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Lutte contre les maladies vectorielles : Le projet IMPACTING dresse son bilan à Yaoundé

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Réunis à Yaoundé du 5 au 7 octobre 2026, chercheurs africains et européens évaluent une première année de recherche innovante. De la modélisation climatique au contrôle par le microbiome, le consortium déploie des solutions concrètes pour protéger les populations.

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine. Il redessine silencieusement la carte épidémiologique de notre continent, déplaçant les moustiques, les mouches et les tiques, élargissant l’aire de propagation des agents pathogènes et transformant des pathologies autrefois cantonnées aux zones rurales en de redoutables urgences urbaines. En Afrique subsaharienne, le tribut payé est lourd : la région concentre à elle seule quatre-vingt-quatorze pour cent des cas mondiaux de paludisme, ainsi que la quasi-totalité des cas de maladie du sommeil et d’onchocercose. Face à cette expansion fulgurante des arboviroses telles que la dengue, le chikungunya, la fièvre jaune ou encore la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, la riposte

s’organise. Du cinq au sept octobre deux mille vingt-six, le Centre de Recherches sur les Maladies Infectieuses à Yaoundé abrite la réunion de progression de la première année du projet IMPACTING, acronyme d’une plateforme intégrée multi-vectorielle associant chercheurs africains et européens pour repenser la modélisation et la lutte.

Le consortium rassemble des institutions de premier plan réparties entre le Kenya, le Cameroun, le Mozambique, la France et le Portugal. L’ambition portée par ces partenaires est triple : produire des données probantes sur l’impact des mutations climatiques, co-concevoir avec les populations des stratégies de surveillance et déployer un tableau de bord multi-acteurs destiné à éclairer les politiques publiques de santé. Quatre innovations majeures structurent cette riposte. Un outil de prédiction des risques offrira aux décideurs des données actionnables et adaptées au climat. De nouveaux pièges écologiques cibleront spécifiquement moustiques, glossines, simulies et tiques tout en détectant les pathogènes en temps réel. Le projet apporte en outre une preuve de concept novatrice en matière de contrôle biologique par le microbiome, utilisant des micro-organismes naturels pour bloquer la transmission parasitaire. Enfin, des diagnostics de terrain ultrarapides permettront d’obtenir des résultats fiables en quelques heures à peine.

Ouvrant les travaux de cette rencontre stratégique, le Professeur Joseph Kamgno, épidémiologiste, médecin et fondateur de l’Institut Supérieur de Recherche Scientifique et Médicale, a rappelé la contribution essentielle de sa structure. Notre objectif est de réduire le fardeau de ces maladies à travers quatre actions fondamentales : améliorer nos connaissances, perfectionner les outils de combat, renforcer le pouvoir d’action des communautés locales et mieux anticiper les risques grâce à la modélisation. Après cette première année, notre responsabilité collective est de transformer notre diversité de compétences en une véritable force. L’Institut Supérieur de Recherche Scientifique et Médicale focalise notamment son expertise sur les maladies parasitaires, les filarioses et la lutte ciblée contre les simulies dans le cadre de ce consortium financé par l’EDCTP.

Abondant dans le même sens, le Dr Antoine Barreaux, chercheur au Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement et investigateur principal du projet, a salué la synergie exemplaire unissant les équipes de Maputo, Nairobi, Porto, Marseille, Montpellier et Nîmes. Nous n’avons aucune différence entre nous car nous formons des forces complémentaires, à la fois scientifiques et politiques. Tout ce travail accompli a un impact direct sur la vie des populations. Nous avons progressé dans le dialogue avec les ministères, les autorités locales et les communautés pour comprendre les réalités du terrain, qu’il s’agisse de capturer des insectes vecteurs dans le Mbam, à Kribi ou à Campo, ou de développer des outils d’aide à la décision qui répondent aux besoins réels des citoyens du plus haut sommet de l’État jusqu’aux familles.

La dimension opérationnelle et novatrice des recherches a été illustrée par le Dr David Tchouassi, chercheur au Centre International d’Physiologie et d’Écologie des Insectes. Face à la résistance croissante des vecteurs aux moustiques imprégnées d’insecticides traditionnels, notre stratégie innovante consiste à identifier dans l’organisme même des moustiques des bactéries ou des virus capables de bloquer le développement du plasmodium. Nous analysons actuellement le microbiote intestinal de spécimens collectés sur le terrain pour mener des infections expérimentales en laboratoire. Si ces bactéries s’avèrent efficaces, nous pourrons accroître leur fréquence et relâcher ces moustiques dans la nature pour bloquer durablement la transmission du paludisme.

Cette approche multidisciplinaire trouve son plein épanouissement dans la vision globale portée par le Dr Patrick Jagoret du Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement. Intervenant sur les articulations entre santé humaine, animale et végétale à travers l’approche Une Seule Santé, il souligne que notre force réside dans la capacité à mobiliser des vétérinaires, des médecins et des modélisateurs en parfaite complémentarité. Les premiers résultats du projet IMPACTING, qui seront dévoilés tout au long de ces assises à Yaoundé, confirment que la recherche scientifique moderne ne se contente plus d’observer les mutations climatiques mondiales, mais qu’elle dote activement l’Afrique des moyens concrets pour y faire face durablement.


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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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