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Migrations : Maroua contre les mythes

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« Dois-je quitter le pays ? » Une question que se posent chaque jour de nombreux jeunes Camerounais. À Maroua, 20 MIGRATalkers nouvellement formés s’engagent à y répondre avec des faits, et non des mythes.

« Dois-je quitter le pays ? » Cette question, de nombreux jeunes Camerounais se la posent quotidiennement, souvent sans disposer d’informations fiables pour y répondre. Faute d’accès à des données vérifiées sur les réalités migratoires, beaucoup se laissent guider par des rumeurs, des récits enjolivés relayés sur les réseaux sociaux, ou des promesses de passeurs peu scrupuleux, avec parfois des conséquences dramatiques.

C’est pour répondre à ce vide informationnel qu’une initiative a été lancée à Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord : la formation de 20 jeunes en tant que MIGRATalkers. Leur mission est claire et ambitieuse : aider leurs pairs à fonder leurs décisions sur des faits, et non sur des mythes ou des rumeurs entourant la migration.

Un partenariat institutionnel solide

Cette initiative bénéficie du soutien de plusieurs institutions majeures. Le Ministère des Relations Extérieures du Cameroun (MINREX) et le Ministère de la Jeunesse et de l’Éducation Civique y apportent leur caution institutionnelle et leur ancrage national, tandis que l’Union européenne au Cameroun et l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) au Cameroun assurent l’appui technique et financier nécessaire à la formation et au déploiement de ces jeunes ambassadeurs

de l’information.

Cette convergence d’acteurs, à la fois nationaux et internationaux, traduit la volonté commune de traiter la question migratoire non pas uniquement sous l’angle sécuritaire ou répressif, mais à travers la prévention et l’éducation des populations les plus exposées, en particulier la jeunesse.


Sensibiliser par les pairs, une méthode qui fait ses preuves

Le choix de former des jeunes pour s’adresser à d’autres jeunes n’est pas anodin. Cette approche de sensibilisation par les pairs repose sur un principe simple mais efficace : un message a plus de chances d’être entendu et accepté lorsqu’il est porté par quelqu’un qui partage le même vécu, le même langage et les mêmes réalités quotidiennes que son interlocuteur.


Les MIGRATalkers de Maroua ont ainsi pour mission de sensibiliser leurs pairs sur trois axes essentiels : les réalités concrètes de la migration, souvent très éloignées des récits idéalisés qui circulent sur les réseaux sociaux ; les voies légales et régulières disponibles pour ceux qui souhaitent réellement émigrer ; et les risques considérables liés à la migration irrégulière, qu’il s’agisse des dangers physiques de la traversée ou des situations de vulnérabilité et d’exploitation qui guettent les migrants sans papiers.

Un enjeu particulièrement sensible dans l’Extrême-Nord

Cette initiative prend un relief particulier dans la région de l’Extrême-Nord, confrontée depuis plusieurs années à des défis socio-économiques importants qui poussent une partie de sa jeunesse à envisager le départ comme seule perspective d’avenir. Dans ce contexte, la présence d’acteurs de proximité, formés et outillés pour informer sans stigmatiser ni dramatiser, constitue un maillon essentiel entre les politiques publiques migratoires et les préoccupations concrètes des jeunes.

Donner aux jeunes les moyens de décider

Au-delà de la simple diffusion d’informations, l’objectif final de cette démarche est d’redonner aux jeunes Camerounais la capacité de prendre des décisions éclairées concernant leur propre avenir. En leur donnant accès à une information fiable sur les parcours migratoires réguliers et sur les risques réels de l’immigration clandestine, les MIGRATalkers espèrent réduire l’attrait des discours trompeurs qui alimentent trop souvent des départs précipités, parfois au péril de la vie des

candidats à l’exil.

Cette première cohorte de 20 jeunes formés à Maroua pourrait ainsi préfigurer un déploiement plus large de ce modèle de sensibilisation par les pairs dans d’autres régions du pays également confrontées à cette problématique migratoire.

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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