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Santé oculaire : Le taux de chirurgie de la cataracte a bondi de 130% depuis 2000

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Entre 2000 et 2009, le Cameroun a considérablement amélioré son offre de soins oculaires avec un taux de chirurgie de la cataracte passé de 339 à 805 opérations par million d’habitants. Pourtant, des défis majeurs persistent : 60% des ophtalmologues exercent à Yaoundé et Douala, qui n’abritent que 22% de la population, et 77% des districts de santé ne disposent d’aucun centre de soins oculaires, selon le Plan National de Lutte contre la Cécité (PNLC) adopté en décembre 2002.

Les larmes de Bella Marguerite, 67 ans, enlacent le silence du couloir de l’hôpital des yeux d’Ahala Barrière. Cette grand-mère vient de retrouver ce qui lui était le plus précieux : les détails du visage de sa petite-fille. « Je vois de nouveau les fossettes de Lucie, la lumière dans ses yeux », murmure-t-elle, émue. Son histoire illustre parfaitement les avancées réalisées dans le domaine ophtalmologique au Cameroun. Le Pr Yannick Bilong, ophtalmologue et chef de service à l’Hôpital de district de Mbalmayo, alerte sur l’importance cruciale du dépistage précoce. « Tout signe anormal, comme un œil qui dévie ou une lueur blanche, doit alerter les parents et les conduire à consulter rapidement. » Interrogé sur les affections pédiatriques, le Pr Bilong cite en premier lieu l’amétropie, « principale cause de baisse de la vue chez l’enfant ». Viennent ensuite les conjonctivites, « bien que gênantes, elles n’altèrent généralement pas la vision de manière permanente ». Cependant, certaines pathologies, comme le rétinoblastome, tumeur maligne de la rétine, nécessitent une vigilance extrême. « Un diagnostic précoce peut sauver la vue, et parfois la vie, de l’enfant », insiste-t-il.

Cette situation camerounaise s’inscrit dans un cadre mondial préoccupant. En effet, le constat de l’OMS est sévère : au moins 2,2 milliards de personnes dans le monde sont atteintes de déficience visuelle ou de cécité, dont plus d’un milliard de cas qui auraient pu être évités ou ne sont toujours pas traités. Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, avait déjà sonné l’alarme en 2019 : « Il est inacceptable que 65 millions de personnes soient aveugles ou malvoyantes alors que leur vision aurait pu être corrigée du jour au lendemain par une opération de la cataracte. »

Des progrès significatifs au Cameroun

Face à cette « crise silencieuse », le Cameroun a mis en œuvre le Plan National de Lutte contre la Cécité (PNLC) adopté en décembre 2002. Les résultats sont encourageants : « le taux de chirurgie de la cataracte est passé de 339 opérations par million d’habitants en 2000 à 805 en 2009 », soit une augmentation de plus de 130% en neuf ans, précise le Dr Blaise Noa Noatina, ophtalmologiste et coordonnateur adjoint du PNLC. De même, le pays est passé de 57 centres de soins oculaires en 2003 à 65 centres en 2009. Durant cette période, 15 centres ont été « réhabilités, construits et/ou équipés » dans diverses localités. Pour remédier au manque de personnel spécialisé, le Cameroun a mis en place plusieurs programmes de formation. « Des cycles de formation spécialisés ont été ouverts dans le pays : maîtrise en soins oculaires depuis 2006/2007, formation des infirmiers spécialisés en ophtalmologie depuis 2007/2008, formation des résidents en ophtalmologie depuis 2007/2008 », détaille le Dr Noa Noatina. Cependant, la répartition géographique des compétences reste problématique. Le Pr Kagmeni Giles, chef du service d’ophtalmologie du CHU de Yaoundé, alerte sur ce déséquilibre : « La majorité, 60%, sont concentrés entre Douala et Yaoundé, dans deux régions. Ce qui fait que les 40% restants sont répartis dans les autres régions. »

Des obstacles structurels persistants

Cette concentration crée un paradoxe préoccupant. En effet, « dans tous les hôpitaux régionaux, le ministre de la Santé a mis en place des équipements de pointe en ophtalmologie. Or, il n’y a personne pour les utiliser », déplore le Pr Kagmeni. Pourtant, le gouvernement a considérablement investi : « Sur le plan de la chirurgie, dans les 10 régions aujourd’hui, on peut opérer des gens de la cataracte avec la phacoémulsification, comme cela se passe à Berlin, à Paris ou à New York. » Mais « le personnel n’est pas encore suffisamment formé pour cette chirurgie », reconnaît-il. Face à ces défis, les experts proposent des mesures concrètes. Le Pr Kagmeni suggère ainsi « d’exiger qu’un certificat médical, prouvant que l’enfant a une bonne vue, soit obligatoire pour entrer en 6e ». Cette approche permettrait de détecter précocement les troubles visuels, même si sa mise en œuvre en zone rurale « demande vraiment une grande organisation ». Par ailleurs, le développement des soins oculaires primaires apparaît crucial pour désengorger les centres spécialisés où « les patients consultent pour des affections qui peuvent être prises en charge par des personnels moins qualifiés ».

Au-delà des aspects techniques, le Pr Kagmeni identifie des obstacles comportementaux significatifs : « Les services d’ophtalmologie ne sont pas beaucoup fréquentés en raison de nombreux freins. Du côté des parents, il y a des croyances socioculturelles qui font que les parents n’acceptent pas que les enfants connaissent des problèmes de vue. » Cette situation retarde souvent le diagnostic et le traitement des pathologies oculaires infantiles. Alors que l’OMS a lancé le programme SPECS 2030 pour garantir l’accès aux soins oculaires de qualité, le Cameroun doit donc poursuivre ses efforts sur plusieurs fronts : renforcer la formation, améliorer la répartition géographique des compétences, développer les soins primaires et sensibiliser les populations. Le chemin reste long, mais les progrès accomplis et l’engagement des professionnels de santé offrent des perspectives encourageantes pour que davantage de Camerounais, comme Bella Marguerite, puissent retrouver la lumière dans les yeux de leurs proches.

Elvis Serge NSAA

Interview

« Regards sur les avancées et les défis de l’ophtalmologie au Cameroun »

Pr Yannick Bilong

 À l’occasion de la Journée Mondiale de la Vue ce 9 octobre 2025, le chef du service d’ophtalmologie de l’hôpital de Mbalmayo dresse un état des lieux complet de la santé oculaire au Cameroun. Des avancées significatives en matière d’équipement et de formation aux défis persistants comme la fuite des cerveaux, le professeur éclaire sur les enjeux actuels et futurs de sa spécialité.

En ce 9 octobre 2025, Journée Mondiale de la Vue, que représente cette journée pour vous en tant qu’ophtalmologue ?

C’est une journée où toute la communauté ophtalmologique mondiale se réunit pour sensibiliser les partenaires et les patients aux problèmes de santé oculaire. Le slogan cette année est « Aimer vos yeux et laisser parler les malades ». Le but est de véhiculer des messages de sensibilisation et d’organiser des activités de dépistage des principales pathologies oculaires. Cette journée est centrée sur une sensibilisation large, qui cible tout le monde cette année. Par exemple, dans les années précédentes, c’était peut-être des groupes particuliers comme les enfants ou les personnes âgées, mais cette année c’est vraiment tout le monde. L’objectif est aussi de donner la parole aux patients, qu’ils puissent témoigner et s’exprimer sur la qualité des soins oculaires disponibles.

Quelles sont les différentes pathologies oculaires que l’on rencontre aujourd’hui ?

Les pathologies varient principalement avec l’âge. Chez les adultes, la principale affection concerne les erreurs de réfraction – l’image ne se forme pas correctement dans l’œil, ce qui donne une vision floue. Ces vices de réfraction constituent la première cause de problèmes visuels. Ensuite viennent la cataracte et le glaucome, auxquelles s’ajoutent des pathologies émergentes comme la rétinopathie diabétique. Chez l’enfant, on retrouve également des troubles de la réfraction, mais aussi des inflammations de la surface oculaire, comme la conjonctivite allergique, où l’œil réagit de façon excessive à l’environnement.

Qu’est-ce que la cataracte congénitale ?

La cataracte congénitale survient lorsqu’un enfant naît avec un cristallin qui ne laisse pas bien passer la lumière. Il existe trois grandes causes : des causes familiales ou génétiques (un tiers des cas), des infections survenues chez la mère durant la grossesse (comme la rubéole), et dans un tiers des cas, la cause reste inconnue – on parle alors de causes sporadiques ou aléatoires.

Comment évaluez-vous la prise en charge des maladies oculaires au Cameroun ?

Depuis 2007-2008, le Cameroun a mis en place un programme national de santé oculaire axé sur la formation du personnel, l’équipement et le développement des spécialités. Aujourd’hui, la Société camerounaise d’ophtalmologie compte près de 200 membres, ce qui en fait la plus importante d’Afrique centrale. Les hôpitaux régionaux sont bien équipés avec des technologies de pointe, et la formation des médecins, infirmiers spécialisés et opticiens est effective.

L’ophtalmologie attire-t-elle les jeunes professionnels de santé ?

C’est une spécialité prisée. Alors que les promotions formaient initialement 3 à 5 ophtalmologues, nous en formons maintenant une dizaine depuis 3 à 4 ans. La formation est de qualité grâce à un bon plateau technique académique. Malgré les efforts, les besoins restent importants – il manque de nombreuses sous-spécialités et il y aura toujours du travail.

Disposez-vous de données épidémiologiques sur ces pathologies ?

Les écrans d’ordinateurs portables révèlent souvent des problèmes de réfraction sous-jacents. Concernant la cataracte, son incidence augmente avec l’espérance de vie, passée d’environ 50 ans il y a 10-15 ans à 63-65 ans aujourd’hui. C’est une pathologie liée à l’âge, dont la prévalence est aussi plus élevée dans le nord du pays en raison de l’exposition solaire. Le glaucome représente 5 à 8% des pathologies hospitalières, avec une prévalence accrue dans les communautés à forte consanguinité.

 Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?

Les défis sont multiples. Sur le plan politique, un plan quinquennal national est en préparation pour mieux coordonner les actions, alors qu’auparavant chacun agissait de son côté. Le financement reste problématique, entraînant une fuite des cerveaux – nombreux sont nos collègues formés localement qui partent à l’étranger pour de meilleures conditions de travail et de rémunération. La répartition inégale des professionnels entre centres bien équipés et zones défavorisées pose également problème.

Propos recueillis par Elvis Serge NSAA

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