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Zones sous menace armée : quand l’État recule, les civils paient le prix

Une femme passe devant un membre du Bataillon d’intervention rapide (BIR), une unité d’élite camerounaise, dans la ville de Buea, dans la région anglophone du Sud-Ouest, au Cameroun. Photo : Reuters.
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Au Cameroun, l’accès aux soins, à l’éducation et aux documents officiels devient un défi majeur dans les zones sous influence armée, selon les conclusions d’une nouvelle étude du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), publiée le 25 novembre 2025.

Dans certaines zones du Cameroun, vivre au quotidien signifie composer avec la peur, l’incertitude et des choix impossibles. « C’est comme échapper aux flammes pour se noyer dans l’eau », confie un chef de village camerounais interrogé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Cette phrase résume le dilemme des civils pris au piège dans des territoires disputés par plusieurs acteurs armés, où chaque déplacement, chaque décision, chaque relation peut devenir une question de survie.

Le Cameroun fait partie des pays étudiés entre 2024 et 2025 par le CICR, aux côtés de l’Irak et des Philippines, pour comprendre ce que signifie vivre dans une zone contrôlée ou disputée par des groupes armés. Dans ces territoires, la population vit en permanence sous la menace : risques quotidiens, partage flou du pouvoir, peur des représailles et soupçons constants de collaboration avec « l’ennemi ».

Ces réalités locales s’inscrivent dans une crise mondiale d’ampleur. Selon une nouvelle étude publiée le 25 novembre 2025 par le CICR, 204 millions de personnes à travers le monde vivent actuellement dans des zones contrôlées ou disputées par des groupes armés, soit 30 millions de plus qu’en 2021. Parmi elles, 74 millions vivent sur des territoires entièrement contrôlés par des groupes armés, et 130 millions dans des zones disputées.

La cartographie réalisée en 2025 par le CICR recense 383 groupes armés préoccupants sur le plan humanitaire dans plus de 60 pays. Plus d’un tiers sont parties à un conflit armé et donc soumis au droit international humanitaire (DIH). Le CICR indique maintenir un contact régulier avec près de trois quarts de ces groupes afin de négocier l’accès aux populations, l’acheminement de l’aide humanitaire et la protection des civils.

Mais cette interaction devient de plus en plus complexe. « La plupart des groupes armés ne sont pas des acteurs temporaires. Ils sont profondément enracinés dans les territoires qu’ils contrôlent », explique Matthew Bamber-Zryd, conseiller du CICR en matière de groupes armés. Selon lui, bien que certains groupes soient disposés à dialoguer sur les questions humanitaires, l’insécurité persistante, les restrictions liées à la lutte contre le terrorisme et le manque de ressources rendent difficile un dialogue durable.

Au Cameroun comme ailleurs, l’un des aspects les plus graves concerne l’effondrement des services essentiels dans les zones disputées. Ni les autorités publiques ni les groupes armés ne sont en mesure d’assurer correctement les soins de santé, l’éducation ou la délivrance de documents officiels. Sans papiers d’identité, des milliers de personnes se retrouvent incapables de se déplacer, d’accéder à des services ou même de prouver qui elles sont, ce qui les expose davantage aux abus, à l’exclusion et à l’arbitraire.

Les organisations humanitaires rencontrent également de grandes difficultés à atteindre ces populations. Bien que de nombreux groupes armés acceptent de dialoguer avec le CICR, l’accès est souvent entravé par les conditions de sécurité et par des restrictions juridiques et administratives imposées par les États.

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Pour Arjun Claire, conseiller principal en politiques au CICR, les civils des zones disputées paient un prix intolérable : « Les gens sont pris au piège de la violence, accusés par l’une ou l’autre partie de collaborer avec l’ennemi et exposés à de violentes représailles. Les États et les groupes armés ne peuvent pas mener leurs guerres sur le dos des civils. »

Le CICR rappelle que le contrôle territorial implique une responsabilité : celle de protéger les civils, et non de les attaquer. L’organisation appelle toutes les parties aux conflits armés à respecter le droit international humanitaire, à garantir la protection des populations et à faciliter un accès humanitaire impartial.

Au Cameroun, comme dans de nombreuses régions du monde, la population vit désormais dans l’attente d’une paix incertaine, coincée entre plusieurs forces qu’elle ne contrôle pas. Pour ces communautés, la survie quotidienne est devenue un acte de résistance silencieuse.

Mireille Siapje

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