, car si cela est fait – et c’est d’ailleurs un élément qui a été pris en compte dans notre plan stratégique de santé oculaire 2025-2030 – nous croyons que si ce plan est mis en œuvre, si elle est implémentée, ce que vous évoquez ne sera plus un luxe, et la santé oculaire sera accessible et abordable pour tout le monde.










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