Au cœur de la région du Nord-Ouest, l’Hôpital Régional de Bamenda est un pilier de la santé publique, confronté quotidiennement à des défis majeurs. Son Directeur, le Dr Denis Nsame Nforniwe, lance un plaidoyer vibrant pour un soutien accru en personnel, équipements et infrastructures, essentiels à la prise en charge d’une population croissante et à la concrétisation de la Couverture Santé Universelle.
Bonjour Dr Nsame. Merci de nous accorder cet entretien. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle en tant que Directeur de l’Hôpital Régional de Bamenda ? Quel est votre parcours et qu’est-ce qui vous a amené à ce poste ?
Je suis le Dr Denis Nsame Nforniwe, médecin de santé publique, et je suis titulaire d’un Master 2 en gestion hospitalière. J’ai derrière moi 26 années de carrière au sein du Ministère de la Santé Publique. J’ai parcouru un chemin varié au sein de la pyramide sanitaire. J’ai débuté ma carrière dans les districts, notamment à l’Hôpital de District de Batibo où j’ai exercé pendant 7 ans. Ensuite, j’ai passé 10 ans à l’Hôpital de District d’Abong-Mbang. Ma première expérience en tant que directeur d’hôpital régional a été à Limbe, où j’ai servi pendant 4 ans. À présent, je suis à ma cinquième année à l’Hôpital Régional de Bamenda.
Pourriez-vous nous décrire le fonctionnement général de l’Hôpital Régional de Bamenda ? Comment l’hôpital est-il structuré et quels sont ses horaires d’ouverture et de services ?
L’Hôpital Régional de Bamenda est un établissement de troisième catégorie qui assure une permanence des soins, fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Pour garantir cette continuité, il s’appuie sur des équipes de jour et des équipes de garde dédiées.
La gouvernance de l’hôpital est assurée par un Comité de Gestion composé de 13 membres. Ce comité est présidé par le Professeur Fru Ngwafo Fobuzshi, qui est également le Président de l’Assemblée Régionale. Sa composition est représentative, incluant des délégués du Ministère des Finances, du Ministère de la Santé Publique (en la personne du Délégué Régional de la Santé Publique), de la collectivité locale (représentée par le Maire de la Ville), ainsi que des membres issus de la communauté et de l’administration hospitalière.
Sous la direction du Directeur, l’administration de l’hôpital est structurée autour de postes clés. Le Directeur est secondé par un conseiller médical et son adjoint, un surveillant général, un économe et un comptable matière. L’établissement abrite également divers services spécialisés, chacun dirigé par un chef de service, couvrant des domaines essentiels tels que la pédiatrie, la chirurgie, la gynéco-obstétrique, l’ophtalmologie, l’imagerie, et d’autres encore.
Concernant la fréquentation, quelle est la capacité d’accueil de l’hôpital en termes de lits ? Quel est le nombre moyen de patients que vous recevez quotidiennement ou mensuellement ?
L’Hôpital Régional de Bamenda a une capacité d’accueil de 400 lits. Mensuellement, nous enregistrons entre 5 000 et 6 000 nouvelles consultations, et entre 1 000 et 1 500 hospitalisations. Concernant la maternité, nous réalisons entre 200 et 250 accouchements par mois, et entre 100 et 150 chirurgies majeures mensuellement.
D’où proviennent majoritairement les patients qui se présentent à l’hôpital ? S’agit-il principalement de résidents de Bamenda, ou recevez-vous des patients des zones rurales environnantes, et si oui, dans quelle proportion ?
Les patients de l’Hôpital Régional de Bamenda viennent principalement de la grande agglomération de Bamenda, qui comprend deux districts de santé, celui de Bamenda et celui de Nkwen. Environ 60 % de nos patients proviennent de cette grande ville. Les 30 % restants viennent des autres districts de la région du Nord-Ouest, qui en compte 21. Enfin, environ 5 à 10 % de nos patients viennent d’autres régions comme Memfe (dans la région du Sud-Ouest), car l’accès y est parfois plus aisé pour des évacuations. Nous recevons aussi des patients de Douala, Yaoundé et de la région de l’Ouest. Généralement, les habitants du Nord-Ouest ont tendance à revenir chez eux lorsqu’ils sont malades pour se faire soigner.
Monsieur le directeur, passons au plateau technique de l’hôpital. Quels sont les principaux équipements médicaux et les technologies dont vous disposez actuellement ?
En ce qui concerne l’imagerie, nous disposons d’un scanner qui fonctionne à merveille, et nous en sommes très reconnaissants au Ministère de la Santé Publique. Nous avons également une mammographie et un panorex dentaire. L’Hôpital Régional de Bamenda est le seul centre du Nord-Ouest à proposer des services de dialyse, et nous disposons de 12 générateurs de dialyse. Au bloc opératoire, nous sommes équipés d’une machine de laparoscopie, permettant des chirurgies mini-invasives, une innovation que nos neuf chirurgiens maîtrisent. Nous avons aussi une salle de réanimation équipée de 10 lits. En néonatologie, nous disposons de 12 couveuses. Pour la gestion des déchets, nous avons deux incinérateurs.
En lien avec la densité de la population que votre hôpital dessert, estimez-vous que le plateau technique actuel soit suffisant pour répondre aux besoins de cette population ? Quels sont les services spécialisés que vous proposez (ex: chirurgie, gynécologie, pédiatrie, imagerie, laboratoire, etc.) ?
Le plateau technique actuel, bien qu’amélioré, présente encore des lacunes importantes pour répondre pleinement aux besoins de la population. Par exemple, le Dr Tchouffo, le seul neurochirurgien de la région, ainsi que ses confrères orthopédistes, requièrent impérativement un amplificateur de brillance ou un arceau de scopie (C-arm) doté de capacités de fluoroscopie pour optimiser leurs interventions au bloc opératoire, un équipement de pointe qui fait malheureusement défaut à notre institution. Nous manquons également d’incubateurs modernes pour les examens de culture au laboratoire, ce qui nous permettrait de faire de meilleures cultures de spécimens. De plus, l’équipement de notre centrale d’oxygène, dont le bâtiment est déjà construit par le Ministère de la Santé Publique, est toujours attendu pour que nous puissions remplir nos bouteilles d’oxygène sur place. Ce sont là quelques-uns des équipements prioritaires dont nous avons un besoin urgent.
Parlons du personnel soignant. Pouvez-vous nous donner un aperçu des effectifs : combien de médecins, d’infirmiers, de sage-femmes et de techniciens de laboratoire travaillent à l’hôpital ?
Globalement, l’hôpital compte 713 personnels. Sur ce total, 119 sont des personnels administratifs et de soutien. Le personnel soignant à proprement parler s’élève à 594 personnes. Nous avons 35 médecins spécialistes, dont la plupart sont également des enseignants du Ministère de l’Enseignement Supérieur, car cet hôpital a aussi pour mission la formation des étudiants en médecine. Nous comptons également 38 médecins généralistes, 65 techniciens de laboratoire, 243 infirmiers et sage-femmes, et 132 autres techniciens. À cela s’ajoutent 81 partenaires. Il est important de préciser que, sur les 713 personnels, seuls 157 sont des agents de l’État.
La densité de la population est forte dans la région. Le nombre actuel de personnel soignant est-il suffisant pour prendre en charge efficacement tous les patients, compte tenu de la charge de travail ?
Le personnel est vraiment insuffisant. Quand je vous dis que 65 personnels sont contractuels et rémunérés par le Comité de Gestion, vous comprenez que cela représente un coût significatif. Le poids de ces ressources humaines pèse lourdement sur notre budget de fonctionnement. La majorité de notre personnel est donc contractuelle, ce qui impacte considérablement nos capacités opérationnelles.
En tant que Directeur, quels sont les principaux problèmes ou défis majeurs auxquels l’Hôpital Régional de Bamenda est confronté au quotidien ? (Ex: financement, maintenance des équipements, approvisionnement en médicaments, sécurité, etc.)
Au quotidien, nous sommes confrontés à plusieurs problèmes majeurs. Le premier est celui des ressources humaines, qui sont insuffisantes en quantité et en qualité. Ensuite, la maintenance des équipements est un défi. Nous avons un seul technicien biomédical qui est surchargé. Les fluctuations de l’énergie et l’instabilité du voltage entraînent des pannes fréquentes de nos équipements. L’insécurité est un autre défi majeur. Les “villes mortes” du lundi rendent les déplacements difficiles, et nous devons mobiliser des ambulances pour assurer le transport du personnel. L’hôpital fonctionne 24h/24 et 7j/7, même durant ces périodes. Pour vous donner une idée, entre janvier et juin derniers, nous avons reçu 72 cas de blessés par balle, ce qui témoigne de la persistance de l’insécurité.
Enfin, la dette commerciale grandissante est une préoccupation majeure. Nous avons environ 80 millions de FCFA de dettes commerciales. Avec l’insécurité, les gens hésitent à vaquer à leurs occupations et ne peuvent pas toujours payer les soins. Nous avons pour mission de soigner les malades en priorité, quitte à gérer le paiement après, mais souvent, ce paiement ne vient pas. Par exemple, de janvier à juin, nous avons pris en charge 702 cas de patients indigents, ce qui représente un coût très élevé pour l’hôpital.
Quels sont les besoins urgents et prioritaires de l’hôpital pour y faire face ?
En matière de ressources humaines, nos besoins prioritaires sont : 30 médecins, 160 infirmiers (tous grades confondus) et 50 techniciens de laboratoire. Concernant les équipements, nous avons un besoin urgent de 10 générateurs supplémentaires pour notre centre de dialyse, qui a connu une extension. Nous attendons également l’équipement de notre nouveau centre d’urgence R+1, un bâtiment déjà construit grâce à l’Assemblée Régionale du Nord-Ouest, qui pourra accueillir une trentaine de lits pour les urgences. Nous disons un grand merci au Professeur Fru Ngwafo Fobuzshi et à l’Assemblée Régionale pour ce projet. Enfin, une ambulance 4×4 est une nécessité urgente.
En termes d’infrastructures, la finalisation de la construction de ce centre d’urgence R+1 est cruciale. Nous souhaitons aussi la réhabilitation et l’extension de notre maternité, ainsi que de notre laboratoire, qui est agréé par le South African National Accreditation Service (SANAS) et dont les résultats sont de grande qualité, mais qui est actuellement trop exigu. Le centre de consultation externe nécessite également une réhabilitation.
Si vous aviez un message à adresser aux autorités compétentes ou aux partenaires pour soutenir l’hôpital, lequel serait-il ?
Mon message de soutien, à l’heure actuelle, serait de demander au Ministère de la Santé Publique et au Président de la République de concrétiser leur promesse de recruter plus de 9 000 personnels de santé. Nous souhaitons vivement que nos personnels en situation précaire à l’hôpital, dont nous avons envoyé une liste de 156 à la hiérarchie, puissent bénéficier de ce soutien. Deuxièmement, l’équipement de notre centre d’urgence moderne, construit par l’Assemblée Régionale, est une priorité absolue.
Dr Nsame, un dernier mot pour nos lecteurs sur la vision et les objectifs à long terme que vous avez pour l’Hôpital Régional de Bamenda.
Pour la vision de cet hôpital, nous aspirons à en faire un établissement accueillant, qui rayonne, et qui assure un accueil optimal. Un hôpital qui respecte le droit et la dignité de chaque patient, qui offre des soins de qualité, et qui garantit également une bonne carrière à son personnel. Enfin, nous voulons un hôpital qui respecte scrupuleusement la politique sanitaire de notre pays, notamment en étant fortement engagé dans la mise en œuvre de la Couverture Santé Universelle.
Propos recueillis par Elvis Serge NSAA











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