En cette Journée mondiale du moustique placée sous le thème « Agir ensemble : bâtir des communautés résilientes face aux moustiques », les spécialistes du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) détaillent les piliers d’une prévention efficace.
Pesant à peine deux milligrammes, doté d’une trompe de moins d’un millimètre, le moustique tue chaque année 725 000 personnes dans le monde bien plus que les serpents (60 000), les chiens (25 000) et même les homicides (475 000). Sur les 3 500 espèces recensées, une trentaine seulement sont vectrices de maladies mortelles : paludisme, dengue, Zika, chikungunya, fièvre jaune, filariose lymphatique. Le paludisme, transmis par l’anophèle, reste l’arme principale : 350 000 décès par an, dont l’immense majorité en Afrique subsaharienne. Un enfant meurt du paludisme toutes les deux minutes. « Le moustique ne doit pas être considéré uniquement comme une nuisance, car il constitue le vecteur d’une maladie qui reste l’une des principales menaces sanitaires au Cameroun : le paludisme », rappelle la Dre Christianne Donkeu Wamen, chercheuse au Laboratoire de Paludologie du Centre Pasteur du Cameroun. « Le problème est d’autant plus critique que pratiquement toute la population est exposée au risque ».
Un thème qui résonne comme un appel
Le thème de cette édition 2026 : « Agir ensemble : bâtir des communautés résilientes face aux moustiques », n’a jamais été aussi pertinent. Car au Cameroun, la réalité est implacable. Le pays fait partie des dix nations les plus touchées par le paludisme, avec environ 70 % des décès liés à la maladie concernant des enfants de moins de cinq ans. Au Cameroun, le risque est aujourd’hui polymorphe. Si le paludisme reste le chef de file des maladies parasitaires, l’émergence et la recrudescence des arboviroses dengue, Zika, chikungunya et fièvre jaune – inquiètent de plus en plus les spécialistes. À cela s’ajoute la filariose lymphatique (éléphantiasis), qui provoque un gonflement chronique et handicapant des membres. Le point commun de ces pathologies ? Elles sont toutes propagées par des moustiques, mais pas par les mêmes espèces, d’où la nécessité d’une connaissance précise de l’ennemi pour mieux le combattre.
Le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) dresse un tableau clinique et entomologique des acteurs de cette transmission. L’anophèle, vecteur du paludisme, inocule un parasite qui provoque fièvre intense, frissons et fatigue extrême, épuisant des milliers de Camerounais chaque année, en particulier les enfants et les femmes enceintes. De son côté, le moustique du genre Aedes, reconnaissable à ses rayures blanches et noires, est un véritable couteau suisse pathogène : il transmet la dengue (fièvre élevée, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, éruption cutanée), le Zika (fièvre légère, douleurs articulaires et surtout un risque avéré de malformations fœtales chez la femme enceinte), le chikungunya (douleurs articulaires sévères, parfois invalidantes pendant des mois) et la fièvre jaune (ictère, douleurs musculaires, fatigue). Enfin, les moustiques du genre Culex sont les principaux vecteurs de la filariose lymphatique, qui défigure et handicape à vie par un gonflement chronique des membres (bien que d’autres genres comme Anophèle puissent également jouer un rôle secondaire dans certaines zones).
Le deuxième pilier repose sur l’utilisation systématique des Moustiquaires Imprégnées d’Insecticide à Longue Durée (MILDA). Dormir sous une MILDA est l’un des moyens les plus simples et les plus efficaces de se prémunir contre les piqûres nocturnes des anophèles. Le troisième axe, complémentaire, est l’assainissement communautaire et individuel : débroussailler les abords des habitations, vider les récipients, et maintenir un environnement propre pour réduire la promiscuité avec le vecteur. Enfin, le PNLP exhorte les populations à appliquer des répulsifs, en insistant particulièrement sur la PID (Protection Insectifuge Durable), une solution longue durée qui offre une barrière cutanée efficace contre les piqûres, y compris en journée, moment où les moustiques Aedes sont les plus actifs.
« Protégeons-nous, sauvons des vies », martèle le PNLP. Chaque geste compte : vider une coupelle, fermer un bidon, dormir sous une moustiquaire, se protéger avec un répulsif. Ce n’est qu’à ce prix, en agissant ensemble, que nous parviendrons à réduire l’impact de ce petit insecte au bilan effroyable sur la santé des Camerounais. La lutte est permanente, mais elle est gagnable.
Interview
« Le moustique est petit, mais son impact ne l’est pas »

Face à la persistance du paludisme et aux menaces sanitaires associées, le Dr Christiane Josiane Donkeu Wamen plaide pour un changement de paradigme. Elle détaille les défis liés à la couverture des soins, l’évolution des comportements familiaux et la nécessité d’une riposte intégrée, prédictive et axée sur la résilience des communautés camerounaises.
Quelle approche préconisez-vous pour une lutte plus efficace ?
Il faut donc passer d’une approche centrée uniquement sur la lutte contre le moustique à une approche intégrée et durable : surveillance entomologique, lutte antivectorielle adaptée aux résistances, diagnostic précoce, traitement efficace, prévention chez les enfants et les femmes enceintes, vaccination, recherche et innovation, mais aussi renforcement des agents de santé communautaires. Le moustique est petit, mais son impact ne l’est pas.
Quelles sont les barrières les plus difficiles à surmonter au sein des foyers ?
Les barrières les plus difficiles à changer ne sont pas toujours liées à un manque d’information. Le véritable défi est de transformer une recommandation sanitaire en une habitude quotidienne, dans des familles qui doivent parfois composer avec la pauvreté, l’éloignement des structures de santé et des contraintes culturelles ou sociales. La première barrière est l’utilisation régulière des moustiquaires imprégnées. Posséder une moustiquaire ne signifie pas nécessairement l’utiliser chaque nuit. Les raisons peuvent être très concrètes : chaleur sous la moustiquaire, inconfort, moustiquaire abîmée, difficulté à l’installer ou perception que le risque est faible lorsque les moustiques sont moins nombreux. La deuxième barrière est la banalisation de la fièvre. Dans certaines familles, on attend plusieurs jours avant de consulter, on privilégie l’automédication ou les traitements traditionnels. Il existe également des barrières économiques et géographiques.
Quel rôle les agents de santé communautaires peuvent-ils jouer dans cette dynamique ?
Il faut également renforcer les agents de santé communautaires, parce qu’ils constituent le lien entre les programmes nationaux et les foyers. Ils peuvent rappeler les bonnes pratiques, identifier rapidement les enfants fébriles, orienter les cas et vérifier l’utilisation des outils de prévention. L’approche des « ménages relais » est particulièrement intéressante. En résumé, le défi n’est plus seulement de convaincre les populations que le moustique est dangereux. Il faut rendre le comportement préventif facile, accessible et durable.
Si vous disposiez d’un fonds d’innovation supplémentaire pour le Cameroun, à quoi ressemblerait une communauté totalement résiliente d’ici quelques années ?
Si je disposais d’un fonds d’innovation supplémentaire pour le Cameroun, je ne chercherais pas seulement à financer davantage d’outils existants. Je chercherais à construire, en quelques années, une communauté capable de prévenir, détecter et répondre rapidement au problème moustique, même dans les zones rurales et périurbaines les plus difficiles d’accès. Le pays fait donc partie des contextes où l’innovation doit être pensée en priorité autour de l’équité d’accès. Dans une communauté réellement résiliente, aucun enfant ne devrait attendre plusieurs jours avec une fièvre avant d’être testé, aucune famille ne devrait parcourir plusieurs kilomètres pour accéder à un outil de prévention essentiel, et aucun stock de tests ou de médicaments ne devrait être en rupture sans que le système ne puisse l’anticiper.
Dans quel levier stratégique prioritaire investiriez-vous en premier ?
Ces données permettraient ensuite aux districts sanitaires de savoir où les cas augmentent, où les stocks diminuent et où une intervention doit être renforcée. Je consacrerais une partie du fonds à la recherche opérationnelle, afin de transformer les données numériques en décisions scientifiques. Enfin, les campagnes de masse resteraient indispensables, mais elles seraient mieux ciblées grâce aux données. Mon modèle serait donc : digitalisation pour savoir où agir, recherche pour comprendre pourquoi, campagnes et interventions communautaires pour agir efficacement. L’objectif final serait de passer d’une réponse essentiellement réactive à une réponse prédictive et préventive.













































































































































































































































































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