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Dr Sara Irène Eyangoh : L’icône de la microbiologie africaine couronnée à l’international

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Récemment récompensée par le prestigieux prix de la Fondation Anesvad pour l’ensemble de sa carrière, la Directrice scientifique du Centre Pasteur du Cameroun incarne l’excellence scientifique au féminin.

Le 8 mai 2025, sous les applaudissements nourris de l’assemblée réunie à Bilbao pour la dixième édition des Prix de la Fondation Anesvad, une femme camerounaise s’avance pour recevoir le prestigieux prix pour l’ensemble de sa carrière. Ce moment de grâce internationale couronne plus de deux décennies de lutte acharnée contre les maladies tropicales négligées. Pourtant, derrière l’éclat de cette consécration se cache le parcours d’une chercheuse d’exception qui a su transformer les doutes, les obstacles matériels et l’isolement scientifique en un véritable sacerdoce pour la santé des populations africaines.

L’histoire de Sara Irène Eyangoh commence sous le ciel de Yaoundé, au milieu des années quatre-vingt. Adolescente brillante et déterminée, elle décroche son baccalauréat série D au mythique Lycée Général Leclerc à l’âge précoce de dix-sept ans. Très vite, son esprit curieux se tourne vers l’infiniment petit, car la biochimie et la microbiologie lui apparaissent comme des clés essentielles pour décrypter les

maux qui frappent son continent. Elle gravit les échelons académiques à l’Université de Yaoundé I, où elle obtient un diplôme d’études approfondies en biochimie. Mais le véritable baptême du feu survient à la fin des années quatre-vingt-dix, lorsque son ambition se heurte aux dures réalités de la recherche en Afrique subsaharienne.

À cette époque, son projet de doctorat traverse une zone de fortes turbulences. Les laboratoires locaux manquent cruellement d’équipements de pointe, les réactifs se font rares, et les financements relèvent du mirage. L’incertitude s’installe, si bien que l’abandon semble parfois la seule issue raisonnable. Or, l’abandon n’est pas dans l’ADN de Sara Irène Eyangoh. Le tournant décisif se produit en 1998, lorsqu’elle décroche une bourse de l’Agence universitaire de la Francophonie. Cette opportunité inestimable lui ouvre successivement les portes de l’École doctorale régionale de Franceville au Gabon, puis de l’Université de Bordeaux. Reboostée par cette ouverture sur le monde, elle soutient son doctorat de troisième cycle à Yaoundé en 1999, avant de s’envoler pour Paris. En 2003, elle obtient son doctorat en microbiologie à l’Université Paris VII Denis Diderot, suivi, dix ans plus tard, de la prestigieuse Habilitation à diriger les recherches. La jeune étudiante timide est devenue une scientifique accomplie, mais son cœur et sa science restent indéfectiblement ancrés au Cameroun.

Vingt-cinq ans au Centre Pasteur : bâtir un bastion de la santé publique

Lorsqu’elle franchit pour la première fois le portail du Centre Pasteur du Cameroun en décembre 1999 en tant que simple stagiaire de recherche, Sara Irène Eyangoh ignore encore qu’elle va y écrire les plus belles pages de sa vie professionnelle. Dès janvier 2003, elle se voit confier la direction du service de mycobacterium. Sous sa gouvernance rigoureuse, cette unité devient le Laboratoire national de référence pour la tuberculose, l’ulcère de Buruli et la lèpre. Jour après jour, elle scrute les échantillons, traque les agents pathogènes et s’assure que chaque diagnostic délivré répond aux standards internationaux les plus stricts.

Son leadership naturel et sa vision transversale de la recherche poussent la direction du Centre Pasteur à la nommer cumulativement Directrice scientifique en juin 2012. À ce poste stratégique qu’elle occupe toujours avec brio, elle coordonne les activités de recherche, de santé publique et de contrôle environnemental. Elle travaille ainsi en étroite collaboration avec le Ministère de la Santé Publique pour traduire les découvertes de laboratoire en politiques concrètes.

Lorsque la pandémie de Covid-19 frappe le monde en 2020, c’est tout naturellement vers elle que les autorités camerounaises se tournent. Nommée coordinatrice de l’unité laboratoire au Centre de coordination des opérations d’urgence de santé publique, elle relève un défi titanesque : décentraliser le diagnostic virologique sur l’ensemble du territoire national pour rompre les chaînes

de transmission. Pendant quatre ans, elle court d’un bout à l’autre du pays, forme les techniciens et déploie des plateformes de diagnostic rapides, prouvant une fois de plus que la science de haut niveau doit savoir descendre dans l’arène de l’urgence sanitaire.

De Yaoundé à Genève : la voix des oubliés de la santé mondiale

L’impact du Dr Sara Irène Eyangoh dépasse largement les frontières du Cameroun, car elle a su imposer sa voix dans les cercles très fermés de la diplomatie sanitaire mondiale. Formée à cette discipline exigeante à l’Institut des Hautes Études Internationales de Genève en 2014, elle comprend que la lutte contre les maladies tropicales négligées nécessite non seulement des microscopes, mais aussi un plaidoyer politique fort.

Elle devient ainsi la coordinatrice du réseau Skin NTD LABNET pour la région Afrique de l’Organisation mondiale de la Santé. Ce réseau novateur, qui regroupe douze laboratoires répartis dans neuf pays africains, a révolutionné la prise en charge des pathologies cutanées invalidantes comme l’ulcère de Buruli, la leishmaniose, la lèpre ou le pian. Grâce au diagnostic moléculaire de pointe qu’elle a contribué à implanter, les cliniciens de brousse peuvent désormais identifier rapidement ces infections et administrer le traitement adéquat avant que ne surviennent de graves mutilations.

Cette expertise mondiale lui vaut de siéger au sein de prestigieux comités techniques de l’OMS et d’être élevée au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mérite en France en 2021. De plus, consciente des inégalités de genre qui persistent dans le milieu académique, elle cofonde en mars 2024 l’association “Women in Neglected Tropical Diseases” afin de promouvoir l’équité, l’inclusion des chercheuses africaines et l’engagement des communautés locales dans la recherche opérationnelle.

Transmettre et inspirer : le choix du retour et du mentorat

Malgré les honneurs, les distinctions et les invitations répétées des plus grandes institutions occidentales, Sara Irène Eyangoh a toujours fait le choix du retour au pays et de la transmission. Pour elle, la sécurité sanitaire de l’Afrique ne peut se construire sur une dépendance extérieure, mais elle doit impérativement reposer sur la formation d’une masse critique de chercheurs locaux compétents. C’est ce dévouement à la jeunesse qui l’a conduite à accepter le rôle de marraine de la quatrième édition du France Alumni Day Cameroun, célébrée en juin 2026 sous le thème de l’approche intégrée “One Health”. Devant un parterre de jeunes diplômés et de scientifiques en devenir réunis à l’Institut français de Yaoundé, elle a partagé son expérience avec une sincérité désarmante, rappelant que les difficultés logistiques et les moments de doute ne doivent pas être des freins, mais plutôt des leviers pour innover.

Aujourd’hui, avec plus de cent publications scientifiques de haut niveau à son actif, le Dr Sara Irène Eyangoh continue d’encadrer les thèses de dizaines d’étudiants africains et européens. Elle incarne cette science d’action, à la fois rigoureuse sur le plan méthodologique et profondément humaine dans ses applications. Son parcours exceptionnel démontre avec force que l’excellence scientifique n’a pas de frontières, et que l’Afrique possède en son sein les talents nécessaires pour dicter ses propres solutions thérapeutiques et inventer la médecine de demain.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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