Face à la polémique grandissante et aux initiatives judiciaires de dernière minute, le président de l’Ordre des Professions Médico-Sanitaires, Moussa Hamadou Satou, sort de sa réserve. Déposer un dossier ne signifie pas être inscrit au Tableau de l’Ordre. Or Seule l’inscription définitive au tableau de l’Ordre donne le droit de prononcer les paroles sacrées des engagements et ou du serment. L’article 55 du code de déontologie est formel et dit : « tout Professionnel Médico-Sanitaire, après son inscription au Tableau de l’Ordre doit affirmer devant le Conseil de l’Ordre ou de la Section Régionale compétente qu’il a eu connaissance du présent code de déontologie et s’engage sous serment et par écrit à le respecter ». Réunis ce 29 mai 2026 à Bafoussam, 274 et 550 lauréats ont respectivement pris des engagements et prêté le serment de Florence Nightingale, marquant leur engagement à exercer leur métier dans le respect de l’éthique, de la déontologie afin de garantir la sécurité des patients. La cérémonie était présidée par AdreyEpenteTazeu, représentant du gouverneur de la région de l’Ouest, avec à ses côtés le président national de l’Ordre des Professions Médico-Sanitaires pour diriger la prise des engagements et la prestation du serment.

Le soleil de plomb qui cognait sur la pelouse du Stade Omnisport de Tocket à Bafoussam, ce vendredi 29 mai 2026, n’a pas suffi à réchauffer l’atmosphère glaciale qui régnait aux portes de l’enceinte. Pour beaucoup de jeunes lauréats infirmiers, sages-femmes et techniciens médico-sanitaires, venus des quatre coins de la région de l’Ouest, cette journée devait être celle de la consécration. L’instant ultime où l’on revêt une toge payée au prix de lourds sacrifices familiaux pour embrasser le noble sacerdoce de la santé s’est vu se réaliser enfin.
Toutefois, pendant qu’un groupe massif de 824 professionnels franchissait la ligne sacrée de l’intégration sous l’œil bienveillant d’Adrey Epente Tazeu, représentant du gouverneur, des dizaines d’autres étudiants restaient sur le tarmac. Leurs demandes d’inscription au tableau de l’Ordre n’ayant pas été validées, ils se voyaient privés du droit de passer au rituel. Cet événement, loin d’être un simple couac
logistique régional, jette une lumière crue sur la guerre ouverte que se livrent les instances de régulation, les ministères de tutelle et les instituts privés d’enseignement supérieur au Cameroun.
L’Ordre inflexible face aux dossiers incomplets
Au centre de cette tempête, l’Ordre des Professions Médico-Sanitaires (OPMS), par la voix ferme et déterminée de son président national, Moussa Hamadou Satou, assume pleinement le tri opéré lors de cette session historique d’août 2024. Par conséquent, l’institution refuse de céder à ce qu’elle qualifie de pressions médiatiques ou de manœuvres de déstabilisation juridiques de dernière minute. Moussa Hamadou Satou précise en effet que les choses sont allées jusqu’à la présidence de la République, puis sont revenues par le ministère de la Santé pour leur revenir, prouvant la sensibilité extrême du dossier. Malgré une plainte déposée nous ne savons à quel moment et dont l’affaire est jugée dans une opacité totale contre les intermédiaires de l’organisation, l’Ordre a traité le sujet avec rigueur et la cérémonie s’est déroulée selon les règles de l’art sous la Présidence du Secrétaire Général représentant personnel du Gouverneur assisté de toutes les autorités et les forces vives de la Région.
Par ailleurs, le président de l’Ordre balaie d’un revers de main les accusations de discrimination institutionnelle ou de complot contre les lauréats issus des Instituts de Privés de l’Enseignement Supérieur. Pour lui, la règle déontologique ne souffre d’aucune exception et s’applique avec la même sévérité à tous les candidats. Déposer un dossier d’inscription au Tableau de l’Ordre ne signifie en aucun cas être inscrit d’office au tableau de l’Ordre, martèle Moussa Hamadou Satou, rappelant que seule l’inscription définitive confère la qualité de membre et donne le droit de prononcer les paroles sacrées de l’engagement et ou du serment. L’institution n’a rejeté aucun dossier qui était administrativement complet et valide. L’article 55 du code de déontologie des Professions Medico-Sanitaires est clair sur ce point : la prestation est une prérogative exclusive des professionnels inscrits, car l’Ordre ne peut pas faire prêter serment à des individus qu’il ne connaît pas juridiquement.
La colère syndicale et l’urgence de la conformité
Cette intransigeance de l’instance ordinale trouve un écho direct auprès des organisations corporatistes qui veillent au grain. C’est le cas du Collectif des Professionnels Médico-Sanitaires du Cameroun (COPROMES), sous la plume de son président Richard Tchapda (N° 5455, OPMS), qui est immédiatement monté au créneau au lendemain de la cérémonie de Bafoussam pour exprimer sa vive
préoccupation face aux incidents collatéraux de cette journée placée sous le thème « Serment, Identité des Professionnels Médico-sanitaires ».
Dans une posture de clarification rigoureuse, le COPROMES rappelle d’abord que la formation et l’exercice des Professions Médico-sanitaires (PMS) au Cameroun sont strictement réglementés par la loi et les textes d’application. De surcroît, le syndicat précise que la prestation de serment ne peut intervenir qu’après la validation d’un cursus complet reconnu par l’État et une inscription régulière au tableau de l’OPMS. Enfin, Richard Tchapda insiste sur le fait que le serment n’est pas une simple formalité administrative ou un apparat commercial, mais qu’il engage solennellement la compétence, l’éthique et la responsabilité de celui qui le prononce.
Pour toutes ces raisons, le COPROMES apporte son soutien indéfectible au Conseil de l’OPMS, tout en l’encourageant à poursuivre sa mission de veille sanitaire en matière de respect de la régularité des cérémonies de prestation de serment d’une part, et de l’exercice de la profession d’autre part. Néanmoins, face à la prolifération de formations non homologuées, Richard Tchapda salue la tenue de la réunion de concertation interministérielle du 16 août 2024 au sein du Ministère de l’Enseignement Supérieur. Constatant que les résolutions de cette rencontre n’ont pas été scrupuleusement appliquées jusqu’ici, le collectif exige désormais leur mise en œuvre intégrale en vue d’harmoniser les cursus et d’arrimer définitivement les formations aux normes actuelles. Le COPROMES réitère ainsi son engagement à œuvrer pour la préservation de l’identité, de la dignité et de l’honorabilité qu’incarnent ces professions au Cameroun.
L’interminable conflit des diplômes et des tutelles
C’est précisément sur le terrain de la légalité des diplômes que le débat s’enflamme et oppose l’Ordre aux promoteurs d’instituts privés. Pour de nombreux enseignants et observateurs de ce système à double vitesse, le nœud du problème réside dans un chevauchement persistant de textes anciens et de pratiques modernes qui plongent les étudiants dans une insécurité juridique totale. Un enseignant chevronné dans les écoles de formation médico-sanitaire qui a requis l’anonymat, met en exergue les arguments qui circulent au sein de l’Association nationale des instituts privés d’enseignement supérieur. Selon cette sensibilité, l’Ordre outrepasse parfois ses compétences en bloquant systématiquement les titulaires de brevets de technicien supérieur (BTS) ou de diplômes nationaux supérieurs (DNS) délivrés sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur.
Certains courants affirment de surcroît que le ministère de la Santé publique ne
dispose d’aucun texte récent l’autorisant à organiser des concours exclusifs au niveau du baccalauréat, se fondant sur un vieux décret de 1984 qui limitait ces cycles aux niveaux inférieurs. Toutefois cette position radicale en rappelant que la loi du 5 décembre 1984 confie explicitement au ministère de la Santé la responsabilité globale de la formation paramédicale, et que le décret présidentiel de 2005 est venu asseoir les compétences organisationnelles de cette tutelle. Dès lors, l’enjeu majeur n’est pas de contester l’autorité de l’un ou de l’autre ministère, mais de lire enfin ces formations professionnelles à travers le prisme du système Licence-Master-Doctorat (LMD) introduit dès 2006.
Vers une réforme urgente du cadre juridique
En conclusion, face à la menace brandie par certains instituts privés de ne plus accompagner les infirmiers diplômés d’État (IDE) vers les cycles de licence et de master, la qualité même des enseignements et de la prise en charge des patients se trouve aujourd’hui menacée. C’est pourquoi les professionnels de la formation s’accordent sur la nécessité absolue de réformer l’ensemble des textes régissant le secteur médico-sanitaire. Cela implique non seulement la clarification par décret des compétences académiques et des stages pratiques, mais aussi la création urgente d’un comité national d’habilitation associant la Santé, l’Enseignement supérieur, la Justice, la Défense et l’Ordre professionnel. Seul un cadre juridique rénové, inclusif et stabilisé permettra de garantir que chaque lauréat autorisé à revêtir la toge sacrée soit indiscutablement qualifié pour protéger la vie des citoyens.
Elvis Serge NSAA






