Dans son rapport annuel, le Fonds des Nations Unies pour la population dévoile une réalité brutale : coût de la vie, précarité et normes sociales privent des millions de personnes de leur droit fondamental à fonder une famille.
Le rapport a été lancé ce 19 aout 2025 à Yaoundé, marquant une étape importante pour le Cameroun dans sa réflexion sur ces défis. L’événement a réuni des figures de proue du gouvernement, dont Paul Tasong, Ministre Délégué auprès du Ministre de l’Économie, de la Planification et du Développement Régional, et le Dr Justin Koffi, Représentant Résident de l’UNFPA. Leur présence témoigne de la reconnaissance par les autorités camerounaises de l’urgence de ces questions, qui touchent directement au développement durable du pays.
L’étude, qui s’appuie sur une enquête menée auprès de millions de personnes dans 14 pays, révèle une statistique alarmante : une personne sur cinq dans le monde anticipe de ne pas avoir la famille qu’elle désire. Ces aspirations contrariées ne sont pas le résultat d’un désintérêt pour la parentalité, mais découlent de facteurs d’une complexité grandissante, qui font écho aux réalités vécues partout, y compris au Cameroun.
Le coût prohibitif de la parentalité est le premier frein cité par plus de la moitié des personnes interrogées. À cela s’ajoutent l’insécurité de l’emploi et la crise du logement, qui rendent l’idée de fonder une famille une perspective anxiogène, voire impossible. Pour de nombreux jeunes, l’avenir paraît si incertain qu’ils hésitent à donner la vie dans un monde qu’ils perçoivent comme hostile. La difficulté à trouver un partenaire approprié, un problème souvent exacerbé par des pressions sociales et des environnements de travail exigeants, est un autre obstacle majeur.
Ces données sont d’autant plus préoccupantes qu’elles mettent en évidence la pression sociale persistante. Le rapport indique qu’une personne sur cinq a déjà subi des pressions pour avoir des enfants, même lorsqu’elle n’en ressentait pas le désir. De plus, un tiers des adultes ont fait l’expérience d’une grossesse non désirée, soulignant l’écart entre les besoins en matière de santé reproductive et l’accès à l’information et aux services. Plus encore, l’étude révèle qu’un adulte sur dix a vu ses projets de parentalité compromis par des inégalités dans la prise en charge médicale, ce qui soulève de sérieuses questions sur l’équité des systèmes de santé.
Le poids des normes de genre sur le désir d’enfants
Le rapport de l’UNFPA met en lumière un paradoxe central de la crise de la fertilité : le sexisme. Les normes de genre rigides persistent et minent les choix familiaux des individus, notamment des femmes. Les lieux de travail perpétuent souvent des attentes qui poussent les femmes hors du marché du travail après la naissance de leurs enfants. Le manque de congés parentaux flexibles et rémunérés pour les hommes, couplé à la stigmatisation des pères qui s’impliquent activement, renforce les déséquilibres. Le manque de services de garde d’enfants abordables et de qualité vient compléter ce tableau, laissant de nombreux parents, en particulier les mères, face à un choix cornélien entre leur carrière et leur famille.
Ces dynamiques culturelles et sociales se reflètent dans les statistiques des plus de 50 ans, dont 40 % déclarent ne pas avoir eu le nombre d’enfants qu’ils désiraient. C’est le résultat d’une vie de compromis, de sacrifices et de barrières structurelles qui ont graduellement érodé leur capacité à réaliser leurs aspirations familiales. C’est pourquoi le Dr Natalia Kanem, Directrice Exécutive de l’UNFPA, affirme avec conviction que la véritable crise de la fertilité n’est pas le manque de désir, mais le manque de choix.
Des solutions concrètes pour un avenir plus juste
Face à cette situation, l’UNFPA ne se contente pas de dresser un constat alarmant, il propose des solutions audacieuses. L’organisation exhorte les gouvernements à adopter des mesures économiques et sociales qui redonnent le pouvoir de décision aux individus. Cela inclut des investissements dans le logement abordable, un accès facilité à un travail décent et à des congés parentaux équitables, ainsi que la garantie d’une gamme complète de services de santé reproductive et d’informations fiables.
De leur côté, les employeurs sont appelés à revoir leurs pratiques pour créer des environnements de travail plus justes et plus favorables à la vie de famille. Il s’agit de s’attaquer aux restrictions en matière de droits reproductifs et de soutenir des politiques qui combattent les inégalités de genre au quotidien.
En définitive, le rapport UNFPA 2025 appelle à une véritable révolution de la pensée sur la population. Il ne s’agit plus de compter les naissances, mais de donner aux individus les moyens de bâtir la vie qu’ils désirent. Le Cameroun, à l’instar des autres nations, est face à un choix crucial : ignorer cette réalité ou saisir l’opportunité de construire une société où le choix et l’autonomie de chacun, et de chacune, sont garantis.
E.S.N












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