Confusions de lettres, lecture lente ou hachée, omissions et substitutions de mots peuvent révéler une dyslexie chez l’enfant. Cette difficulté de lecture nécessite une évaluation et un accompagnement adaptés, à la maison comme à l’école
« Il ne veut pas lire », « il ne fait pas d’effort », « il est paresseux ». Ces remarques peuvent facilement être adressées à un enfant qui peine à déchiffrer un texte. Pourtant, derrière une lecture laborieuse peut se cacher un trouble spécifique du langage écrit. L’enfant peut avoir l’intelligence nécessaire pour comprendre une leçon, mais être freiné par la difficulté à accéder au texte. Une situation qui, lorsqu’elle se répète, peut finir par peser sur ses résultats scolaires et sa confiance en lui.
Les signes d’alerte
Les premiers signes se remarquent généralement dans les activités de lecture. L’enfant peut confondre des lettres ou des sons, lire très lentement, revenir en arrière ou perdre le fil de ce qu’il vient de lire. Dans un entretien réalisé par Justine BONKOUNGOU pour Lefaso.net, Justin DABIRÉ, orthophoniste libéral à Ouagadougou, cite notamment les confusions entre « p », « d » et « b », ou entre « t » et « f ». Chez les enfants plus avancés, la lenteur et les retours fréquents dans le texte deviennent plus visibles. Selon Mme Belviane TCHINDA DJOUDA, orthophoniste à l’Hôpital Laquintinie de Douala, les substitutions et omissions sont également fréquentes. « Banane » peut ainsi être lu « manane », tandis que « bulle » devient « ulle ». Ces erreurs peuvent aussi toucher l’écriture et se répercuter sur les exercices et les évaluations scolaires. Ces manifestations ne suffisent toutefois pas à poser un diagnostic. Justin DABIRÉ insiste sur la nécessité d’une évaluation professionnelle permettant de distinguer la dyslexie des difficultés globales d’apprentissage. Le phénomène n’est pas anecdotique : il indique que, selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 3 à 5 % des enfants en âge
scolaire seraient concernés. Dans sa pratique au Burkina Faso, il observe cependant que les difficultés scolaires sont bien plus nombreuses que les cas répondant, après évaluation, aux critères stricts de la dyslexie.
Des causes encore difficiles à déterminer
Les causes précises de la dyslexie restent difficiles à établir. Selon Justin DABIRÉ, orthophoniste burkinabè, une prédisposition héréditaire est souvent évoquée. Il estime ainsi qu’un enfant dont l’un des parents est dyslexique pourrait présenter une prédisposition de l’ordre de 30 à 40 %. Des facteurs environnementaux et éducatifs peuvent également, selon lui, aggraver ou rendre plus visibles les difficultés. L’orthophoniste souligne toutefois que la dyslexie ne résulte pas d’un manque d’intelligence ni d’un problème de vision ou d’audition. Les premières difficultés peuvent être repérées dès les premiers contacts avec l’écrit. Certaines difficultés du langage oral chez le jeune enfant peuvent aussi constituer des signes d’alerte, sans pour autant permettre de poser un diagnostic de dyslexie à cet âge. D’où l’importance d’une évaluation lorsqu’un enfant présente des difficultés persistantes.
Famille et école, deux appuis essentiels
À la maison, l’objectif n’est pas de transformer les parents en enseignants ni de multiplier les exercices. Justin DABIRÉ recommande surtout d’éviter la surcharge psychologique et toute attitude dévalorisante. Le parent peut lire à l’enfant les consignes, les leçons ou les textes afin qu’il accède au contenu par l’oral et puisse montrer ce qu’il a compris. L’enfant doit continuer à travailler ses difficultés, mais selon des modalités adaptées à son profil et aux recommandations de l’orthophoniste. « Ce n’est pas de la faute de l’enfant », insiste-t-il, appelant à ne pas confondre ses difficultés avec de la paresse ou un manque de volonté. À l’école, l’enseignant peut être le premier à alerter la famille lorsque les difficultés de lecture persistent. Pour Justin DABIRÉ, sa sensibilisation aux troubles « dys » est essentielle pour mieux comprendre l’élève et mettre en place des aides pédagogiques adaptées. L’orthophoniste peut orienter l’enseignant sur les stratégies à privilégier en classe. La collaboration entre l’école, la famille et le professionnel permet ainsi d’accompagner l’enfant plus efficacement. Mme Belviane TCHINDA DJOUDA souligne qu’avec des aménagements scolaires, un soutien familial et un suivi orthophonique, l’enfant peut poursuivre sa scolarité dans une école ordinaire. Pour Justin DABIRÉ, la dyslexie ne disparaît pas avec le temps, mais des méthodes
de compensation peuvent permettre de contourner ou d’atténuer les difficultés. Une prise en charge précoce aide ainsi l’enfant à développer ces stratégies et à éviter que le trouble ne devienne handicapant au quotidien. « On vit avec la dyslexie », explique-t-il. C’est plus directement centré sur ce que la famille et l’école peuvent concrètement faire, avec les conseils de l’orthophoniste.
Pour Justin DABIRÉ, la dyslexie ne disparaît pas avec le temps et ne se guérit pas au sens large. Des méthodes de compensation permettent toutefois de contourner ou d’atténuer les difficultés. Une prise en charge précoce peut ainsi empêcher qu’elles deviennent handicapantes au quotidien. « On vit avec la dyslexie », explique-t-il, mais un accompagnement adapté permet à l’enfant de mieux les compenser.
Repérer les signes de la dyslexie consulter pour établir un diagnostic et travailler ensemble autour de l’enfant permettent de transformer les difficultés de lecture en un obstacle mieux maîtrisé.
Marie Chantale FAIDA






