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Choléra à l’Extrême-Nord : La défécation à l’air libre plus forte que la peur de l’épidémie

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Une habitude héritée de génération en generation qui alimente une épidémie déjà responsable de plus de 1 000 cas de choléra dans la region.

Dans plusieurs localités de l’Extrême-Nord, la lutte contre le choléra se joue aussi loin des centres de santé. Elle se mène dans les concessions, les quartiers, les villages et autour des points d’eau, là où certaines pratiques quotidiennes peuvent favoriser la contamination.

Parmi les comportements qui préoccupent les acteurs de la santé figure la défécation à l’air libre. Dans certaines communautés, des habitants continuent de se rendre dans les espaces non bâtis, les broussailles ou les champs pour satisfaire leurs besoins naturels. Ailleurs, certains utilisent les abords des poubelles et des bacs à ordures.

Ces pratiques ne s’expliquent pas uniquement par l’absence de latrines. Pour certains habitants, elles sont également liées à des habitudes anciennes transmises par les générations précédentes.

À Maroua, Hamadou Djalo, habitant de Pitoaré, estime que le poids de ces habitudes reste important.

« Dans le passé, nos grands-parents n’avaient pas forcément des toilettes dans les maisons. Ils allaient dans des endroits éloignés pour se soulager. Certaines personnes ont conservé cette manière de faire, même si les conditions de vie ont changé », explique-t-il.

Cette réalité pose un défi particulier dans une région où les villes et les villages connaissent progressivement des transformations. Les espaces autrefois éloignés des habitations se retrouvent aujourd’hui proches des maisons, des commerces et des lieux de passage.

La défécation à l’air libre peut ainsi contribuer à la contamination de l’environnement. Pendant les pluies, les eaux de ruissellement peuvent transporter des matières fécales vers d’autres espaces, notamment lorsque les systèmes d’assainissement sont insuffisants.

, Mana, commerçant, dit avoir constaté une autre facette du problème : l’utilisation des abords des bacs à ordures comme lieux d’aisance.


« Il arrive de voir des personnes déféquer près des bacs à ordures. Ce sont pourtant des endroits où les enfants passent, où les commerçants travaillent et où les habitants circulent. Avec les pluies, tout peut être dispersé », témoigne-t-il.

La présence simultanée de déchets et de matières fécales augmente l’insalubrité des lieux. Elle complique également les efforts visant à maintenir un environnement sain dans les quartiers.

Habiba, vendeuse ambulante venue de Méri, observe-t-elle aussi cette situation lors de ses déplacements dans Maroua.

« Quand on circule toute la journée, on voit des endroits qui sont devenus très sales. Il faut que chacun comprenne que jeter les déchets n’importe où ou déféquer dans les espaces publics peut mettre les autres en danger », souligne-t-elle.

La question des latrines reste au cœur du problème. Dans certaines concessions, elles sont absentes. Dans d’autres, elles sont rudimentaires ou difficiles à entretenir. Pour les ménages disposant de faibles revenus, construire une installation durable représente une dépense qui vient s’ajouter aux nombreuses charges quotidiennes.

Dans certaines localités, les contraintes liées au sol et aux pluies compliquent également la construction des fosses. Une installation qui se dégrade peut contraindre une famille à chercher une autre solution.

Mais au-delà des contraintes matérielles, le changement des comportements reste indispensable. Les habitudes culturelles ne sont pas immuables. Elles peuvent évoluer lorsque les populations comprennent les risques et disposent de solutions adaptées.

Au 10 août 2026, l’Extrême-Nord compte désormais plus de 1 000 cas de choléra notifiés. Cette progression rappelle l’urgence de renforcer la prévention dans les communautés.

Les messages de santé publique sont connus : se laver régulièrement les mains avec de l’eau et du savon, consommer une eau saine, protéger les aliments, utiliser les latrines et maintenir les espaces de vie propres.

Pourtant, la connaissance des risques ne suffit pas toujours à changer les pratiques. Dans certaines familles, les habitudes héritées des parents et des grands-parents continuent d’influencer les comportements.

La réponse doit donc être à la fois sanitaire, sociale et communautaire. Les chefs traditionnels, les responsables de quartiers, les associations, les agents de santé et les familles ont tous un rôle à jouer dans cette évolution.

La construction de latrines accessibles, l’amélioration de la gestion des déchets et la

sensibilisation de proximité doivent accompagner les messages de prévention. Sans infrastructures adaptées, demander aux populations d’abandonner certaines pratiques reste difficile.

L’enjeu dépasse ainsi la seule lutte contre le choléra. Il concerne plus largement les conditions de vie et d’assainissement dans l’Extrême-Nord.

Les témoignages de Hamadou Djalo, Mana et Habiba montrent que les pratiques observées dans les quartiers ne sont pas seulement liées au manque de moyens. Elles renvoient également à une histoire et à des habitudes qui se transmettent au fil des générations.

Mais dans une région désormais confrontée à plus de 1 000 cas notifiés, ces habitudes doivent être réinterrogées. Ce qui pouvait être considéré comme normal dans certaines communautés hier peut devenir un risque sanitaire important aujourd’hui.

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Samuel Adjewa

Journaliste communicateur

Samuel Adjewa est journaliste-communicateur basé à l’Extrême-Nord du Cameroun. Il est correspondant régional du groupe Échos Santé dans cette partie du pays. Il est actuellement en Master 2 en communication des organisations à l’Université de Maroua. Il a collaboré avec plusieurs médias et ONG nationales et internationales, notamment dans la production de contenus radio et documentaires. Son travail s’intéresse particulièrement aux questions de santé, de développement local et de communication institutionnelle.

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