À l’occasion du 2e Prix Africain du Leadership en Santé, la doyenne de la Faculté de Médecine de Yaoundé 1, la Professeure Meka, a dressé un tableau alarmant mais réaliste de la lutte contre les cancers féminins sur le continent. Entre transition épidémiologique inachevée et défis thérapeutiques majeurs, l’Afrique est confrontée à une urgence sanitaire nécessitant une approche globale et des partenariats renforcés.
Le 4 juin marquait le début de la deuxième édition du Prix Africain du Leadership en Santé à Yaoundé, s’ouvrant sur un congrès scientifique riche en réflexions. Parmi les interventions marquantes, celle de la Professeure Meka Esther Juliette, doyenne de la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de l’Université de Yaoundé 1, a particulièrement retenu l’attention. Son discours, percutant, a mis en lumière les défis colossaux auxquels l’Afrique est confrontée dans la lutte contre le cancer de la femme.
Avec 1,4 milliard d’habitants, soit 18% de la population mondiale, l’Afrique est majoritairement composée de Pays en Développement (PVD), caractérisés par un faible PIB par habitant. La carte sanitaire du continent reste dominée par les maladies infectieuses. Cependant, et c’est là le cœur du “double fardeau” souligné par l’OMS, les Maladies Non Transmissibles (MNT) font une apparition préoccupante. L’Afrique n’a pas encore achevé sa transition épidémiologique, devant ainsi faire face simultanément à la persistance des maladies infectieuses et à la montée des MNT.
La Professeure Meka a insisté sur les particularités du contexte africain. Concernant le cancer du sein, elle a souligné que les facteurs de risque hormonaux, couramment décrits dans la littérature occidentale, ne s’appliquent pas toujours de manière exhaustive à la réalité africaine. Cela met en évidence la nécessité d’une recherche plus approfondie sur les facteurs de risque spécifiques au continent. Quant au cancer du col de l’utérus, la situation est d’autant plus critique. Alors que le Virus du Papillome Humain (HPV), principal facteur de risque connu et évitable de ce cancer, a été éradiqué dans de nombreux pays à travers le monde, il demeure une menace majeure en Afrique. La doyenne a évoqué les “théories autour du vaccin anti-HPV en Afrique”, suggérant la persistance de réticences ou de désinformation qui freinent une couverture vaccinale efficace. L’éradication du HPV est pourtant une clé essentielle pour réduire drastiquement l’incidence du cancer du col.
Au-delà de la prévention, la prise en charge thérapeutique présente également d’importantes lacunes. En ce qui concerne la chirurgie mammaire, bien que les indications chirurgicales soient connues, la chirurgie conservatrice est peu pratiquée. Cela conduit souvent à des chirurgies mammaires plus radicales, ayant des répercussions significatives sur la qualité de vie des patientes. Pour le cancer du col, la situation est encore plus alarmante : peu de traitements curatifs sont disponibles, et une majorité de cas sont diagnostiqués à un stade avancé, rendant les patientes non opérables.
En conclusion de son intervention, la Professeure Meka a martelé l’urgence d’une approche globale pour optimiser la lutte contre le cancer de la femme en Afrique. Cette approche doit englober la prévention primaire et secondaire, le dépistage précoce, un traitement adapté et une prise en charge psychosociale des patientes.
Les efforts, a-t-elle affirmé, doivent impérativement se concentrer sur l’amélioration de l’accès aux soins, la formation des professionnels de santé pour une meilleure détection et prise en charge, ainsi que la sensibilisation du public pour lever les tabous et encourager le dépistage. Enfin, elle a souligné que la mutualisation des efforts à travers des partenariats est la voie à suivre pour améliorer la prise en charge et réduire la mortalité, même avec des ressources limitées. L’appel de la Professeure Meka résonne comme un manifeste pour une action coordonnée et déterminée face à un défi de santé publique majeur pour le continent africain.
E.S.N














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