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Maladie rénale en Afrique centrale : 18 % de prévalence, moins de 100 néphrologues pour 150 millions d’habitants

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La région fait face à une crise silencieuse : près d’un adulte sur cinq souffre de maladie rénale chronique. Pourtant, l’accès au dépistage, au traitement et aux spécialistes reste dramatiquement insuffisant. Le 5 congrès de la SoCANEPH et le 1er congrès de l’ASNAC, couplés, lancent un plaidoyer fort pour une stratégie régionale de lutte contre la maladie rénale. Les travaux se sont tenus à Yaoundé du 3 au 5 avril 2025 sous la présidence du Professeur Kaze Folefack François, président de la Société camerounaise de néphrologie et du Comité d’organisation .

La néphrologie est une spécialité médicale dédiée à l’étude des reins, de leur fonctionnement normal comme de leurs pathologies. Ces organes essentiels assurent plusieurs fonctions vitales : filtration du sang, élimination des déchets et de l’excès d’eau, régulation de la pression artérielle, production de certaines hormones, et maintien de l’équilibre acido-basique et électrolytique du corps. Lorsque leur fonctionnement est altéré, des complications graves peuvent survenir, pouvant aller jusqu’à l’insuffisance rénale terminale nécessitant un traitement de suppléance rénale dont la dialyse ou la transplantation. Indiquent les néphrologues.

Cependant, les spécialistes de cette branche de la médecine constatent que, en Afrique Centrale, la maladie rénale chronique (MRC) prend une ampleur inquiétante. Elle évolue silencieusement, sans signes apparents, jusqu’à des stades avancés. La prévalence dans la région est estimée à 18%, selon la Société Camerounaise de Néphrologie (SoCANEPH), soit près d’un adulte sur cinq. Ce taux est nettement supérieur à la moyenne mondiale, estimée entre 10 et 12% selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le Professeur Halle-Marie Patrice, Secrétaire générale de la SoCANEPH, rappelle que cette forte prévalence de la maladie rénale dans la région est le résultat de nombreux défis structurels : prévalence élevée des facteurs de risques tels que l’hypertension artérielle et les maladies infectieuses (VIH, hépatites virales…), les comportements à risque,  rareté des centres spécialisés, pénurie de néphrologues, coûts élevés de traitement, et surtout, absence de politiques nationales de prévention. « La prévention est la clé ; Il est moins coûteux d’éduquer, de bien prendre en charge les facteurs de risques majeurs et de dépister précocement que de traiter la maladie et ses complications à un stade avancé », souligne-t-elle.

C’est dans ce contexte alarmant que s’est tenu, du 3 au 5 avril 2025 à Yaoundé, le 5ème congrès de la Société Camerounaise de Néphrologie (SoCANEPH), couplé au 1er Congrès de l’Association des Sociétés de Néphrologie d’Afrique Centrale (ASNAC). Sous le thème « Prévention et Dépistage de la Maladie Rénale en Afrique », l’événement a réuni des experts, chercheurs, cliniciens et décideurs venus de divers pays de la sous-région pour réfléchir ensemble à des stratégies durables de lutte contre cette pathologie silencieuse mais dévastatrice.

Une Situation inquiétante, Des Défis Multiformes

Les maladies rénales figurent aujourd’hui parmi les dix premières causes de mortalité dans le monde. En Afrique, elles sont responsables de jusqu’à 10% des décès dans certains pays, souvent faute de diagnostic précoce et de prise en charge adéquate.

Le Professeur Halle Marie Patrice, spécialiste en médecine interne et néphrologie, Secrétaire Générale de la SoCANEPH, souligne que près de 75% des patients en insuffisance rénale chronique terminale dans la région sont référés tardivement chez le néphrologue, ne bénéficient pas d’un traitement approprié, faute de moyens, d’infrastructures. En conséquence 30 à 40% d’entre eux décèdent dans les 3 premiers mois qui suivent l’initiation de la dialyse.

Les défis sont multiples en Afrique Centrale : Absence de couverture sante universelle, Manque d’infrastructures, Pénurie du personnel, absence de programme de prévention…

Le coût élevé des traitements est le talon d’Achille de l’Afrique subsaharienne. Tant que les soins seront financés par les patients, la qualité restera compromise. L’hémodialyse en est l’exemple le plus frappant : l’accès à ce soin est limité et le traitement non optimal ; dans certaines zones, les patients ne reçoivent qu’une séance de dialyse par semaine, au lieu des trois recommandées, faute de moyens. Les coûts exorbitants limitent l’accès à un traitement adéquat, exposant les malades à une morbi mortalité élevée.

Manque de personnels formés : on recense moins de 100 néphrologues pour toute l’Afrique Centrale, une région de plus de 150 millions d’habitants. Le ratio est dramatiquement bas comparé aux recommandations internationales.

Faible sensibilisation : peu de personnes connaissent les facteurs de risque (diabète, hypertension, obésité, infections, usage prolongé d’anti-inflammatoires, des potions traditionnelle) ou les signes précoces (gonflement, hypertension artérielle, anomalies urinaires ). « De nombreuses personnes vivent avec la maladie rénale sans le savoir, car elle est insidieuse et silencieuse, les symptômes apparaissent tardivement (stade 4 à 5). » précise le Pr Halle.

Absence de politiques nationales cohérentes : rares sont les pays à disposer d’un programme national de lutte contre les maladies rénales, avec des objectifs clairs, des campagnes de sensibilisation régulières et des fonds dédiés.

Une Prise en Charge Inégalitaire

Si certains pays comme le Gabon ont réussi à mettre en place des mécanismes de couverture pour l’hémodialyse – qui est prise en charge à 100% par l’assurance maladie – et qu’au Cameroun les séances d’hémodialyse grâce à la CSU sont passés à 15000 francs CFA l’an (contre 520 000F), depuis le début de la phase 1, un véritable ouf de soulagement pour les familles et les personnes souffrant de défaillance rénale. – la plupart des États d’Afrique Centrale restent à la traîne. Le Dr Arthur Kanganga Ekomy, néphrologue gabonais, déplore les inégalités d’accès aux soins dans la sous-région : « Trop souvent, les familles doivent supporter seules le fardeau financier de la maladie. Cela rend l’hémodialyse inaccessible pour beaucoup de patients. »

En effet, le traitement de la maladie rénale chronique exige une prise en charge régulière et coûteuse : traitements médicamenteux, examens biologiques, dialyse et/ou transplantation. Dans un environnement marqué par une pauvreté généralisée et l’absence de couverture santé universelle, cette réalité se traduit par une surmortalité silencieuse.

Le Pr Halle Marie Patrice ajoute : « l’hémodialyse est la modalité de suppléance rénale la plus répandue en Afrique Subsaharienne pour la prise en charge du patient qui a une défaillance rénale. Les études ont estimé son coût annuel par patient entre 3 500 $ à 29 000 $ en fonction de la région. » Ce qui est 3 à 6 fois le revenu annuel du citoyen dans ces régions.

« Actuellement, la seule technique disponible au Congo Brazzaville pour traiter les maladies rénales est l’hémodialyse, qui reste inaccessible à beaucoup en raison du nombre limité de structures publiques et des coûts élevés dans le secteur privé. Un patient en hémodialyse chronique doit subir trois séances par semaine, coûtant environ 150 000 FCFA. Avec seulement deux structures publiques offrant ce service, il existe un déséquilibre entre l’offre de soins et la demande, estimée à 4 à 5 % de la population souffrant de maladies rénales. » Dixit le Pr Gaël Mahungu, néphrologue au Centre hospitalier universitaire de Brazzaville.

L’Urgence de Prévenir

Le congrès de Yaoundé met également en avant l’importance de l’éducation sanitaire et de la sensibilisation communautaire. De nombreux citoyens ignorent non seulement les facteurs de risques mais aussi les premiers signes d’alerte de la maladie rénale : fatigue persistante, gonflement du corps touchant le visage, hypertension non contrôlée, urines anormales, etc.

« La Société Gabonaise de Néphrologie mène régulièrement des campagnes de dépistage dans les grandes villes. Ces initiatives permettent de détecter précocement des cas silencieux et de sensibiliser la population sur les facteurs de risque tels que le diabète, l’hypertension, l’obésité ou encore l’usage abusif de médicaments néphrotoxiques », explique le Dr Kanganga Ekomy, médecin néphrologue, service de médecine interne du centre hospitalier universitaire de Libreville.

Le professeur Halle Marie Patrice plaide pour l’intégration de la prévention rénale dans les politiques de santé publique. Cela passe notamment par la formation des professionnels de santé, la sensibilisation du public sur la maladie et ses facteurs de risques, l’amélioration du plateau technique, et l’adoption de protocoles de dépistage systématique dans les hôpitaux et centres de santé primaires ect….

Une Coopération Régionale en Marche

Ce 1er Congrès de l’ASNAC marque un tournant important dans la volonté des pays d’Afrique Centrale de mutualiser leurs efforts. Le Dr Gaël Mahungu, néphrologue congolais, insiste sur la nécessité d’une coopération Sud-Sud pour surmonter les défis communs : « Nous devons partager nos expériences, nos données et nos ressources humaines pour bâtir une néphrologie forte et résiliente en Afrique. »

L’Association des Sociétés de Néphrologie d’Afrique Centrale (ASNAC), en tant que plateforme régionale, ambitionne de coordonner les initiatives scientifiques, de renforcer la formation continue des professionnels et de défendre un plaidoyer fort auprès des gouvernements pour qu’ils investissent dans la santé rénale.

L’urgence d’un Nouveau Paradigme pour la Santé Rénale

Les participants au congrès formulent plusieurs recommandations clés : mise en place de registres nationaux de la maladie rénale, intégration du dépistage de la fonction rénale dans les consultations de routine, amélioration de l’accès à la dialyse dans les zones rurales, et surtout, adoption de politiques publiques pour la promotion de la santé rénale.

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Ils appellent précisément à la mise en place de programmes nationaux de lutte contre la maladie rénale, assortis d’objectifs clairs, de financements pérennes et d’un engagement réel des pouvoirs publics. Pour eux, les autorités doivent s’engager davantage dans la prévention, qui reste l’approche la plus efficace et la moins coûteuse à long terme. Face à l’urgence, le message est clair : sans une mobilisation concertée, la MRC continuera de décimer des milliers de vies chaque année dans l’indifférence.

« Nous devons agir maintenant. L’avenir de la néphrologie en Afrique Centrale dépend de notre capacité à transformer les discussions en actions concrètes », conclut le Dr Kanganga.

Le 5ème congrès de la SoCANEPH et le 1er congrès de l’ASNAC marquent un tournant décisif, tant sur le plan scientifique que politique. Ce ne sont pas seulement un espace de réflexion scientifique, mais un véritable appel à l’action, un cri d’alarme des professionnels de santé face à une crise sanitaire sous-estimée. Ensemble, ils espèrent amorcer un changement de paradigme en faveur de la santé rénale en Afrique Centrale.

Il appartient désormais aux gouvernants, aux professionnels de santé, aux organisations de la société civile et aux partenaires internationaux de transformer cet appel à l’action en une réponse structurée, durable et solidaire, afin que la santé rénale ne soit plus un luxe, mais un droit fondamental accessible à tous en Afrique centrale.

Mireille SIAPJE

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