Réunis le 29 mai 2026 à Yaoundé, le Programme Élargi de Vaccination (PEV) et l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) ont fait le point sur le projet GAVI 5.0 mené dans les districts frontaliers de Garoua-Boulaï et Ketté (région de l’Est). Objectif : cartographier les populations mobiles, vacciner les enfants « zéro dose » et préparer l’extension de l’approche à d’autres zones vulnérables du Cameroun.

Atelier de capitalisation du projet renforcement de la vaccination en faveur des enfants zero dose et les populations sous-vaccinées dans les zones frontalières et a forte mobilité des districts de sante deGaroua-Boulaï et Kette, région de l’est Cameroun.
C’est un constat qui ne supporte plus l’inaction. Dans la région de l’Est du Cameroun, terre de transit et d’accueil de réfugiés centrafricains, des milliers d’enfants n’ont encore jamais reçu le moindre vaccin. Ils sont appelés « zéro dose ». En 2023, selon les données du Programme Élargi de Vaccination (PEV), la région comptait 37 234 enfants dans cette situation, auxquels s’ajoutent 9 609 enfants sous-vaccinés. Face à ce défi sanitaire et humanitaire, un projet pilote a été déployé pendant douze mois, du 1er juin 2025 au 31 mai 2026, dans les districts de santé de Garoua-Boulaï et Ketté. Financé par GAVI et mis en œuvre par le PEV avec l’assistance technique de l’OIM, ce projet a testé des stratégies innovantes : cartographie participative de la mobilité, vaccination mobile et avancée, renforcement des capacités des agents de santé et mobilisation communautaire ciblée.
Une capitalisation pour ne pas perdre les acquis
L’atelier de capitalisation du 29 mai à Yaoundé avait une ambition claire : transformer cette expérience locale en modèle reproductible. Placé sous le leadership du Ministère de la Santé Publique à travers le PEV, et avec l’appui technique de l’OIM, l’événement a réuni une centaine de participants, incluant autorités sanitaires nationales et régionales, équipes cadres de district, agents de santé communautaires, partenaires humanitaires et bailleurs de fonds (OMS, UNICEF, HCR, Union européenne, AFD, Banque africaine de développement, JICA, KfW, etc.).
Ouvrant les travaux, Le Dr EBONGO Zacheus NANJE, Directeur de la Santé Familiale et Représentant du Ministre de la Santé Publique, a d’abord salué l’engagement de tous les acteurs. « Je me réjouis de constater que ces échanges ont permis de dégager des pistes, des solutions concrètes et adaptées à nos réalités locales. Le gouvernement réaffirme son engagement ferme en faveur de la couverture santé universelle et de la protection de chaque enfant vivant sur le territoire national, sans distinction de statut social, d’origine ou de nationalité. Aucun enfant ne devrait donc être privé du droit fondamental à la vaccination. »
Il a ensuite détaillé les priorités du ministère : « Nous œuvrerons pour le renforcement des stratégies avancées et mobiles de vaccination au sein même des campements, la surveillance épidémiologique, l’implication communautaire des enfants à haut risque, ainsi que l’intégration des interventions sanitaires dans les réponses humanitaires. » Avant de déclarer l’atelier clos, il a lancé un vœu solennel : « Que cette conclusion contribue efficacement à réduire le nombre d’enfants zéro-dose dans les camps de réfugiés et les communautés hôtes au Cameroun, et à
renforcer davantage notre système national de vaccination. »
Trois résultats majeurs pour un projet de douze mois
Prenant la parole après la clôture officielle, Abdel Rahmane DIOP, Chef Mission de l’OIM Cameroun, a livré un bilan opérationnel sans détour. Il a d’abord rappelé l’ampleur de la mobilité dans la région : entre septembre et novembre 2023, les outils de suivi des flux de l’OIM ont enregistré environ 86 000 personnes en mouvement aux points d’entrée de l’Est, dont 17 % voyageaient avec au moins un enfant. « Ces districts représentent 94 % des enfants perdus de vue. Malgré une prévention administrative affichée à 100 %, ces enfants, à cause de leurs situations précaires et particulières, sont souvent perdus de vue », a-t-il expliqué.
Interrogé sur les acquis, DIOP a énuméré trois résultats phares. « Le premier résultat a été la cartographie pour identifier la localisation de ces populations. Le deuxième résultat majeur a été le déploiement d’agents vaccinateurs de santé afin de toucher ces populations et de leur donner la vaccination là où elles se trouvent. Le troisième résultat majeur a été la synergie d’action : se retrouver avec plusieurs partenaires, et également les autorités administratives qui nous ont facilité le déploiement de la mise en œuvre de ce projet. »
Durabilité et mise à l’échelle : les prochaines étapes
Sur la pérennisation des acquis, le Chef Mission de l’OIM a insisté sur deux leviers. D’une part, le Cameroun a signé le Pacte mondial sur les migrations, dont l’objectif 15 vise à garantir l’accès des migrants aux services de santé. D’autre part, le plaidoyer pour des ressources supplémentaires permettra d’étendre l’approche à d’autres régions frontalières. « Nous pensons que le travail que nous avons fait jusqu’à présent avec les autorités nationales, et en particulier celles au niveau local, a été un moyen de construire la durabilité de nos actions. Aujourd’hui, si vous vous adressiez à un de ces collègues dans le domaine de la cartographie, ils pourraient vous dire beaucoup plus que lorsqu’on a commencé le projet. »
L’atelier de Yaoundé a livré une leçon essentielle : dans les zones de forte mobilité, la vaccination ne peut plus attendre que les patients viennent aux centres de santé. C’est aux équipes mobiles d’aller chercher les enfants là où ils se trouvent – sur les routes, dans les campements, aux frontières. Grâce à la cartographie participative, au déploiement d’agents dédiés et à la synergie entre le PEV, l’OIM et les partenaires internationaux, l’expérience de l’Est camerounais prouve qu’il est possible de réduire le nombre d’enfants zéro-dose, même dans les contextes les plus fragiles. Reste à convaincre les bailleurs de financer la phase suivante. Car comme l’a rappelé Abdel Rahmane DIOP, « l’extension sera aussi une opportunité pour
amener ceux qui sont en phase de pilotage à vraiment montrer ce qu’ils ont appris ». Le modèle est prêt. Reste à le déployer.
Elvis Serge NSAA






