Dans un entretien accordé à notre rédaction, le directeur de l’hôpital de district de Bafia, Dr Georges Yamen Soule dresse un état des lieux des activités menées au sein de son établissement.
Monsieur le Directeur, comment se porte la formation sanitaire dont vous avez la charge ?
Dans l’ensemble, notre hôpital se porte bien et les populations sont satisfaites des services proposés.
Une vaste campagne de santé a débuté le 14 octobre et s’achève en principe aujourd’hui. Quelles sont les motivations derrière l’organisation de cet événement ?
Il faut savoir que notre établissement n’en est pas à sa première campagne de santé, ni à son premier « Octobre Rose ». Nous organisons ce type d’événement depuis notre prise de fonction. C’est la quatrième édition depuis 2022.
En 2025, nous n’avons pas pu l’organiser en raison de manœuvres de sabotage et de désinformation. Certains laissaient croire aux populations que l’hôpital de district de Bafia n’était plus fonctionnel et que ses spécialités n’existaient pas. À cela s’ajoute un problème majeur de référence et de contre-référence des malades, propre à la spécificité de notre district.
Les formations sanitaires satellites refusent de nous référer les patients. Elles préfèrent les garder jusqu’à ce que leur état devienne critique, les laissant parfois mourir sur place ou les envoyant directement à Yaoundé lorsque la situation est désespérée. Face à ce constat, nous avons souhaité remobiliser la population et réaffirmer la continuité de nos services. Nous avons donc relancé la sensibilisation en organisant cette quatrième édition d’Octobre Rose, couplée à une grande campagne de santé couvrant 14 spécialités.
Qu’est-ce qui est concrètement proposé durant ces jours de campagne ?
En plus de la médecine générale, nous proposons 14 spécialités médicales et chirurgicales. Toutes les consultations sont gratuites et nous appliquons une réduction de 50 % sur l’ensemble des actes médicaux et examens pratiqués à l’hôpital durant la campagne initialement prévue les 14, 15 et 16 octobre. Face à l’affluence et au fait que certaines personnes n’avaient pas été informées à temps, nous avons accordé une prolongation jusqu’à ce lundi, mobilisant ainsi les spécialistes pour prendre en charge les retardataires. Concrètement, l’offre va du dépistage gratuit des cancers du sein et du col de l’utérus (via la méthode VIA-VILI) aux consultations spécialisées incluant la chirurgie générale, l’urologie, la traumatologie, la neurochirurgie, ainsi que la pédiatrie, la cardiologie, la gastro-entérologie, la santé mentale, la gériatrie, la gynécologie et l’ORL. Toutes ces compétences sont bel et bien disponibles à l’hôpital de district de Bafia.
Depuis notre dernier passage il y a un an, quelles sont les évolutions majeures ?
La transformation est visible à plusieurs niveaux. Les urgences, pratiquement inexistantes auparavant, ont été totalement aménagées avec le soutien du comité de gestion. L’hôpital dispose désormais d’une salle d’attente, d’urgences équipées, d’un laboratoire doté d’une unité de bactériologie et de transfusion sanguine.
Le bloc opératoire, le bloc administratif, les bâtiments vétustes, le service de consultation externe, l’odontostomatologie, la pédiatrie et la maternité ont été rénovés ou renforcés. Nous avons également amélioré l’éclairage général et la peinture des locaux.
Enfin, au niveau de la morgue (thanatopraxie), nous sommes passés de caisses réfrigérées vétustes qui posaient de nombreux problèmes à la construction d’une véritable chambre froide moderne capable de conserver un nombre important de corps dans des conditions optimales.
Quelle est l’évolution de la fréquentation de l’établissement par rapport aux années précédentes ?
La fréquentation a connu une progression constante : nous sommes passés de 6 000 patients par an à notre arrivée en 2022, à environ 30 000 en 2023, puis 50 000 en 2024. Nous espérions poursuivre sur cette lancée, mais la campagne de désinformation subie en 2025 a fait chuter l’affluence à environ 20 000 patients.
Grâce aux actions de sensibilisation menées directement dans les quartiers pour rassurer les usagers sur la présence de professionnels qualifiés, la fréquentation remonte progressivement. Je suis moi-même chirurgien, le seul du département du Mbam-et-Inoubou, et il est regrettable que des patients risquent leur vie dans des centres de santé de proximité alors qu’un hôpital équipé est à leur disposition. Aujourd’hui, nous comptabilisons environ 40 000 patients et nous espérons atteindre entre 60 000 et 70 000 consultations d’ici la fin de l’année.
Vous aviez émis le souhait de voir cet établissement passer du statut d’hôpital de district à celui d’hôpital régional annexe. Où en est cette démarche ?
Nous avons initié de multiples démarches de plaidoyer auprès des autorités politiques, des pouvoirs publics et de l’élite locale. Au vu de sa capacité d’accueil et de son offre de soins, notre établissement dépasse aujourd’hui le cadre d’un simple hôpital de district et fonctionne pratiquement comme un hôpital régional.
Le ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, ainsi que le Conseil régional et les acteurs locaux sont informés de la situation. Les promesses ont été faites et nous espérons que nos sollicitations aboutiront d’ici la fin de l’année.
Quelles sont les activités prévues pour la fin de l’année ?
Après la campagne Octobre Rose, nous mettons habituellement en place une cellule de veille renforcée du 15 décembre au 15 janvier. Les effectifs sont mobilisés et restent en alerte durant près d’un mois pour assurer la prise en charge médicale durant les fêtes de fin d’année et la période qui suit.
Un dernier message à l’attention des populations ?
Je demande aux populations de ne plus se laisser tromper par des rumeurs infondées. Lorsque votre état de santé nécessite une prise en charge approfondie, vous êtes libres de vous rendre directement à l’hôpital de district pour recevoir des soins adaptés, même si la structure de proximité hésite à vous référer. Il ne faut pas attendre d’être dans un état critique pour venir consulter.
Si notre plateau technique s’avère insuffisant pour un cas spécifique, nous prenons nous-mêmes contact avec les hôpitaux de niveau supérieur à Yaoundé ou Douala pour organiser une référence encadrée et sécurisée. Venez à l’hôpital, vous y serez pris en charge par des professionnels.










































































































































































































































































