Dans un contexte où les violences basées sur le genre (VBG) restent un fléau majeur en Afrique de l’Ouest, le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a tenu un webinaire de haut niveau ce mercredi, en partenariat avec le Réseau Alliance Droits et Santé (ADS). Au cœur des discussions : les 13 années d’existence de l’ADS, marquées par des acquis solides, des défis persistants et des perspectives ambitieuses pour l’avenir.
Le thème de cette rencontre virtuelle, « Réseau Alliance Droits et Santé, 13 ans d’existence : acquis, défis et perspectives », a réuni des acteurs engagés pour faire le bilan des efforts déployés dans six pays membres : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal. L’objectif ? Mettre en avant les avancées dans la lutte contre les VBG et la promotion des droits et de la santé des femmes et des filles, tout en soulignant les obstacles à surmonter.
Un Réseau Né de l’Engagement Collectif en 2013
Ouverture assurée par Caroline Tapsoba, présidente de l’ADS et cheffe du département projets et programmes de l’Association Songui Manégré / Aide au Développement Endogène (ASMADE) au Burkina Faso. Elle a retracé l’histoire du réseau, fondé en 2013 à Ouagadougou par des militants déterminés à défendre les droits des femmes et des filles, particulièrement celles issues de milieux vulnérables. L’approche de l’ADS est résolument participative et inclusive : les bénéficiaires sont impliqués dès l’identification des besoins et la conception des interventions.
Le réseau cible prioritairement les jeunes filles, les femmes en situation de précarité et les personnes en situation de handicap. Ses actions s’articulent autour d’un plaidoyer vigoureux aux niveaux national, sous-régional et régional. Mme Tapsoba a également présenté le projet phare Alliance Transformative, déployé dans l’ensemble des pays membres pour amplifier ces efforts.

Des Progrès Tangibles, Adaptés à Chaque Contexte National
Les intervenants ont mis en lumière des avancées notables, adaptées aux réalités locales de chaque pays. Au Niger, par exemple, Amadou Lawali, coordonnateur du projet Alliance Transformative, a détaillé une stratégie axée sur deux piliers principaux : la lutte contre les VBG, les mariages d’enfants et les mariages forcés, d’une part, et la promotion des droits et de la santé sexuelle et reproductive des femmes et filles en situation de handicap, d’autre part.
Les chiffres au Niger sont alarmants : un taux de prévalence national des VBG estimé à 29 %, avec 38,2 % chez les femmes contre 16,3 % chez les hommes. De plus, 63,6 % des femmes ont été mariées avant leurs 18 ans. Pourtant, des pas en avant ont été franchis grâce aux initiatives gouvernementales, comme l’adoption de la Stratégie nationale de prévention et de réponse aux VBG, abus et exploitations sexuelles (2024-2028), et une stratégie similaire contre le mariage d’enfants pour la même période.
Grâce au projet Alliance Transformative, 144 mariages de jeunes filles ont été retardés ou annulés. Le programme a aussi renforcé les capacités locales, mobilisé plusieurs collectivités territoriales, installé des rampes d’accès dans des structures de santé pour améliorer la mobilité des personnes handicapées, et promu l’éducation des filles. Ces résultats illustrent comment l’ADS contextualise ses interventions pour répondre aux spécificités de chaque État membre, avec des stratégies de plaidoyer sur mesure.

Défis Persistants et Synergies pour les Surmonter
Maïga Adam Dicko, directrice exécutive de l’AJICAD au Mali, a insisté sur la force de la synergie entre les organisations membres de l’ADS, qui a permis d’obtenir des résultats encourageants malgré un environnement hostile. Au Mali, les VBG et les mariages d’enfants restent omniprésents, exacerbés par un contexte sécuritaire fragile et une instabilité politique qui compliquent le déploiement des actions sur le terrain.
Malgré ces entraves, les acteurs ne baissent pas les bras. Ils militent activement pour un durcissement de la législation malienne sur les VBG, démontrant une résilience remarquable face aux obstacles.

Un Impact Régional et des Initiatives Locales Innovantes
Au niveau sous-régional, Kaya Sy, responsable plaidoyer à Equipop Sénégal et membre du conseil de l’Alliance, a évoqué les victoires collectives. Les efforts conjoints de l’ADS ont notamment influencé l’Union africaine dans l’adoption d’une stratégie régionale de lutte contre les VBG, un tournant majeur pour la coordination des politiques continentales.
Au Sénégal, le projet Alliance Transformative, porté par le Réseau Siggil Jiggen, Jeunesse et Développement (JED), Equipop et le RAES, a mobilisé des ressources pour soutenir les organisations de jeunes dans la région nord, particulièrement à Saint-Louis. Un exemple concret : l’ouverture d’un centre adolescents fonctionnel à Diamaguène, soutenue par l’organisation Takhawou Ndaw yi (« soutenir les jeunes » en wolof), qui offre un espace dédié à l’accompagnement des plus vulnérables.
Vers une Dynamique Renforcée pour l’Avenir
Les échanges ont conclu sur un consensus : il est impératif de maintenir et d’intensifier cette dynamique collective pour éradiquer durablement les VBG et garantir le respect des droits des femmes et des filles. Pour rappel, l’ADS regroupe aujourd’hui 22 associations issues de ses six pays membres. Depuis sa création, il s’emploie à améliorer le statut et la santé des femmes et des filles à travers des plaidoyers ciblés, des campagnes de communication percutantes et des événements mobilisateurs impliquant leaders politiques, religieux et communautaires.
Ce webinaire n’est pas seulement un bilan ; c’est un appel à l’action pour que ces avancées se multiplient, transformant les défis en opportunités pour un avenir plus équitable en Afrique de l’Ouest.
Mireille Siapje















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