Une étude menée en 2024 sur la santé des adolescents révèle que les jeunes, qui représentent 34,1 % de la population camerounaise, commencent majoritairement leur vie sexuelle avant l’âge de 15 ans.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et l’UNICEF ont conjointement mené une analyse situationnelle de la Santé des Adolescents au Cameroun, dont les résultats ont été officiellement restitués le lundi 15 décembre 2025 à la salle des Conférences de l’OMS. Cet événement a réuni l’ensemble des parties prenantes clés de la santé des adolescents : le Ministère de la Santé Publique (Minsanté), des représentants du secteur privé, des ONG nationales et internationales, des parlementaires, des universités, et des agences du Système des Nations Unies. Cette forte mobilisation souligne l’urgence et l’importance accordée à ce segment de la population.
Mobilisation des acteurs clés
Présentant l’état des lieux, le Pr Mbondji Ebongue, expert en santé publique et consultant pour l’étude, a mis l’accent sur la Santé Sexuelle et Reproductrice des adolescents et jeunes (SSRAJ), en particulier dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest, du Littoral et du Centre – des zones souvent impactées par des crises et accueillant des déplacés internes. Il a relevé que la prise en compte de la santé des adolescents est actuellement « fragmentée et peut-être pas encore assez suffisante ». Le diagnostic révèle des lacunes importantes dans la mise en œuvre effective de la SSRAJ. Le Pr Ebongue a souligné la nécessité d’une approche intégrée : « Il faudrait renforcer la prise en compte de la santé des jeunes et adolescents, voir d’un aspect assez intégré, parce qu’il faut dire qu’il ne s’agit pas uniquement d’un volet vertical, mais d’un volet assez transversal où les violences basées sur le genre, la santé mentale, la nutrition doivent être prises en compte ». Au-delà du système de santé lui-même, l’étude insiste sur l’impératif de considérer les déterminants de la santé – environnementaux, sociaux et anthropologiques – qui contextualisent la vie de ces jeunes.
État des lieux : des soins fragmentés et des besoins multiples
Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du groupe de résultats 2.1 du Système des Nations Unies, un « flagship project » de l’initiative Delivering as One. Le Dr Alphonse Ngalame, Conseiller National Chargé de la Continuité des services à l’OMS, a annoncé le lancement de la phase 2 dès 2026 : la phase d’intervention. Cette phase concrète prévoit des actions pilotes dans une zone spécifique, notamment à Bonabéri, Douala, où vivent de nombreux déplacés internes. Parmi les interventions prévues figurent le forage de puits pour l’accès à l’eau dans les communautés, l’aménagement d’une formation sanitaire pour créer une unité de prise en charge dédiée à la santé des adolescents et jeunes, ainsi que des actions de sensibilisation sur la SSRAJ et l’hygiène menstruelle. L’objectif est d’utiliser ces initiatives comme un « stimulus » pour encourager l’État à généraliser la création des unités de santé de reproduction des adolescents et jeunes, comme initialement décidé.
Phase II : Passage de l’analyse à l’action
La Société Camerounaise de la Santé des Adolescents (SOCADO), présidée par le Pr Felix Essiben, est déterminée à jouer un rôle moteur dans ces réformes. Jugeant la situation des adolescents au Cameroun « très préoccupante », la SOCADO vise à fédérer l’action des différentes spécialités pour apporter des solutions coordonnées. Le Pr Essiben a déclaré que l’objectif de l’association est de proposer des « informations factuelles, vérifiables, vraies, de terrain, reproductibles, aux décideurs » afin qu’ils puissent prendre les bonnes décisions et mener des politiques efficaces. Pour le projet conjoint de l’OMS, l’UNFPA et l’UNICEF, la SOCADO s’engage à apporter son expertise pour que les conclusions de l’analyse situationnelle soient « transformées en outil de décision » et en solutions concrètes aux problèmes de santé des adolescents. La société a d’ailleurs annoncé ses prochaines journées scientifiques pour mai 2026.
L’expertise nationale au service de la réforme
En conclusion, la restitution de cette analyse situationnelle marque un tournant. Elle fournit une base factuelle indispensable pour passer d’une approche fragmentée à une stratégie intégrée et multisectorielle, essentielle pour garantir l’épanouissement et la santé des adolescents et des jeunes au Cameroun.
Junior NTEPPE KASSI















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