Le suivi nutritionnel accompagné d’un bilan médical permet d’éviter les complications futures et de mieux accompagner les patients pour une longue période.
Dans l’ombre des crises vaso-occlusives aiguës et de la fatigue chronique qui rythment le quotidien des personnes atteintes de drépanocytose, un trouble fonctionnel discret mais redoutable s’installe très fréquemment : la constipation. Souvent reléguée au rang de simple inconfort passager, cette difficulté d’évacuation intestinale dissimule pourtant des mécanismes physiologiques complexes et des risques majeurs pour la santé globale des malades. Lorsqu’elle devient récurrente, elle expose directement le patient à des complications douloureuses, au premier rang desquelles figurent les crises hémorroïdaires. Pour briser ce cercle vicieux, la nutrition s’impose comme un pilier fondamental du suivi médical au long cours.
Comprendre pourquoi le patient drépanocytaire est particulièrement vulnérable à la constipation nécessite d’observer la pathologie sous l’angle de l’équilibre hydrique. La drépanocytose entraîne une altération de la capacité des reins à concentrer les urines, provoquant une perte d’eau massive. Pour compenser ce déficit hydrique permanent, le côlon absorbe une quantité accrue d’eau présente dans la matière fécale. Privées de leur humidité naturelle, les selles deviennent particulièrement denses, dures et très difficiles à évacuer.
A cette déshydratation s’ajoute un manque d’activité physique. Les douleurs articulaires, la fatigue et la crainte de déclencher une crise réduisent la mobilité des malades. Or, le mouvement corporel constitue le moteur naturel du péristaltisme, ce mécanisme de contraction intestinale qui assure la progression des matières digestives. De surcroît, les traitements antidouleurs utilisés lors des crises ralentissent la motilité intestinale, tandis que l’alimentation de nombreux patients se révèle très pauvre en fibres végétales.
Comme le souligne Adidja Mandou, nutritionniste-diététicienne : « La constipation est un problème souvent banalisé, pourtant elle n’est pas une simple difficulté à aller à la selle, elle peut avoir des répercussions lourdes sur le confort, l’alimentation et même la qualité de vie. Le drépanocytaire se déshydrate plus rapidement et perd beaucoup d’eau dans les urines. Pour compenser, le côlon va récupérer plus d’eau dans les selles, ce qui va les rendre plus dures et difficiles à évacuer. »
Lorsque la constipation s’installe, les efforts répétés lors de l’évacuation provoquent une forte pression veineuse. Dans la zone anale, le réseau vasculaire se dilate de manière excessive, conduisant à la formation ou à l’aggravation d’hémorroïdes. Ces lésions douloureuses et sujettes aux saignements surajoutent une souffrance physique à un organisme déjà éprouvé. Chez le sujet drépanocytaire, le risque d’infection ou d’anémie aggravée par ces saignements exige une vigilance absolue.
Face à cette menace, la prévention passe par une réorganisation du bol alimentaire. L’apport quotidien en fibres doit être revalorisé. Si certaines légumineuses s’avèrent difficiles à tolérer, il convient de les substituer par une consommation abondante de légumes frais, de fruits et de céréales complètes.
L’experte Adidja Mandou rappelle l’importance d’ajuster le régime alimentaire : « Le manque d’activité physique à cause des douleurs limite les mouvements, sachant qu’elle permet un meilleur transit. Les traitements antidouleurs ralentissent parfois le transit et la plupart des malades ont une alimentation très pauvre en fibres. C’est vrai que certains ne peuvent pas consommer les légumineuses, mais on peut remplacer cela par une consommation abondante en légumes. La constipation est un signe qu’il faut davantage porter son attention sur son hydratation, son alimentation et sa qualité de vie. »
En somme, la prise en charge ne relève pas de laxatifs d’urgence, mais d’un suivi nutritionnel structuré et d’une hydratation continue. En plaçant l’alimentation équilibrée au cœur des soins, il devient possible d’éviter les hémorroïdes et de garantir aux patients un accompagnement optimal au quotidien.










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