« Donnez votre sang, donnez de l’espoir. Ensemble, sauvons des vies ! ». C’est le message fort de la 21e Journée Mondiale du Donneur de Sang. Derrière cette réalité un constat : le Cameroun n’a collecté que 165 708 poches sur les 400 000 requises. Soit 41% seulement des besoins nationaux. Une pénurie potentiellement mortelle.
Ce 14 juin 2025, au Musée National de Yaoundé, les murs ont résonné non pas d’œuvres d’art, mais de gestes de solidarité. À l’occasion de la Journée mondiale du donneur de sang, ils étaient nombreux à répondre à l’appel du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS). Tous unis par un même élan : sauver des vies. À travers des témoignages, des expériences partagées pour la première fois, le message est clair : le don de sang est un acte de citoyenneté et d’humanité.
Des vies à cœur ouvert
Ndekaka Justine Sorel, étudiante en analyse médicale, a fait le déplacement depuis Hawaï-Escalier un quartier de la ville de Yaoundé. Pour elle, cette journée est une révélation : « Je suis venue ici aujourd’hui pour faire un don de sang. J’ai remarqué que plusieurs personnes ont eu des accidents sur la voie routière… on ne parvient pas à couvrir du sang. Donc, je suis venue pour sauver des vies, ça m’a convaincue. C’est la première fois que je donne du sang. Je me sens parfaitement bien, c’est comme si on n’avait rien fait. C’était juste marquant au moment où on introduit les aiguilles, mais après ça passe. »
Amanahé Togama, étudiant à l’école d’intervention médico-sanitaire de Yaoundé, a été orienté par son établissement : « C’est la première fois que j’y participe. Le don du sang, c’est un acte très citoyen qui aide beaucoup de personnes à survivre. Même ce prochain qu’on ne voit pas. C’est pourquoi je pourrais encourager tout le monde à faire ce même acte de citoyenneté et en parler à mes proches. »
Bin, venu d’abord par curiosité, a changé de regard sur le don de sang : « La nouvelle, je l’ai apprise parmi des amis hier soir. Ils parlaient de ceux qui venaient donner leur sang ici au musée national. Moi, je n’ai jamais donné mon sang, donc je les ai accompagnés en tant que curieux. Et puis, avec l’enseignement que j’ai eu sur le terrain, ça m’a changé. Aujourd’hui, j’ai envie de donner. Ce n’est plus pour l’argent, c’est parce que j’ai compris. J’ai revu les visages de mes proches, de ceux à la télé, victimes d’accidents ou de maladies. Le sang sauve. Et donner, c’est économique aussi : on fait des examens, on connaît son état de santé. Je crois que c’est une occasion en or. »
Hermine, 26 ans, ne sait pas encore si elle pourra donner, mais elle est déjà engagée dans la démarche : « C’est un ami qui m’a emmenée. Je voudrais d’abord faire les examens, parce que je ne connais pas mon taux d’hémoglobine. Si je suis apte, je donnerai. On ne sait jamais, ça pourrait un jour servir à un membre de ma famille, comme ma mère. »
Bissonh Nkeneck, 60 ans, a entendu parler de la journée à la télévision : « C’est la deuxième fois que je donne mon sang. La première fois, c’était pour aider les voisins dont l’enfant était malade. Aujourd’hui encore, je suis là, parce que je sais combien c’est important. Aussi, je peux bénéficier de la batterie d’examens qu’on me fera gratuitement »
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Une cérémonie de reconnaissance et de mobilisation
Placée sous le thème « Donnez votre sang, donnez de l’espoir : ensemble, sauvons des vies ! », cette 21e édition était une ode à l’engagement et à l’altruisme. Le Pr Tetanye Ekoe, président du comité de gestion du CNTS, a rappelé le rôle capital des donneurs : « Nous sommes venus rendre grâce, gratitude, valoriser les donneurs de sang. Leur dire bravo, vous êtes des héros. Ils donnent un exemple à toute la nation, parce qu’ils ont dépassé les tabous. Nous avons besoin de 400 000 poches de sang chaque année, mais en 2024, nous n’en avons collecté que 165 000. Il reste un gros effort à faire. Il faut encourager les citoyens à donner leur sang, parce que c’est un acte de foi, de citoyenneté et de gratitude envers l’État. »
La directrice générale du CNTS, Pr Dora Mbanya, a, quant à elle, donné les chiffres clés : « En 2020, nous avons collecté 99 000 poches de sang. En 2024, nous sommes à 165 708. C’est une progression, mais cela ne couvre que 41 % de nos besoins. Le principal défi reste la mobilisation : les gens ont peur, sont mal informés, ou influencés par des croyances culturelles erronées. Pourtant, un homme peut donner son sang trois fois par an, une femme quatre fois. Il faut créer cette culture du don. »
Un dispositif bien rôdé
Le Pr Tayou, directeur médico-technique du CNTS, a décrit l’organisation de la journée : « La cérémonie organisée par le ministère de la Santé publique, l’OMS, l’UNFPA, et plusieurs ONG, s’est tenue dans la salle de conférence annexe du Musée national, avec l’installation de plusieurs stands, notamment celui du Club 25 pour la sensibilisation, et les banques de sang des hôpitaux de Yaoundé (CHU de Yaoundé et HGOPY). Tout était en place pour garantir une chaîne transfusionnelle respectueuse des normes, de la sélection du donneur jusqu’à la collation post-don. La journée a été marquée par des discours, des témoignages – dont celui très émouvant d’une demoiselle souffrant de drépanocytose qui a reçu une dizaine de poches dans sa vie – et des prestations d’artistes pour motiver les participants. »
Un appel national à la solidarité
Le message de la journée est clair : tout Camerounais âgé de 18 à 60 ans, en bonne santé et pesant plus de 50 kg, peut sauver des vies.
Les dons peuvent se faire dans toutes les banques de sang hospitalières du pays, et chaque poche donnée peut sauver trois vies.
Alors que les besoins restent énormes et les freins encore présents, la voix des donneurs comme Bin, Justine, Hermine ou Bissonh devient un levier de sensibilisation crucial. En donnant un peu de soi, on donne tout un espoir.
Mireille Siapje














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