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Abus et Trafic de Drogues au Cameroun : Des chiffres qui inquiètent

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Plus de 2 000 cas de consommation de drogues enregistrés en 2024, par le Centre d’accompagnement et de prise en charge des consommateurs de drogues , soit +1 000 en un an. Le cannabis représente 48 % des cas, suivi du tabac, tramadol, alcool, cocaïne, héroïne et de nouvelles drogues locales non identifiées. Pour le Comité national, il est urgent d’investir dans la prévention.

Le 26 juin 2025, la Direction de la Lutte Contre les Maladies, les Épidémies et les Pandémies, à Yaoundé, a été le théâtre de cette importante commémoration, soulignant l’engagement du pays dans cette bataille cruciale. L’événement s’est déroulé dans une atmosphère propice à la sensibilisation et à l’échange. Des tentes dédiées à l’écoute, à l’orientation et à l’information étaient dressées, offrant un espace de soutien précieux. De plus, des messages clairs et percutants étaient affichés sur des tableaux qui encerclaient l’esplanade de la Direction, symbolisant ainsi une véritable ligne de défense pour protéger les Camerounais contre les méfaits de la drogue.

Un moment fort de la journée a été la causerie éducative qui s’est tenue à l’intérieur d’un stand. La Dre KEMME KEMME et la Dre Okoto, accompagnées de l’équipe du Comité National de Lutte Contre les Drogues et d’acteurs de la société civile, ont échangé sur la thématique du jour. Ce fut un échange profond et sincère, une véritable « confession » où chacun a partagé son expérience et ses méthodes pour sensibiliser les enfants et promouvoir la prévention. Des anecdotes édifiantes ont été racontées, mettant en lumière les réalités souvent insoupçonnées de la consommation de drogue dans les villages et en milieu professionnel. Les discussions ont également abordé des sujets aussi complexes que les exploits agricoles et les performances académiques et professionnelles prétendument « dopées » par la drogue, captivant l’attention du public présent.

Des chiffres alarmants et une problématique multifactorielle

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et témoignent de l’urgence de la situation. Comme le souligne le Dr. Marileine Kemme Kemme, Médecin Addictologue et Cheffe du Centre La Vie à l’Hôpital Central de Yaoundé. « En 2024, les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie ont accueilli plus de 2 000 patients, soit une augmentation de plus de 1 000 cas par rapport à l’année précédente. » Cette progression fulgurante ne se limite pas à de simples statistiques ; elle engendre, selon le Dr. Kemme Kemme, des « conséquences dévastatrices sur la santé (mentale et physique), ainsi que sur les plans familial, social, professionnel et académique. »

Cette problématique, multifactorielle par nature, est perçue comme la partie visible d’un iceberg complexe. En effet, de nombreux facteurs sous-jacents alimentent cette crise. Des « problématiques familiales » liées aux modes d’éducation et à la parentalité, des « problématiques socioprofessionnelles » telles que le chômage et la pression des pairs, une « offre de drogues » facilitée par des frontières poreuses, et, enfin, une « détresse des jeunes » qui se sentent souvent perdus et démunis face aux défis de la société. La stratification des substances consommées au Cameroun révèle une prédominance marquée du cannabis, qui représente 48% des usages. Le tabac se positionne ensuite, suivi par le tramadol (dont l’usage est malheureusement détourné), et l’alcool. Bien que moins répandues, la cocaïne et l’héroïne sont également consommées, sans oublier les drogues locales non encore identifiées qui compliquent davantage le tableau.

 

La Dre KEMME KEMME et la Dre OKOTO, accompagnées de l’équipe du Comité National de Lutte Contre les Drogues et d’acteurs de la société civile.

 

Une stratégie nationale renforcée et une collaboration essentielle

Face à cette réalité préoccupante, le Cameroun a pris des mesures concrètes et s’engage résolument dans la lutte. Sophie Atangana, Chargée de la Communication au Comité National de Lutte contre la Drogue, souligne l’engagement du pays : « Nous insistons sur l’importance cruciale de la prévention, car elle est le point de départ de toute action efficace. » Dans cette optique, elle révèle l’élaboration du « tout premier Plan Stratégique National de Lutte contre la Drogue (2024-2030) », initié sous les instructions du Chef de l’État, dont l’objectif est de « réduire significativement l’offre et la demande de drogues, ainsi que les risques liés à leur consommation. »

Les actions se déploient en collaboration étroite avec les organisations de la société civile, comme le confirme Atangana.  « Nos actions s’inscrivent dans une démarche collaborative, notamment avec les organisations de la société civile. » Ces initiatives incluent des programmes de promotion de la parentalité positive, des campagnes de sensibilisation du public aux effets nocifs de la drogue, des actions d’éducation sur les dangers et des stratégies de réduction des risques associés à l’usage de drogues.

Le Président d’ICAP (Institut des Professionnels d’Addiction du Cameroun), Kungne Johann, met en lumière l’approche des professionnels.  « Notre vision est de rassembler des professionnels de l’addiction pour lutter contre le fléau de la consommation abusive de drogues au Cameroun, en mettant l’accent sur la promotion de la santé mentale. » Il rappelle les trois piliers internationaux de la lutte anti-drogue : la prévention, le traitement et la récupération. L’ICAP, à l’instar d’autres organisations de la société civile, concentre ses efforts sur la réduction de la demande. « Si la demande diminue, l’offre suivra », explique Kungne, justifiant ainsi l’intensification des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes et des adultes pour souligner les « conséquences négatives de la consommation de drogues ». Il renforce son propos en citant l’ONUDC qui, en 2023, appelait les gouvernements à investir au moins 30% de leur budget dans la prévention, soulignant que « prévenir vaut mieux que guérir. »

Des infrastructures de soins en pleine évolution

En parallèle des efforts de prévention, les infrastructures de soins se renforcent considérablement. Le Dr. Okoto Mvondo, Médecin Addictologue et Chef du Centre de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie de l’Hôpital Jamot à Yaoundé, confirme l’essor de la prise en charge. « L’Hôpital Jamot dispose désormais d’un centre de soins de désintoxication spécifiquement dédié aux problèmes d’addiction. » Ce centre prend en charge aussi bien les addictions aux substances que les addictions sans substance, telles que le jeu pathologique ou l’addiction au travail. L’équipe est pluridisciplinaire, incluant des addictologues, des psychologues, des psychiatres (pour les cas où une comorbidité psychiatrique est présente), et bénéficie de toutes les spécialités médicales de l’hôpital pour traiter les complications associées.

Un témoignage d’espoir et une évolution sociétale

La parole est aussi donnée aux anciens usagers, dont le témoignage résonne comme un appel à l’espoir. Salvador, partage son parcours poignant. Après avoir sombré dans la drogue suite à la perte de son père en 2016, il a consommé diverses substances, de la colle au “taf” et aux “cailloux” (crack), ce qui l’a poussé à la délinquance. « Ça me fait vraiment mal, je vois que je suis en train de revenir en arrière. Je n’avance pas, ça me pousse même à voler, à faire de mauvaises choses », confie-t-il, évoquant des coûts de consommation pouvant atteindre 5 000 francs CFA par jour pour certaines substances.

A lire aussi: Meiganga : La multiplication des pharmacies pour le bonheur des patients

Cependant, Salvador a trouvé la voie de la rédemption grâce au Centre la Vie de l’Hôpital central de Yaoundé. « J’ai fait six mois de thérapie et ils m’ont donné vraiment des médicaments, ils m’ont conseillé d’arrêter ça. » Aujourd’hui, sa vie est transformée. « J’ai une famille, je me suis marié et je ne suis plus dans la rue. Vraiment, ça me fait vraiment plaisir et je profite de ce moment pour conseiller aussi mes frères qui sont encore dans la rue, de prendre conscience et de construire aussi leur propre foyer, abandonner la rue. » Il témoigne de son autonomie retrouvée et de son bien-être. « Je n’ai plus des amis consommateurs. Je ne fréquente plus les endroits où je fréquentais avant. Aujourd’hui, j’ai une famille. Dès que j’ai fini mon travail, je rentre à la maison. » Enfin, une évolution sociétale majeure est observée par le Dr. Okoto Mvondo : la féminisation de la patientèle. « Autrefois, la patientèle était majoritairement masculine (environ 95 %).

La lutte contre l’abus et le trafic illicite de drogues au Cameroun est un combat complexe mais résolument engagé. Grâce à une stratégie nationale ambitieuse, à l’implication des professionnels de santé et des organisations de la société civile, ainsi qu’à l’ouverture et au renforcement des structures de soins, le pays œuvre activement à briser le cycle de l’addiction et à offrir un avenir plus sain à sa jeunesse.

Elvis Serge NSAA

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