Après l’amplification de la phase 1 de la Couverture Santé Universelle (CSU) dans la région du Centre, les acteurs du système sanitaire sont réunis à Mbalmayo pour dresser le bilan de l’année 2024. Résultats encourageants, failles préoccupantes et espoirs pour l’avenir rythment les travaux de l’atelier régional d’évaluation, organisé par le GIP-Fonds Régional pour la Promotion de la Santé du Centre (FRPS).
Une avancée palpable dans l’enrôlement des bénéficiaires
Le Dr Azoumbou Mefant Thérèse, Déléguée régionale de la santé publique pour le Centre, a présenté un état des lieux chiffré révélateur : « Depuis le lancement de la CSU, nous avons pré-enrôlé 464 400 personnes, soit 12% de la cible attendue, et enrôlé 370 122, soit 52%. » Parmi ces bénéficiaires, les enfants de 0 à 5 ans représentent 234 110 (47%) et les femmes enceintes, 53 802 (32%).
L’enrôlement est plus avancé pour certaines cibles prioritaires : les patients sous traitement anti-tuberculeux sont à 5 190, atteignant 98% de la cible, tandis que les patients vivant avec le VIH sont à 86 109 soit 74% de la cible attendue et ceux sous hémodialyse sont à 961000.
Des prestations de santé élargies et subventionnées
La CSU, instruite par le président de la République en 2017, ambitionne de lever les barrières financières à l’accès aux soins. En 2024, elle s’est traduite par un vaste panier de soins incluant : Consultations gratuites pour les enfants de 0 à 5 ans, prise en charge gratuite du paludisme simple et grave, traitement gratuit du VIH et de la tuberculose, première consultation gratuite de la femme enceinte, hémodialyse plafonnée à 15 000 FCFA par an et le chèque santé (effectif dans 7 régions et en cours d’implémentation dans le Centre) : prise en charge de la grossesse à l’accouchement et de l’enfant jusqu’à 42 jours pour 6 000 FCFA seulement.
« Une femme paie 6 000 francs et est couverte pour l’ensemble de sa grossesse, les examens, l’accouchement, même par césarienne, et les soins de l’enfant », a insisté Dr Azoumbou.
Le rôle clé du Fonds Régional : tiers payant et vérificateur
Le Dr Lucien Mama, Administrateur du Fonds Régional pour la Promotion de la Santé du Centre a précisé : « Le Fonds agit comme tiers payant. Nous recevons les financements de l’État et remboursons les prestations des formations sanitaires après vérification minutieuse via la plateforme OpenIMIS. En 2024, nous avons payé environ 95% des prestations validées. »
Il a salué l’intensification de la communication, qui a permis une meilleure compréhension de la CSU au sein des communautés : spots radio, affiches, dépliants, réunions de sensibilisation ont été largement utilisés. Il a également souligné l’implication croissante des collectivités territoriales : « Nous avons formé maires et conseillers régionaux, responsables des comités de gestion hospitalière, pour une appropriation plus efficace. »
Des exemples locaux d’adhésion et de résultats
À l’échelle des formations sanitaires, les résultats sont également encourageants. Le Dr Paul Eloudou directeur de l’hôpital de district d’Efoulan, indique : « Nous avons enregistré plus de 6 500 enfants de moins de 5 ans, 3 400 personnes vivant avec le VIH, et plus de 300 cas de tuberculose. Ces patients bénéficient de soins gratuits. »
Il concède toutefois que « certains patients n’ont pas encore compris que la CSU ne couvre pas tous les soins, ce qui génère parfois des attentes irréalistes, comme dans le cas des cancers. »
La voix de la communauté : plaidoyers et dénonciations
Isidore Ekobo, président du Comité de santé du District de Djongolo, représentant la communauté, a dénoncé les cas de surfacturation et d’abus : « Des accouchements par voie basse ont été facturés jusqu’à 50 000 FCFA, alors que le chèque santé plafonne à 6 000 FCFA. »
Il a souligné les difficultés de surveillance dans certaines formations sanitaires : « Beaucoup n’appliquent pas les gratuités, ou refusent d’enregistrer les patients, empêchant ainsi les remboursements. »
Il appelle à plus de moyens pour les régulateurs, des contrôles stricts, et à des sanctions exemplaires : « Il faut frapper fort contre les prestataires véreux. La CSU est un bien public. »
Le message des autorités administratives
Simplice Hervé Kengne, Inspecteur Général des Services Régionaux du centre, représentant, Paul Naseri Bea gouverneur de la région du Centre, par ailleurs président de l’assemblée générale du FRPSC, a encouragé tous les acteurs à s’approprier les recommandations qui découleront de cet atelier : « Que chaque participant retourne dans son unité avec un plan d’action clair pour que la CSU devienne une réalité dans chaque commune, dans chaque district. »
Perspectives et défis
Parmi les innovations de 2024, on retient les formations des formateurs dans tous les niveaux du système sanitaire : hôpitaux de district, CMA, CSI, et agents de santé communautaire.
Les défis restent cependant importants : faible taux d’enrôlement des femmes enceintes, enclavement de certaines zones, sous-effectif du personnel de santé, réticence de certaines communautés, prolifération de structures de santé clandestines. Dérives dans certaines formations sanitaires. Prolifération des médicaments de la rue, selon Isidore Ekobo : « On ne peut garantir des soins de qualité si les traitements sont inefficaces ou contrefaits. » Manque de sanctions claires : les prestataires véreux restent parfois impunis, faute de plaintes ou par peur de représailles des plaignants.
Le plaidoyer général porte sur l’adhésion des populations et la pérennité du financement : « Nous devons continuer à renforcer la sensibilisation, à équiper les formations sanitaires et à veiller à la transparence dans l’utilisation des fonds », conclut le Dr Lucien Mama, Administrateur du Fonds.
L’année 2024 marque une étape décisive dans l’implémentation de la CSU dans la région du Centre. Les indicateurs d’enrôlement et de remboursement progressent, des populations bénéficient des soins subventionnés, et des relais communautaires s’impliquent davantage. Toutefois, pour que cette ambition présidentielle devienne un droit effectif pour tous, la mobilisation collective, la bonne gouvernance et la rigueur restent de mise.
Mireille Siapje














Comments are closed