À Bamendjou, dans la région de l’Ouest Cameroun, un nom fait désormais battre le cœur de la filière avicole à travers un investissemnt de 6 milliards de FCFA: Pascal Talla, fils Bameka.
Gynécologue-obstétricien camerounais formé entre Lubumbashi, Bruxelles et la Suisse, le Dr Pascal Talla a récemment inaugurer la Ferme coopérative du Cameroun (FCC), un complexe agro-industriel intégré de 80 000 pondeuses pour un investissement colossal de 6 milliards de francs CFA. Un projet à la fois économique, social et symbolique : celui du retour au pays d’un fils de la diaspora qui croit au potentiel de sa terre.
Un intellectuel au parcours exemplaire
Originaire de Bameka, dans les Hauts-Plateaux, le Dr Pascal Talla incarne la réussite par l’effort et la vision. Après des études de médecine à l’Université de Lubumbashi en République démocratique du Congo, il s’envole pour Bruxelles où il se spécialise en gynécologie-obstétrique entre 2003 et 2006. Diplômé du FMH (Fédération des médecins helvétiques), il gravit rapidement les échelons : chef clinique en Suisse, responsable de l’unité d’uro-gynécologie au Centre hospitalier Neuchâtelois en 2014, puis chef-médecin. Il forme des dizaines de praticiens et s’impose comme une référence dans son domaine.
Mais au sommet de cette carrière européenne bien remplie, une idée germe : rendre à sa terre ce qu’elle lui a donné. « Nous avons voulu répondre à l’appel du chef de l’État invitant la diaspora à investir dans les secteurs productifs. L’aviculture soutient à la fois l’agriculture, le marché local et la sécurité alimentaire », confie-t-il à Investir au Cameroun.
Un complexe intégré taillé pour la performance
La Ferme coopérative du Cameroun à Bamendjou n’est pas une ferme comme les autres. C’est un véritable éco-système industriel intégré constitué de : Deux bâtiments ultra-modernes abritant 80 000 pondeuses, pour une production de 75 000 œufs par jour (soit près de 50 œufs à la minute). Une usine d’aliments pour volailles d’une capacité de 4 tonnes par heure, garantissant l’autosuffisance du site. Une poussinière de 40 000 têtes, pour un renouvellement permanent du cheptel et la fourniture de poussins de qualité aux producteurs locaux. Un abattoir moderne pour la transformation des poulets de chair et une usine satellite à Bamena dédiée à la fabrication d’alvéoles d’emballage.
Pensée comme un modèle d’intégration verticale, la FCC ambitionne de réduire la dépendance du Cameroun aux importations d’intrants, de stabiliser les prix des produits avicoles et de renforcer la sécurité alimentaire nationale. Le projet bénéficie des avantages de la loi sur les incitations à l’investissement privé (2013, révisée en 2017), qui prévoit des exonérations fiscales pour les initiatives jugées stratégiques.
Un projet à la croisée du patriotisme et du pragmatisme
Lors de l’inauguration officielle le 8 juillet 2025, présidée par le ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, Dr Taïga, ce dernier a salué une initiative en parfaite harmonie avec la politique d’import-substitution du gouvernement. « Cette unité va renforcer l’autonomie de notre filière avicole. Tout ce que nous consommons peut désormais être produit localement », a-t-il souligné.
Au-delà des chiffres, le projet porte une dimension symbolique forte rapporte Investir au Cameroun. Il démontre que la diaspora camerounaise peut être un levier de transformation structurelle lorsqu’elle investit dans les secteurs à fort impact. « Nous avons voulu bâtir un modèle capable d’inspirer d’autres entrepreneurs à franchir le pas. L’Afrique ne doit pas rester spectatrice de sa propre croissance », plaide le Dr Talla.
Un pari risqué mais porteur d’espoir
Si l’histoire de la filière avicole au Cameroun a connu des échecs retentissants à l’instar de la Société des produits avicoles du Cameroun (SPAC) à Bafang en 2011 , le modèle intégré de la FCC se veut plus résilient. L’autonomie en intrants, la proximité des marchés et une gestion rationnelle des coûts constituent autant d’atouts pour éviter les erreurs du passé.
D’après l’Institut national de la statistique, la production nationale de poulets de chair a progressé de 18 % en 2021, atteignant 52 600 tonnes, soit 19 % de l’offre totale de viande. L’arrivée d’unités modernes comme celle de Bamendjou pourrait accentuer cette dynamique et consolider la place du Cameroun comme acteur majeur de la filière avicole en Afrique centrale.
Le symbole d’une Afrique qui se relève
Au-delà des chiffres et des machines, c’est l’histoire d’un homme qui refuse la résignation. En administrant à Bamendjou une « thérapie de choc » à la filière avicole, le Dr Pascal Talla donne corps à une fierté africaine retrouvée.
Un projet de 6 milliards de francs CFA, 80 000 pondeuses, 75 000 œufs par jour : derrière ces chiffres impressionnants, se cache la conviction qu’un Cameroun prospère est possible, lorsque science, vision et patriotisme marchent main dans la main.
Mireille Siapje








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