Shopping cart

Subtotal CFA

View cartCheckout

Echosanté est un magazine de santé en ligne dédié à l’information fiable, à la prévention, au bien-être et aux innovations médicales, pour aider chacun à mieux vivre et décider.

TnewsTnews
  • Home
  • ACTUALITE
  • Benoît Stephen Eyamba : «… L’anesthésiste, c’est Dieu. On ne voit pas Dieu, on le sent »
ACTUALITE

Benoît Stephen Eyamba : «… L’anesthésiste, c’est Dieu. On ne voit pas Dieu, on le sent »

Email : 17

C’est quoi l’anesthésie ?

L’anesthésie en fait, c’est une spécialité médicale, c’est fait d’anesthésie à l’animation. L’anesthésie elle-même, c’est une suppression momentanée de la sensibilité, en particulier de la douleur, par des médicaments ou par des procédés médicaux, dans le but d’une intervention chirurgicale.

Quel est le rôle de l’anesthésie dans une opération chirurgicale, très exactement ?

En fait, l’anesthésie est au cœur de l’intervention chirurgicale parce qu’il intervient en préopératoire, et en post-opératoire. En pré-opératoire, il fait une consultation d’anesthésie dans laquelle il est au courant des antécédents médicaux, chirurgicaux, allergologues, transfusionnels, hémorragiques, et c’est éventuellement aussi un traitement. Il fait un examen clinique du patient, il vérifie et mesure ses constantes vitales, sa pression artérielle, sa fréquence respiratoire, sa fréquence cardiaque, son poids, sa taille, son pouls, et à cela il ajoute un bilan paraclinique, qui peut être fait d’un bilan des examens sanguins ou pas de l’hématurie, ou des explorations fonctionnelles, un ECG, une échographie cardiaque, une échographie abdominale,

un scanner, une radio, et ça lui suit de ça quand le malade est cliniquement opérable et que ses examens sanguins et d’hématurie sont dans les normes, l’intervention est programmée, ça c’est pour le côté préopératoire. Et en préopératoire immédiat, l’anesthésie fait ce qu’on appelle une visite pré anesthésique, la veille de l’intervention, ceci pour contrôler les constantes vitales du patient, dont sa pression artérielle, sa fréquence cardiaque, sa fréquence respiratoire, son poids, et le plus important dans cette phase, c’est la prise en charge psychologique. Vous savez que les patients ont une appréhension dans le bloc opératoire, ce formulaire, parfois ils stressent, donc là on fait prise en charge psychologique par un échange, un dialogue, on explique le patient, ou alors par une voie médicamenteuse, on lui donne des anxiolytiques pour un peu le détendre, on prend l’exemple de la Tharax qui est le plus connu, du Mélex.

Et en phase peropératoire, c’est-à-dire au bloc opératoire, à l’installation du patient au bloc opératoire, l’anesthésiste est chargé de reprendre et de recontrôler les constantes vitales du patient, de préparer les médicaments d’anesthésie, qui sont composés essentiellement d’un hypnotique, donc qui induit le sommeil, d’un morphinique, pour la douleur, et parfois d’un Cura pour relâcher. Et ça c’est quand on fait anesthésie générale, mais pour une anesthésie locorégionale, on a besoin d’un morphinique aussi pour gérer la douleur, et puis également d’une anesthésique locale. Et on prépare un plateau composé de 6 différents drogues, c’est un médicament d’anesthésie par rapport au type d’anesthésie qu’on va faire, et on prépare également un plateau pour les médicaments antagonistes, c’est-à-dire que quelqu’un peut réagir à un médicament d’anesthésie, donc on s’assure toujours qu’il y a les médicaments qui vont annuler les effets des médicaments d’anesthésie, ça c’est très important, il ne faut pas aller au bloc opératoire si on n’a pas les antagonistes de ces médicaments, et si on n’a pas aussi des médicaments pour une réanimation, donc des drogues vasopressives, adrénaline, noadrénaline, vénilephrine, donc on prépare ça, et puis par rapport au type d’anesthésie qu’on va faire, on va faire ce qu’on appelle une induction anesthésique, l’induction c’est l’administration proprement dite de ces médicaments, soit par voie intraveineuse pour une anesthésie générale, soit par voie intrathécale. quand on fait une rachianesthésie, une anesthésie locorégionale, soit simplement par voie intramusculaire si on veut faire une anesthésie locale, ça c’est en gros en terre opératoire, et puis quand on a induit l’anesthésie, là commence la phase très importante de la surveillance des constantes, parce qu’à partir de là on doit s’assurer que les constantes vitales du patient restent dans les valeurs normales, et en cas de variation hors des valeurs normales, il faut s’assurer qu’on a les médicaments pour pallier à un éventuel changement de variation.

Autre chose que j’ai oublié de dire, avant l’intervention il y a ce qu’on appelle la checklist, la checklist de l’anesthésie c’est l’ouverture de la salle, on s’assure avant d’installer le malade de commencer que tous les équipements fonctionnent, donc la table d’anesthésie, le moniteur multiparamétrique, le pousse- seringues électrique si on en a un, un défibrillateur manuel, on préfère le manuel au bloc opératoire ou alors semi-automatique, on s’assure qu’il y a suffisamment d’oxygène, des réserves d’oxygène, le bloc à l’oxygène, et qu’il y ait une bouteille, en cas où si la centrale d’oxygène arrive qu’elle soit vide, qu’il y ait une bouteille d’oxygène en réserve, on s’assure qu’il y ait des arrivées d’eau au bloc opératoire, on s’assure de la disponibilité de tous les médicaments, et c’est à partir de là qu’on peut commencer l’induction à l’anesthésie. Maintenant en phase post-opératoire, parce qu’il y a le post-opératoire immédiat, juste après l’intervention, là ça se fait ce qu’on appelait à l’époque la salle de réveil, mais maintenant ça s’appelle la salle de soins post-interventionnels, donc le patient sort du bloc opératoire, cette phase consiste à suivre encore toutes ces constantes, et là d’une manière un peu plus serrée, parce que les 30 premières minutes après le bloc opératoire, il faut suivre ces constantes tous les 5 minutes, la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, la saturation pulsée en oxygène, l’état de conscience même du malade, et après de 30 à 1h de temps, il faut prendre, de 30 minutes à 1h à 4h de temps, il faut prendre toutes les heures, et il y a une grille d’évaluation, il y a plusieurs scores, le plus connu c’est le score d’Aldrete, mais il y a le score de Kremlin – Bicêtre, il y a le score d’Aldrete modifié, c’est à partir de certains items, à partir d’une cotation, on peut décider que le malade est suffisamment réveillé, si c’est l’anesthésie générale, ou que les effets de l’anesthésie loco-régionale se sont estompés, pour qu’on puisse la mener dans sa salle d’hospitalisation, et là la SSPI c’est l’une des phases les plus critiques en anesthésie, parce que 70% des décès liés à l’anesthésie, interviennent en salle de soins post-interventionnel, si le réveil et la surveillance des constances n’est pas optimal, un décident majeur c’est l’inhalation, parce que parfois les médicaments d’anesthésie ont des effets secondaires, surtout les nausées et vomissements, donc si le patient n’est pas parfaitement réveillé, et si on n’a pas fait la prévention des nausées et vomissements, il peut arriver que le patient, pas totalement réveillé, ou bien pas réveillé à 100%, vomisse, et les sécrétions, les vomissures entrent dans ses poumons, il est là, c’est un arrêt cardiaque, donc c’est très difficile, et parfois aussi à cause de la douleur qui peut intervenir, le malade a tendance à faire une élévation de la pression intérieure, ou à une élévation de la fréquence cardiaque, qui peut entraîner un AVC, ou un arrêt cardiaque, donc c’est très important, la salle de surveillance post-interventionnelles. Il faut noter que dans cette salle, il faut du matériel de surveillance accru, des moniteurs

multiparamétriques, un pousse-seringue électrique, un défibrillateur, et même un respirateur de réanimation, parce qu’il peut arriver que là, on puisse encore intuber le malade, et le ré-endormir, pour mettre son cerveau en repos. Donc en gros, c’est ça le rôle de l’anesthésiste.

Son travail commence où et il s’arrête où ?

Le travail de l’anesthésiste commence réellement au niveau de la consultation d’anesthésiste, et c’est une des phases très importantes, parce que si la consultation ici n’est pas bien faite, avec minutie, on risque d’avoir des surprises désagréables en pair opératoire. Il faut s’assurer, se rassurer, des antécédents du patient, des antécédents médicaux, chirurgicaux, allergologiques, et surtout s’il prend un traitement.

Je prends par exemple les patients qui sont sous Héparine ou sous anti-vitamine K, ou qui prennent un médicament lié à leur hypertension. Normalement, il faut s’assurer qu’ils arrêtent, surtout ceux qui prennent de la cardio-aspirine, il faut s’assurer qu’ils arrêtent la prise de ce médicament 48 heures avant l’intervention chirurgicale. Sinon, il y a risque de saignement, qui sera élevé.

Donc, proprement dit, au niveau de la consultation, c’est fini. Normalement, le rôle d’anesthésiste finit 24 heures après l’intervention chirurgicale. Tout incident ou accident qui arrive de H0 à H24 après l’intervention chirurgicale est du ressort de l’anesthésiste.

On ne parle pas trop des anesthésistes durant l’opération. Comment expliquer cela?

Parce que l’anesthésiste, c’est Dieu. On ne voit pas Dieu, on le sent. On sent sa présence. Bon, c’est vrai, c’est un peu ingrat parce que le patient ne vient pas à l’hôpital pour voir l’anesthésiste. Le patient vient à l’hôpital pour voir le chirurgien ou un opérateur, parce qu’il n’a pas le droit parce qu’il n’a pas que les chirurgiens, les gynécologues opèrent aussi, les ORL opèrent aussi, les ophtalmologues opèrent aussi, les chirurgiens opèrent.

Donc, le patient, lui, vient pour une pathologie X. Il part rencontrer le chirurgien qui dit, pour régler ton problème, on doit t’opérer. Donc, dans la tête du patient, c’est le chirurgien, son médecin. Et puis, le chirurgien, après avoir posé l’indication chirurgicale, soit en urgent, soit en programmé, l’envoie vers l’anesthésiste pour une consultation.

En fait, c’est l’anesthésiste qui donne l’aval, qui dit, dans cette condition, avec ceci, le malade, si on peut l’opérer aujourd’hui, ou alors cliniquement, ou au vu de ses

résultats, on ne peut pas encore l’opérer, on diffère l’intervention, ou alors on y va au bloc. Et puis, le patient voit l’anesthésiste lors de la consultation, le voit lors de la visite pré-anesthésique, le voit au bloc opératoire, mais dans son subconscient, celui qui l’a soigné, c’est le chirurgien. C’est un peu ingrat, mais nous, les anesthésistes, ça ne nous dérange pas beaucoup, parce qu’on connaît le rôle central qu’on occupe lors de l’intervention chirurgicale.


En faisant le tour des hôpitaux de Douala, la plupart des formations sanitaires sont en manque. Comment vous expliquez cela?

On va parler un peu à l’époque. A l’époque, on ne formait pas beaucoup d’anesthésistes.

On n’en formait même pas au Cameroun. On était obligé. Ceux qui voulaient faire un anesthésiste ne cessaient pas de crier.

Et puis, on a ouvert des écoles, des spécialisations au Cameroun. Il y en avait déjà un bon nombre, et à cause de la politique d’immigration canadienne, on a perdu presque 60% de nos effectifs, sur tous les infirmiers anesthésistes. Les médecins anesthésistes, il n’y en a pas beaucoup.

Pourquoi ?

Parce que c’est une spécialité assez stressante, assez difficile, et beaucoup de praticiens ou de médecins ne veulent pas faire cette spécialisation, à cause du côté très rigoureux de la formation, très stressante et très prenante. Parce que l’anesthésiste, il travaille dans tout l’hôpital. L’anesthésiste intervient dans tous les domaines. Il intervient aux urgences, il intervient aux blocs, il intervient à la maternité, il intervient en néonatalogie, il intervient en médecine. Donc, il est un peu très occupé. Les gens préfèrent être dans leur confort, dans leur spécialisation, et pourtant l’anesthésie, c’est la première spécialité de Dieu.

Quels sont les risques associés à l’absence de l’anesthésiste ?

Il ne saura avoir une intervention chirurgicale sans anesthésie. Parce que la douleur provoquée par l’acte chirurgical peut créer chez le patient ce qu’on appelle un choc neurogénique. Ça se manifeste par une hypotension, une bradycardie, et une douleur insupportable qui peut laisser des traces psychologiques. Donc, il ne saura avoir une intervention chirurgicale sans anesthésie. Mais notons qu’il y a plusieurs types d’anesthésie.

Il y a l’anesthésie générale, là, on endort totalement le malade, on bannit la

sensibilité. Là, ça se fait par des médicaments en IV et puis par des gaz anesthésiques. Mais il y a l’anesthésie local-régionale, c’est-à-dire qu’on anesthésie une partie du corps par des techniques où on introduit un médicament d’anesthésie locale qui bloque la sensibilité et la motricité d’une partie du corps.

Bon, il y a l’anesthésie locale qui peut se faire par une injection sur la zone ou par l’application d’une crème ou d’une pommade ou même la pulvérisation d’un gel. Donc, chaque anesthésie a ses spécificités, a ses préparations. Mais il faut signaler que quand on va au bloc opératoire pour une intervention, même si d’emblée c’était prévu qu’on ferait une anesthésie local-régionale, on prépare toujours la salle comme si on allait faire une anesthésie générale.

Il y a des patients qu’on fait une injection d’une anesthésie loco-régionale et il ne réagit toujours à la douleur. Donc on est obligé d’aller endormir, de faire finalement une anesthésie générale. Donc on prépare toujours le patient comme si on allait faire une anesthésie générale, même si d’emblée on sait qu’on va faire une anesthésie local-régionale.

Parlons peu des circoncisions. Pourquoi dans certains cas nous assistons à des circoncisions sans anesthésie et dans d’autres cas avec anesthésie. Quel est votre point de vue ?

Mon point de vue serait qu’avant toutes circoncisions, l’enfant doit subir une consultation d’anesthésie, d’abord. Parce qu’il faudrait qu’on ait un bilan sanguin. Il y a des circoncisions hémorragiques. L’enfant, on doit connaître son groupe sanguin, on doit faire un bilan de coagulation, on doit faire un hémogramme pour voir son taux d’hémoglobine et on doit voir des antécédents. Il y a des enfants qui ont pété des malformations cardiaques, qui ne sont pas décédés. Mais à la simple auscultation, on peut voir que le battement du cœur n’est pas normal. Ou bien l’auscultation des poumons.

On peut voir qu’un enfant a un problème respiratoire. Il peut avoir, à l’auscultation des poumons, un stridor, un sifflement, on peut soupçonner un asthme. Donc il faudrait qu’on sache que la circoncision c’est un acte chirurgical qui doit être précédé par une consultation d’anesthésie en bon et due forme. Avec des bilans. Maintenant, certains pensent qu’ils peuvent faire l’anesthésie, qu’ils peuvent faire une circoncision sur anesthésie locale. Mais pour nous, on pense qu’en tant qu’anesthésie, l’anesthésie sur un enfant se fait sous anesthésie générale. Pour pallier à tout incident ou accident pendant l’acte de la circoncision.

Vous savez, il y a des enfants qui sont hémophiles. Vous savez, l’hémophilie c’est

une maladie, la coagulation. Qu’on ne détecte pas. La plupart des cas c’est lors de la circoncision. Donc, quand on coupe le prépuce, l’enfant se met à saigner et on ne peut plus aller tel sentiment. Vous voyez que si vous avez fait une anesthésie en local, vous êtes mal barré.

Donc, il faut savoir que la circoncision doit se faire d’abord au sein de l’hôpital, pas sur une table, une table à manger dans des maisons, comme ça se fait. Ça doit se faire après une consultation d’anesthésie en bonne et due forme, après un bilan sanguin minimal d’un hémogramme, d’un bilan de coagulation et du groupage sanguin et le facteur résiste. Et après, pour des mesures de sécurité, ça doit se faire dans un bloc opératoire.

Même si le chirurgien, décide de le faire sous anesthésie locale, il faudrait que ça se fasse dans un bloc opératoire pour que toutes les mesures de réanimation puissent être prises à l’immédiat.

Alphonse Jènè

Leave a Reply

Articles similaires

📰 Dernière parution : Echos Sante n°1462 du jeudi 13 aout 2026

×