Un séminaire de formation sur la psychologie du travail se tient du 14 au 19 septembre à Ecopark Yaoundé. Organisé par l’Association Camerounaise de Psychologie du Travail et le Cnam/Inetop de Paris, il réunit des professionnels autour du thème « Pratique des outils et méthodes en psychologie du travail ».
« Le travail a dépassé l’argent. ». Phrase, souvent lancée entre collègues quand le corps ne répond plus. Les journées s’allongent et la pression s’accumule. Au travail, les dossiers s’empilent, les réunions et les appels s’enchaînent, les délais pressent et les pauses sont parfois repoussées. On tient, on avance, on prend un café ou quelque chose pour se donner un peu d’énergie et on continue. Puis, progressivement, le corps commence à montrer ses limites. Le matin, le réveil devient difficile, même après une nuit de sommeil. Le soir, on rentre avec la tête lourde, parfois des maux de tête que l’on cherche à calmer avec des remèdes. Même le week-end, censé permettre de récupérer, semble trop court avant le retour du lundi, souvent redouté. À force de solliciter le corps et l’esprit, le travail finit par s’immiscer dans le sommeil, l’alimentation et la vie quotidienne. C’est dans ce contexte que l’Association Camerounaise de Psychologie du Travail, en partenariat avec le Cnam/Inetop de Paris, organise depuis le 14 septembre 2026 une formation qui s’achèvera le 19 septembre. Elle réunit des psychologues, responsables des ressources humaines, managers, consultants, étudiants ainsi que des professionnels des organisations publiques et privées. L’objectif est de renforcer leurs compétences techniques et de les outiller en méthodes et outils opérationnels afin de mieux répondre aux enjeux liés à la gestion des ressources humaines et à l’amélioration des performances organisationnelles. Placé sous le thème « Pratique
des outils et méthodes en psychologie du travail », ce séminaire de formation enregistre la participation de plusieurs professionnels venus renforcer leurs capacités dans ce domaine.
Pour le Pr Jean-Luc BERNAUD, professeur titulaire au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) de Paris, et formateur de l’évènement, la psychologie du travail, encore peu connue, joue pourtant un rôle important dans l’amélioration du bien-être des individus et du fonctionnement des organisations. Elle permet notamment de favoriser le bien-être des salariés, une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi qu’une meilleure adéquation entre les compétences et le métier exercé. Dans les entreprises, explique le Pr Jean-Luc Bernaud, cette discipline apporte également des réponses très concrètes. Elle contribue à renforcer la motivation et l’engagement des salariés, à réduire l’absentéisme et les problèmes de santé au travail. Le recrutement, la formation et l’accompagnement des employés constituent aussi des leviers susceptibles d’améliorer la performance et la rentabilité des organisations. L’un des objectifs du séminaire est ainsi de permettre aux participants de passer de la maîtrise théorique à une utilisation concrète des outils de la psychologie du travail. « Ce qui leur manque peut-être, c’est d’avoir une capacité opérationnelle à utiliser les meilleures méthodes », explique le formateur, en insistant sur la nécessité de les adapter au contexte camerounais.
Les principaux outils de formation
Les participants sont notamment formés à la conduite d’entretiens de consultation avec des salariés en situation de souffrance au travail. Ils apprennent également à réaliser des diagnostics organisationnels permettant d’évaluer les situations de santé au travail dans les entreprises et de formuler rapidement des préconisations adaptées. La formation porte aussi sur l’accompagnement des parcours professionnels. Les outils présentés peuvent être mobilisés face aux questions de carrière, de choix de formation, de reconversion professionnelle ou encore de départ à la retraite. Pour le formateur, cet accompagnement permet d’optimiser les possibilités de développement des individus et d’éviter, par exemple, qu’une personne s’engage dans une formation sans disposer de la motivation nécessaire. Une démarche qui peut permettre de gagner du temps, de l’argent et de préserver l’énergie psychologique.
Pour les apprenants, l’enjeu est surtout de repartir avec des outils directement applicables sur le terrain. « J’espère apprendre à avoir les outils pour vous aider à
orienter votre carrière, identifier les compétences que vous avez déjà et celles que vous devez construire pour arriver où vous voulez arriver », explique Danielle ESSOLO NKWAIN, participante. Elle souhaite également mettre ces acquis au service des organisations pour améliorer leur performance et l’apprentissage. De son côté, ACHU Brigitte WANZI, participante, attend de la formation qu’elle lui permette de découvrir davantage d’outils pour accompagner les travailleurs, notamment dans l’identification de leurs compétences et de leurs différentes tâches. Le séminaire doit ainsi lui permettre de maîtriser « les outils psychologiques et les méthodes » nécessaires pour mieux accompagner les travailleurs au Cameroun.
Des compétences désormais appelées à être mises en pratique pour mieux accompagner les travailleurs, prévenir les difficultés professionnelles et améliorer la performance des organisations.
Réactions : « Pour développer ce pays, il faut organiser le travail, réduire la pénibilité pour que le travailleur souffre moins »

À travers ce séminaire, il entend répondre à un double enjeu : renforcer la professionnalisation des psychologues et mieux les préparer aux réalités du monde professionnel. Dans un contexte où le Cameroun fait face au chômage des diplômés, il estime nécessaire de proposer des formations pratiques permettant aux jeunes psychologues de maîtriser les outils de leur métier afin d’être opérationnels dès leur sortie de l’université et de répondre à des problématiques concrètes dans les milieux de travail.
Pour le Professeur, le rôle du psychologue du travail dépasse la prise en charge du stress ou du burn-out. Il doit aussi contribuer à améliorer l’organisation du travail, réduire la pénibilité et favoriser une meilleure utilisation des compétences. Il pointe notamment les situations où certains travailleurs croulent sous les tâches tandis que d’autres, pourtant compétents et disponibles, sont sous-utilisés, ce qui peut affecter leur motivation et la performance des organisations. L’association à l’origine de cette initiative, créée le 11 février 2026 à Écoparc, entend poursuivre son déploiement sur les plans scientifique et social. Elle prévoit notamment, d’ici un an, un congrès international de psychologie du travail à Écoparc, ainsi que des actions dans les prisons pour accompagner les personnes détenues, notamment les jeunes, dans la préparation d’une perspective professionnelle après leur sortie et contribuer à la lutte contre la récidive.
« Le burn-out, ce n’est pas une corde qui casse comme ça d’un seul coup. La corde s’effiloche petit à petit »

L’épuisement professionnel s’installe progressivement et peut être précédé de plusieurs signaux faibles : fatigue chronique, troubles du sommeil, symptômes physiques, cynisme, critiques plus fréquentes envers les autres, désengagement, absences ou retards répétés et perte progressive de motivation. Lorsque ces signes ne sont pas pris en compte, la situation peut s’aggraver jusqu’à empêcher complètement la personne de travailler. Le véritable burn-out, précise-t-il, ne doit donc pas être confondu avec une simple fatigue professionnelle. Dans les cas les plus sévères, le salarié peut être incapable de se lever de son lit pendant plusieurs mois, avant une reprise progressive de son activité.
Au-delà de ses conséquences sur la santé des travailleurs, le burn-out représente également un enjeu pour les entreprises et les organisations. L’arrêt brutal d’un salarié peut perturber le fonctionnement des équipes, la transmission des dossiers et la continuité du travail, avec des coûts importants pour l’entreprise, la famille et la personne concernée. Pour le spécialiste, la prévention reste ainsi essentielle. C’est dans cette perspective que s’inscrit le séminaire de formation organisé à Yaoundé, qui vise notamment à renforcer les compétences en psychologie du travail et à outiller les professionnels et futurs psychologues occupationnels afin qu’ils puissent mieux accompagner les travailleurs, améliorer leurs conditions de travail et contribuer à la performance des organisations. Selon lui, mieux prévenir les difficultés liées au travail, c’est aussi contribuer au développement du pays.
Marie Chantale FAIDA









Comments are closed