Shopping cart

Subtotal CFA

View cartCheckout

Echosanté est un magazine de santé en ligne dédié à l’information fiable, à la prévention, au bien-être et aux innovations médicales, pour aider chacun à mieux vivre et décider.

TnewsTnews
  • Home
  • A LA UNE
  • Allaitement exclusif : 6 nourrissons sur 10 privés du lait maternel
A LA UNE

Allaitement exclusif : 6 nourrissons sur 10 privés du lait maternel

Une agente de santé communautaire aide une mère à allaiter à Maroua, dans l'extrême nord du Cameroun.
Email : 542

Bien que plus de 90 % des mères camerounaises initient l’allaitement, seule une minorité d’enfants de moins de six mois (39,7%) bénéficient d’un allaitement maternel exclusif, selon l’Enquête Démographique et de Santé EDS 2018.

Au Cameroun, seuls 4 bébés sur 10 sont exclusivement allaités un enjeu vital encore sous-estimé. Des chiffres préoccupants, alors que la Semaine Mondiale de l’Allaitement Maternel 2025 appelle à bâtir des systèmes de soutien durables. Une urgence de santé publique passée trop souvent sous silence.

C’est dans le calme d’une maternité de quartier à Yaoundé que Madeleine, 33 ans, entame un rituel familier : elle s’installe sur le lit, cale son nouveau-né contre son sein et commence à l’allaiter. « C’est mon quatrième enfant. Je sais que le lait maternel est important, mais je n’ai jamais réussi à tenir plus de trois mois sans lui donner autre chose », avoue-t-elle à demi-mot.

Son histoire, banale en apparence, résume un paradoxe : au Cameroun, plus de 90 % des femmes allaitent. Pourtant, seulement moins de 4 bébés sur 10 bénéficient d’un allaitement exclusif durant leurs six premiers mois. Les raisons ? Un faisceau de freins qui se tissent autour des mères comme une toile invisible : sociale, culturelle, institutionnelle.

Selon l’Enquête Démographique et de Santé (EDS) de 2018, seuls 39,7 % des nourrissons camerounais sont allaités exclusivement jusqu’à six mois. C’est bien en dessous des objectifs de l’Assemblée mondiale de la santé : 50 % d’ici 2025 et 60 % à l’horizon 2030.

Dans les faits, les mères sont souvent livrées à elles-mêmes dès la naissance. La mise au sein dans l’heure qui suit l’accouchement, recommandée pour ses bienfaits immédiats, reste encore faible : 43,1 % dans les hôpitaux et 35 % lors des accouchements à domicile. Et plus dur encore : seulement 23 % des femmes poursuivent l’allaitement jusqu’aux deux ans de l’enfant, comme le recommande l’OMS.

Pour l’UNICEF, qui soutient activement les politiques de nutrition au Cameroun, l’allaitement maternel est bien plus qu’un choix individuel : c’est une nécessité de santé publique. « Chaque dollar investi dans l’allaitement maternel peut générer jusqu’à 35 dollars de retombées économiques, en améliorant la santé, la productivité et la survie des enfants », souligne l’organisation.

Mais derrière ces chiffres, des défis récurrents empêchent l’allaitement de jouer pleinement son rôle : trop peu de formations adaptées pour le personnel de santé, des environnements de travail hostiles à la maternité, des croyances culturelles profondément enracinées, comme celle selon laquelle un bébé doit compléter avec de la bouillie ou de l’eau et une commercialisation toujours agressive des substituts de lait maternel.

« Dans mon village, on pense que le lait maternel ne suffit pas. Dès deux mois, on donne le couscous à l’enfant… C’est comme ça qu’on fait depuis toujours. » Confie Miranda Fotso

Face à cette réalité, le gouvernement camerounais a élaboré un Plan Multisectoriel de Développement de la Nutrition 2024–2030, qui prévoit une série d’interventions : formation du personnel de santé, création de groupes de soutien communautaire, campagnes médiatiques, et surtout, élaboration de politiques favorables à l’allaitement sur les lieux de travail.

A lire aussi: Genre et protection sociale en Afrique : Un prix UNFPA salue l’analyse du Dr Aguibou Diallo

C’est dans ce contexte que s’inscrit la Semaine Mondiale de l’Allaitement Maternel (SMAM), célébrée chaque année du 1er au 7 août. En 2025, le thème « Prioriser l’allaitement : créer des systèmes de soutien durables » sonne comme un cri du cœur : sans soutien concret, durable et multisectoriel, les bonnes intentions resteront lettres mortes.

Pour Madeleine, il est peut-être trop tard pour revenir en arrière. Mais pour des milliers d’autres mères à venir, le changement est encore possible — à condition que l’allaitement ne soit plus vu comme une responsabilité isolée, mais comme un droit soutenu, protégé, et promu à tous les niveaux.

Mireille Siapje

Comments are closed

Articles similaires

📰 Dernière parution : Echos santé n°1404 du lundi 25 mai 2026

×