Shopping cart

Subtotal 0 CFA

View cartCheckout

Echosanté est un magazine de santé en ligne dédié à l’information fiable, à la prévention, au bien-être et aux innovations médicales, pour aider chacun à mieux vivre et décider.

TnewsTnews
  • Home
  • ACTUALITE
  • 678 morts en 2024 : Chiffres qui divisent le gouvernement sur la sécurité routière
ACTUALITE

678 morts en 2024 : Chiffres qui divisent le gouvernement sur la sécurité routière

Email : 69

Le ministère des Transports revendique une baisse de 57 % des décès routiers entre 2011 et 2024. Mais gendarmerie, ministère et institutions internationales avancent des chiffres qui ne concordent pas, jetant le doute sur la réalité de cette embellie.

Selon le ministère des Transports, présentant son bilan devant le Parlement fin 2025, le Cameroun est passé de 3 525 accidents et 1 588 tués en 2011 à 1 781 accidents et 678 morts en 2024, soit un recul de 49 % du nombre d’accidents et 57 % du nombre de décès en treize ans. Le ministre Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe attribue cette embellie à un dispositif d’intelligence artificielle censé avoir contribué à une réduction de 34 % des accidents en 2024 par rapport à 2020, avec pour objectif une baisse de 50 % à l’horizon 2025.
Les statistiques de la gendarmerie nationale, portant sur 2011-2019, dessinaient déjà cette tendance baissière : 2011 avec 3525 accidents et 1588 tués, 2012 avec 3327 accidents et 1187 tués, 2013 avec 2997 accidents et 1160 tués, jusqu’à un point bas relatif en 2021, où le nombre de morts était tombé à 963, contre 1588 en 2011, soit une baisse de 39 %.

Des chiffres qui ne racontent pas tous la même histoire

C’est là que le bât blesse. Lors d’une plénière spéciale à l’Assemblée nationale en 2021, le ministère des Transports avait pourtant évoqué environ 3 000 décès pour cette même année, soit trois fois plus que le chiffre de la gendarmerie pour la même période. Un écart jamais expliqué publiquement.
Autre son de cloche du côté des institutions internationales : la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), dans un rapport présenté le 6 mai 2019 à Addis-Abeba, évaluait à 16 583 accidents et 1 500 décès en moyenne chaque année au Cameroun, avec un taux de mortalité routière de 26,7 morts pour 100 000 habitants. La même année, un rapport remis au Cameroun par l’Envoyé spécial de l’ONU pour la sécurité routière, Jean Todt, avançait plus de 16 000 accidents annuels et plus de 1 200 morts selon les chiffres officiels, mais plus de 6 000 selon l’estimation de l’OMS. Un écart du simple au quintuple entre données officielles et évaluation de l’OMS.
Plus troublant : le bilan positif affiché à l’échelle nationale ne se vérifie pas partout. L’annuaire statistique des transports montre qu’en milieu intra-urbain, les accidents corporels sont passés d’environ 1 650 en 2020 à près de 2 900 en 2024, et les blessés d’environ 3 100 à plus de 4 500, soit une hausse, à contre-courant du récit national. Sur le seul premier semestre 2024, le ministère de l’Administration territoriale recensait déjà 3 400 accidents, 256 morts et 254 blessés.

Ce que le gouvernement a fait

Un système de vidéosurveillance et d’intelligence artificielle sur les axes interurbains, qui aurait permis d’identifier 296 139 comportements à risque, dont 126 502 excès de vitesse, 81 676 cas de somnolence au volant et 84 939 cas de distraction au volant.
Des campagnes saisonnières de contrôle : en juin 2026, une opération ciblant l’excès de vitesse, le mauvais état technique des véhicules, la surcharge, l’alcool au volant et le stationnement dangereux.
Des sanctions après les drames : après l’accident de Nomalé, sur l’axe Ndikiniméki-Bafia, qui a fait 16 morts et 42 blessés le 14 août 2026, le ministère a annoncé le retrait de licence de transport, l’immobilisation des véhicules et une amende de 5 millions de FCFA pour le transporteur mis en cause.
Un plan d’action national de sécurité routière 2025-2030.

Ce qui manque encore

L’incohérence des sources statistiques nourrit le doute sur la réalité du recul annoncé. L’état du réseau routier reste par ailleurs un facteur de risque non maîtrisé : le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, reconnaissait lui-même que le vieillissement des chaussées et une pluviométrie devenue plus intense dépassaient les capacités des ouvrages existants. Une enquête d’Africa Check a constaté qu’aucun document officiel consulté ne contenait de données précises sur les causes des accidents, rendant difficile toute évaluation rigoureuse des politiques publiques. Enfin, la hausse persistante des accidents en zone urbaine, à rebours du discours national, suggère que les villes restent un angle mort de la politique de sécurité routière.

La voix du terrain

Sur l’axe Edéa-Kribi, une habitante ayant requis l’anonymat décrivait une route qu’elle juge catastrophique. Les usagers dénonçaient les défaillances de la sécurité routière et réclamaient le respect de l’interdiction de circulation des gros porteurs à certaines heures. Un expert du secteur, Martial Manfred Missimkim, résumait ainsi les priorités : un contrôle rigoureux de tous les véhicules en circulation, une signalisation adéquate et une inspection biennale des routes.

La problématique

Le Cameroun peut-il se prévaloir d’une politique de sécurité routière réussie tant que ses propres institutions ne s’accordent pas sur l’ampleur du phénomène qu’elles prétendent combattre ? Entre un ministère qui revendique 678 morts en 2024, une gendarmerie dont les chiffres divergent de ceux du même ministère à un an d’écart, et une OMS qui évalue la mortalité réelle plusieurs fois supérieure aux statistiques officielles, la fiabilité de la donnée devient elle-même un enjeu de politique publique. Tant que le pays ne disposera pas d’un système unique et transparent de collecte des données d’accidents, toute annonce de baisse restera invérifiable.

img

MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

Comments are closed

Articles similaires