Portée par la pauvreté, la porosité des frontières et la corruption, cette industrie criminelle cible en priorité des molécules vitales telles que les antibiotiques, les antipaludiques et les antalgiques. Ce 12 octobre 2026, le Cameroun commémore la Journée africaine de lutte contre les faux médicaments sous le thème de la protection de la chaîne d’approvisionnement pour la CSU.
Le faux médicament tue en silence, dans l’indifférence quasi générale. Ce 12 octobre 2026, le Cameroun célèbre la Journée africaine de lutte contre les faux médicaments, autour du thème : « Faux médicaments, vrai danger : ensemble, sécurisons la chaîne d’approvisionnement au Cameroun pour une meilleure CSU ». Le ministre de la Santé publique, le Dr MANAOUDA Malachie, n’a pas mâché ses mots : « Le faux médicament ne soigne pas, il tue », a-t-il martelé, qualifiant ce réseau de « criminalité pharmaceutique ».
Les faux médicaments revêtent de multiples visages : médicaments sous-dosés, sans principe actif, contenant de faux principes actifs, distribués par des personnes non habilitées, vendus dans la rue, importés frauduleusement, fabriqués dans des unités non autorisées, reconditionnés avec de fausses étiquettes, ou dont les dates de péremption sont falsifiées. Selon l’OMS, ils sont définis comme des « médicaments de qualité inférieure et falsifiés », une terminologie adoptée le 29 mai 2017 lors de la 72ᵉ Assemblée mondiale de la santé.Un trafic qui s’intensifieÀ l’échelle régionale, les données de l’ONUDC donnent le vertige.
Plus de 251 tonnes de produits médicaux ont été saisies dans les six pays de la CEMAC entre 2020 et 2025. La tendance est à l’aggravation : les saisies sont passées d’environ 5 tonnes en 2020 à 116 tonnes en 2024, avant de dépasser 97 tonnes en 2025. En tête des produits interceptés : les opioïdes pharmaceutiques comme le tramadol, les antibiotiques, les vaccins, et même des médicaments contre le cancer.
Au Cameroun, plus de 8,6 milliards de francs CFA (environ 15,17 millions de dollars) de médicaments contrefaits ont été saisis depuis 2020. Le pays perd près de 33 milliards de FCFA par an à cause de ce commerce mortifère.Les causes profondes d’un fléau qui prospèrePourquoi ce trafic prospère-t-il ? D’abord, la pauvreté : dans de nombreux pays en développement, les populations n’ont pas les moyens d’acheter de vrais médicaments et se tournent vers les circuits informels.
Le manque d’accès à l’information, les ruptures de stock itératives et l’absence de couverture sociale poussent les patients vers « les médicaments de la rue ». Ensuite, la corruption : véritable poison sévissant dans certains pays jusqu’au plus haut niveau hiérarchique, elle est un vecteur majeur de diffusion des médicaments falsifiés au sein des chaînes d’approvisionnement légales, leur permettant de s’infiltrer jusque dans les pharmacies autorisées.
Le prix de l’inactionÀ l’échelle mondiale, l’OMS estime qu’un médicament sur dix dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ne satisfait pas aux tests de contrôle de la qualité. Dans certaines régions d’Afrique, cette proportion peut atteindre 30 %. Mais le chiffre le plus terrifiant reste celui de l’ONUDC : près de 500 000 personnes meurent chaque année en Afrique subsaharienne après avoir consommé des médicaments falsifiés ou de qualité inférieure. Parmi ces décès, 267 000 sont liés à des antipaludiques falsifiés, et 169 271 à des antibiotiques utilisés pour traiter des pneumonies graves chez les enfants. Face à ce carnage, le Cameroun a choisi la voie de la « TOLÉRANCE ZÉRO ».
Un Plan National Multisectoriel de lutte contre le faux médicament et le trafic illicite des produits pharmaceutiques a été mis en œuvre avec l’accompagnement d’Interpol et des partenaires au développement. Des missions de contrôle sont déployées sur le terrain, et il ne se passe pas une semaine sans que des conteneurs de produits contrefaits ne soient saisis et détruits. Le ministre a lancé un appel aux professionnels de santé et à la population : « J’en appelle à la conscience de chacun. Nous devons tous être des agents de vigilance.
Refusons les médicaments de la rue et rendons-nous uniquement dans les officines agréées ». Un numéro vert, le 1506, est mis à disposition pour dénoncer les réseaux mafieux et les sites de fabrication. L’indignation ne suffit plus. Comme le rappelle le ministre, « les trafiquants se réinventent sans cesse. La vigilance doit rester notre meilleure arme ».





