Portée par le Centre Médical Sainte-Bernadette, une table ronde d’envergure a réuni des experts de la santé, des juristes et des défenseurs des droits humains pour structurer une chaîne de prise en charge globale contre les violences basées sur le genre.
Une mobilisation d’utilité publique face à l’urgence des chiffres s’est matérialisée ce jeudi 10 septembre 2026 dans la capitale politique camerounaise, à l’initiative du Centre Médical Sainte-Bernadette et de sa promotrice, le Dr Soundjock-Massé Flavie. Face à la recrudescence alarmante des violences faites aux femmes, illustrée par près de 200 victimes de féminicides en trois ans, l’institution a brisé l’omerta pour proposer une réponse multidisciplinaire. Modérée par Me Anne Yolande Ngo Minyogog, la rencontre a croisé les expertises du droit, de la psychologie, de la médecine et de la prévention pour analyser les racines profondes de ces tragédies.
La modératrice, Maître Anne Yolande Ngo Minyogog, a rappelé l’ampleur du phénomène.
« En 2023, il y a eu 56 cas de féminicide au Cameroun. En 2024, 69 cas. En 2025, on est passé de 69 à 67 cas. En 2026, et l’année n’est pas finie, nous ne sommes qu’en septembre, mais on a déjà 60 cas. » Elle a appelé à refuser la banalisation : « Ce ne sont pas que des chiffres. Ce sont des mères qui se sont perdues. Ce sont nos sœurs qui ont perdu la vie. Ce sont nos filles qui ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes. » Elle a dénoncé les prétextes : « On va vous dire non, il aime trop et ça le rend ainsi. Quel est cet amour ? Et ça, ce sont des prétextes, ce sont des astuces de banalisation. » « La banalisation commence quand vous dites : “C’est une affaire de couple, je ne me mêle pas.” Vous êtes en train de banaliser sans le savoir. En fait, vous laissez la porte ouverte au meurtre d’une femme. »
Sur le plan psychologique, la clinicienne Claire Olama a structuré son analyse autour de trois temporalités : la prévention pré-violence, l’accompagnement pendant la crise et la prise en charge post-traumatique. Elle insiste sur la nécessité de détecter en amont les profils à double facette et de proposer des bilans relationnels avant l’engagement conjugal. Après le drame, l’accompagnement des survivantes repose sur des thérapies ciblées comme l’EMDR et les thérapies cognitivo-comportementales pour panser les blessures de l’estime de soi et surmonter le trouble de stress post-traumatique.
Concernant la prévention et l’éducation, le Dr Marileine KEMME KEMME, médecin addictologue, a mis en lumière la nécessité d’agir en amont des comportements violents en luttant contre les stéréotypes sociaux hérités du patriarcat. Elle plaide pour l’alphabétisation émotionnelle des hommes afin de déconstruire l’injonction toxique selon laquelle un homme ne pleure pas et de favoriser l’expression saine des frustrations. Elle défend également la parentalité positive, qui consiste à bannir les châtiments corporels et à privilégier une communication bienveillante axée sur la satisfaction des besoins fondamentaux de l’enfant, tels que la sécurité, la reconnaissance et l’appartenance.
Enfin, sur le renforcement de la chaîne judiciaire, les contributions des experts du droit, notamment de Maître Crépin Njodo de la Commission des droits de l’homme du Barreau du Cameroun, ont rappelé l’impératif d’un appui judiciaire intraitable. La coordination entre soignants, forces de l’ordre et magistrats demeure l’unique garant pour offrir aux femmes un filet de sécurité institutionnel, transformant la compassion en actions coercitives et protectrices tangibles. Cette grand-messe de la citoyenneté à Yaoundé rappelle que la lutte contre les féminicides exige un engagement national indéfectible, unissant l’éducation, la rigueur médicale et la justice pour faire de la protection des femmes une réalité intangible.













































































































































































































































































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