Du 14 au 18 septembre 2026 à Yaoundé, un atelier stratégique de budgétisation du Plan d’Action National de Sécurité Sanitaire (PANSS), organisé par l’Observatoire National de Santé Publique, a mobilisé les experts, marquant un tournant décisif pour doter le pays d’outils de riposte pérennes et financés.
Ils sont arrivés avec des données, des constats et une conviction : la sécurité sanitaire ne se décrète pas, elle se finance. Du 14 au 18 septembre 2026, à Yaoundé, les représentants du Programme Zoonoses ont participé à l’atelier de budgétisation du Plan d’Action National de Sécurité Sanitaire (PANSS) du Cameroun, organisé par l’Observatoire National de Santé Publique. Cinq jours de travaux intensifs pour transformer un document stratégique en feuille de route financière. Cinq jours pour répondre à une question simple en apparence, mais redoutablement complexe : combien coûtera la protection sanitaire du Cameroun au cours des cinq prochaines années ?
Le contexte donne à cet exercice une gravité particulière. Les zoonoses, ces maladies transmissibles de l’animal à l’homme, représentent aujourd’hui 75 % des pathogènes émergents . Le Cameroun, pays carrefour d’Afrique centrale, est en première ligne. Porosité des frontières, pression démographique, promiscuité entre l’homme et la faune sauvage dans les zones forestières : autant de facteurs qui font du pays un terreau fertile pour l’émergence de nouvelles menaces. La crise du Covid-19, l’épisode Mpox, les résurgences d’Ebola et de Marburg dans la sous-région ont agi comme des électrochocs. Le message est clair : anticiper coûte moins cher que réagir.
Le PANSS, dont l’élaboration a été lancée en juin 2026 à Mbalmayo, repose sur trois piliers fondamentaux : la prévention, la détection précoce et la riposte aux urgences de santé publique . Dix-neuf domaines d’intervention ont été identifiés, couvrant aussi bien la surveillance épidémiologique que la gouvernance, la communication des risques ou encore la sécurité sanitaire des aliments . Mais un plan, aussi ambitieux soit-il, reste lettre morte sans financement.
C’est tout l’enjeu de l’atelier de Yaoundé : traduire les ambitions en lignes budgétaires, en ressources humaines, en équipements, en logistique.
Pour le Programme Zoonoses, cette participation n’est pas une première. En avril 2026, ses experts avaient déjà pris part à l’atelier de micro-planification des projets HeSP et Pandemic Fund à Ebolowa. Une manière de rappeler que la budgétisation n’est pas un exercice isolé, mais l’aboutissement d’un processus entamé bien en amont. Le Programme, créé par arrêté du Premier Ministre en 2014, œuvre à la promotion de l’approche « Une Seule Santé » au Cameroun. Il pilote la Plateforme nationale One Health, coordonne les efforts intersectoriels entre santé humaine, animale, végétale et environnementale, et assure la surveillance des zoonoses prioritaires que sont la rage, l’anthrax, la grippe aviaire, Ebola/Marburg et la tuberculose bovine.
L’un des défis majeurs identifiés lors des travaux préparatoires reste le financement. Le Cameroun dispose de systèmes de surveillance dans les secteurs de la santé humaine et animale, mais les moyens alloués demeurent insuffisants. L’analyse situationnelle réalisée pour le PANSS pointe du doigt « le manque de financement et d’assistance technique », « l’insuffisance des plans intégrés » et « la faible capacité de réponse sectorielle et multisectorielle au niveau régional et départemental ». Autant de failles que la budgétisation doit contribuer à combler.
L’Observatoire National de Santé Publique, organisateur de l’atelier, joue ici un rôle charnière. En réunissant les parties prenantes autour d’une même table, il facilite la coordination entre les ministères sectoriels, les agences spécialisées et les partenaires techniques et financiers. Car la sécurité sanitaire, par nature, est un domaine où les silos tuent. Un agent de santé communautaire qui détecte un cas suspect de fièvre hémorragique a besoin d’un circuit d’alerte fonctionnel. Un vétérinaire qui identifie une épizootie doit pouvoir partager l’information avec les autorités sanitaires humaines. Un laboratoire qui analyse un prélèvement doit disposer des réactifs et des consommables nécessaires. Chaque maillon de cette chaîne a un coût.
Au terme des cinq jours de travaux, les contours budgétaires du PANSS 2027-2031 se dessinent peu à peu. Le document final devra être soumis aux arbitrages gouvernementaux et aux partenaires internationaux. L’enjeu dépasse le seul cadre sanitaire. La sécurité sanitaire est devenue un pilier de la souveraineté nationale. Un pays incapable de détecter et de contenir une épidémie sur son territoire s’expose à des conséquences économiques, sociales et diplomatiques dévastatrices. Le Cameroun l’a compris. Reste à trouver les moyens de son ambition.











