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    Enquête nationale Camphia 2024-2025 : Le Nord-Ouest, territoire le plus meurtri avec un pic alarmant de 5,6 %

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    Alors que le Cameroun affiche une efficacité remarquable dans le traitement du VIH, les derniers résultats de l’enquête nationale du Cameroon Population-based HIV Impact Assessment CAMPHIA 2024-2025 révèlent de profondes fractures territoriales et de genre.

    Vingt et un mille. C’est le verdict implacable qui tombe chaque année sur le Cameroun comme un couperet silencieux. Vingt et un mille adultes basculent anonymement dans le cercle des personnes vivant avec le VIH. Si le pays a brisé la transmission fulgurante des décennies noires, la réalité du terrain, mise à nu par l’évaluation nationale CAMPHIA 2024-2025 menée dans les foyers entre septembre 2024 et janvier 2025, demeure un immense défi de santé publique. Cette radiographie sans concession révèle un paradoxe saisissant : le traitement fonctionne à merveille pour ceux qui y ont accès, mais le dépistage piétine cruellement. L’épidémie s’est enlisée dans les angles morts des communautés, et le visage de ses nouvelles victimes est massivement celui des femmes. Derrière cette fresque épidémiologique majeure se dresse une alliance de fer unissant le Gouvernement (MINSANTE, INS), le PEPFAR, les CDC américains, le CBCHB et ICAP de l’Université Columbia, s’appuyant sur un échantillon représentatif de 25 083 adultes testés.

    La cartographie des 10 régions : des inégalités territoriales criantes

    Les données brutes révèlent des failles structurelles profondes et une fracture géographique majeure. Au Cameroun, la prévalence globale culmine à 3,0 % pour les 15 ans et plus (environ 501 000 adultes). Mais le virus dessine une cartographie des inégalités territoriales où sept zones dépassent largement ce seuil national. Le virus s’enracine de manière spectaculaire selon les régions : le pic alarmant est atteint dans le Nord-Ouest avec 5,6 % de prévalence, suivi de près par le Sud et l’Est. Le Sud-Ouest, l’Adamaoua, le Littoral (hors Douala) et le Centre (hors Yaoundé) franchissent eux aussi la barre critique des 3,0 %. À l’inverse, l’épidémie stagne ou affiche une intensité plus faible dans les trois régions restantes : l’Ouest, le Nord et enfin l’Extrême-Nord, qui enregistre le taux le plus bas du pays à 1,5 %. Quant à l’incidence annuelle chez les 15-49 ans, elle grimpe à 0,15 % et dévoile une injustice criante : elle atteint 0,24 % chez les femmes contre 0,06 % chez les hommes. Près de trois nouvelles infections sur quatre concernent le genre féminin.

    Le grand paradoxe des cibles mondiales 95-95-95

    Le Cameroun brille dans la prise en charge mais trébuche à l’entrée du parcours. Face à la cible mondiale « 95-95-95 », le premier pilier affiche un retard coupable : seuls 77,1 % des adultes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique. En revanche, la machine sanitaire s’avère

    d’une efficacité redoutable par la suite : 96,4 % des personnes diagnostiquées sont sous antirétroviraux continus, et 95,0 % d’entre elles atteignent une suppression de la charge virale (SCV).

    La parole aux acteurs de la riposte

    Le Ministère de la Santé Publique : « Dépasser les deux derniers objectifs mondiaux est une victoire éclatante pour notre système de soins. Cependant, nous ne pouvons crier victoire tant que près de 23 % des Camerounais vivant avec le VIH ignorent leur statut. La connaissance de la séropositivité reste notre véritable goulot d’étranglement. Nous devons intensifier de toute urgence le dépistage au sein des communautés. » « Cette édition marque une rupture scientifique majeure grâce à un ajustement systématique par la charge virale en laboratoire. Ces indicateurs d’une fiabilité incontestable montrent des réalités biologiques mesurées – comme le grand écart entre les 5,6 % du Nord-Ouest et le 1,5 % de l’Extrême-Nord – qui doivent désormais guider l’allocation des ressources du pays. » « L’enquête montre des variations de la SCV préoccupantes : elle tombe à seulement 53,7 % chez les adolescentes de 15 à 24 ans et à 50,4 % chez les hommes de 25 à 34 ans. C’est la preuve que nos messages ne résonnent pas de la même manière chez les jeunes. Voir que trois nouvelles infections sur quatre frappent les femmes nous oblige à repenser la protection du genre. »

    Le rapport CAMPHIA 2024-2025 pose les jalons d’une nouvelle ère : pour éradiquer le virus, le Cameroun doit impérativement régionaliser et cibler son action publique.

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    Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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