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LA GRANDE INTERVIEW

Grande Interview : Charles YOPNDOI, administrateur principal de la Santé publique, Délégué régional de la Santé publique pour le Littoral

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« Octobre Rose nous permet de faire passer un message à toutes les femmes. Elles doivent se faire dépister de manière systématique »

Monsieur le Délégué, le mois d’Octobre Rose 2026 s’ouvre. Quel est l’état des lieux épidémiologique du cancer du sein dans la région du Littoral ? Disposez-vous de chiffres sur l’incidence et le taux de mortalité ?

Les cancers gynécologiques, dont le cancer du sein et le cancer du col de l’utérus, constituent une préoccupation de santé publique au niveau national. À ce jour, aucune enquête nationale ne décrit la situation avec précision. Je ne peux donc pas vous donner de chiffres exacts. Nous disposons des projections du Globocan (Observatoire global du cancer du Centre international de recherche sur le cancer / OMS, NDLR) et des données empiriques que les formations sanitaires collectent. Ces sources indiquent une hausse du nombre de cancers du sein et de cancers du col de l’utérus. Elles indiquent aussi que la maladie touche de plus en plus de femmes jeunes. Voilà ce que nous observons sur le terrain. Je préfère m’abstenir de citer des chiffres, car la collecte des données sur le cancer obéit à une méthodologie. Tant que cette méthodologie n’est pas appliquée, toute statistique reste une estimation.

Le Littoral abrite des infrastructures majeures, dont l’Hôpital Général de Douala. Quelle est la capacité de prise en charge de la région en matière de mammographie, de chimiothérapie et de radiothérapie ?

Le cancer est une maladie grave, que toutes les formations sanitaires ne traitent pas. Les capacités de prise en charge sont organisées par niveaux, comme l’ensemble de notre système de santé, avec un niveau de référence pour les cas les plus lourds. Dans le Littoral, plusieurs structures prennent en charge le cancer. Il y a l’Hôpital Général de Douala, l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Douala et l’Hôpital Laquintinie. Il existe aussi une structure de référence consacrée entièrement au cancer, le Center of Oncology de Bekoko. Elle appartient au secteur privé et nous travaillons avec elle en partenariat. D’autres structures privées, dont quelques polycliniques, traitent aussi les cancers dans la région. En dehors de Douala, des structures diagnostiquent le cancer et assurent le suivi des patients. Elles ne disposent pas toutes de la radiothérapie, d’oncologues médicaux ou de chirurgiens. Elles accompagnent toutefois les patients une fois la prise en charge engagée.

Le système de santé repose sur des niveaux de référence. Les hôpitaux de district diagnostiquent les lésions précancéreuses et orientent les cas vers les structures de référence. Celles-ci confirment le diagnostic et débutent les traitements. Les hôpitaux de district assurent ensuite le suivi. Sur le dépistage, plusieurs formations sanitaires du Littoral possèdent des mammographes pour le suivi et le dépistage du cancer du sein. La mammographie n’est pas la seule technique disponible, d’autres existent. Des structures disposent aussi de services de radiothérapie. Nous avons des oncologues et des chirurgiens qui assurent la prise en charge et le suivi. Je considère donc que la région du Littoral dispose des moyens nécessaires pour prendre en charge le cancer.

Le coût des traitements reste le principal obstacle pour de nombreuses familles camerounaises. Quelles facilités financières, quelles subventions ou quels partenariats la Délégation régionale a-t-elle mis en place pour Octobre Rose ?

La santé a un coût, c’est un fait. Le cancer ne figure pas actuellement dans le panier de soins de la Couverture santé universelle (CSU). Vous avez raison de dire que son traitement coûte cher. Le Ministère de la Santé publique a pris des initiatives. Le programme de lutte contre le cancer subventionne une partie des médicaments. Ces médicaments sont acquis puis mis à la disposition des structures de prise en charge à un coût réduit.

Le Ministère a aussi mis en place une entreprise pour la fabrication locale d’antidouleurs, dont la morphine, avec un conditionnement local. La morphine est indispensable à la prise en charge de la douleur chez les patients atteints de cancer. L’activité se déroule à titre pilote à l’Hôpital Général de Douala. L’objectif est de faciliter l’accès à ce traitement et d’en réduire le coût.

Nous espérons que le cancer sera intégré à la CSU. C’est le souhait que nous formulons. Pour y parvenir, le Parlement doit adopter le projet de loi sur la CSU. La CSU pourra alors élargir son panier de soins aux pathologies qui touchent le plus les populations.

Des campagnes de dépistage entièrement gratuites sont-elles prévues dans les districts de santé du Littoral cette année ? Si oui, où et quand les femmes peuvent-elles s’y rendre ?

Octobre Rose est un mois consacré à la sensibilisation sur le cancer, plus précisément sur les cancers gynécologiques. Durant tout le mois, nous parlerons du cancer chaque jour, dans presque toutes nos formations sanitaires. Nous voulons que les femmes et les familles comprennent que plus tôt le cancer est détecté, plus les chances de guérison et de survie

augmentent. C’est le message central du mois.

À ce message s’ajoutent des activités dans presque toutes les formations sanitaires de la région du Littoral. Elles comprennent du dépistage, de l’orientation et du conseil. Certains survivants du cancer viendront aussi partager leur expérience avec d’autres personnes.

Durant tout le mois, les structures de santé de la région organisent des activités de dépistage et de référence des patients. Elles prévoient aussi le dépistage et la prise en charge des lésions précancéreuses. Elles expliquent enfin aux femmes comment s’organiser pour prévenir le cancer et pour faire un dépistage systématique. Ce dépistage permet, si un cancer apparaît, de le détecter assez tôt pour qu’une prise en charge correcte soit possible.

Comment la Délégation collabore-t-elle avec les associations locales, les chefferies traditionnelles et les leaders religieux pour étendre la portée des messages de prévention ?

Pour cette sensibilisation, nous travaillons avec les associations engagées dans la lutte contre le cancer. Nous avons aussi mobilisé d’autres administrations, notamment le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, le Ministère des Affaires sociales et le Ministère de la Jeunesse. Elles activent leurs réseaux d’associations pour que le message atteigne la cible en nombre. Les médias, dont le vôtre, ont également été sollicités. S’y ajoutent les acteurs de la société civile et ceux des communautés, les leaders d’opinion, les agents de santé communautaires et les membres des comités de santé. Tous participent à la diffusion du message de sensibilisation sur le cancer chez la femme.

Quelles activités la Délégation régionale prévoit-elle pour ce mois d’Octobre Rose ?

Au niveau de la Délégation, nous avons prévu des activités qui couvriront toute une semaine. Une marche sportive aura lieu le 10 octobre, en marge de la Journée mondiale de la santé mentale. Nous avons voulu réunir les deux thèmes, car la prise en charge du cancer demande un accompagnement psychologique important. Nous organisons aussi des séances de sensibilisation au sein de la Délégation. Nous y invitons des experts de la prise en charge du cancer, notamment des oncologues, des radiothérapeutes et des diététiciens. Ils aborderont le cancer sous tous ses aspects. Nous souhaitons y voir le plus grand nombre de personnes des administrations, des structures de santé, ainsi que toute personne intéressée. Les femmes de la Délégation envisagent aussi une rencontre sportive entre les femmes de la santé et leurs partenaires femmes des médias. Cette rencontre vise à renforcer la solidarité dans la lutte contre la maladie. Les femmes de la Délégation prévoient enfin de remettre des dons à quelques malades du cancer, en signe de soutien. Voilà ce que la Délégation a prévu pour cette période. Toute la région sanitaire est par ailleurs mobilisée pour parler du cancer, faciliter l’accès aux soins, encourager le dépistage, sensibiliser et informer.

Le plateau technique suffit-il pour répondre à la demande locale ? Comment assurez-vous la décentralisation de ces soins pour les femmes qui vivent hors de Douala, par exemple dans le Moungo ou le Nkam ?

Cette question revient souvent. Les formations sanitaires ont des niveaux de prise en charge différents, car les pathologies ne se valent pas et les soins évoluent selon le niveau de la formation. Il existe six niveaux de formation sanitaire, et chacun remplit des fonctions propres.

Les soins de santé primaires comprennent les centres de santé intégrés, les centres médicaux d’arrondissement et l’hôpital de district, qui sert d’hôpital de première référence. Ce sont les portes d’entrée du système de santé. Viennent ensuite les hôpitaux régionaux, les hôpitaux centraux et les hôpitaux généraux.

Les hôpitaux régionaux servent de référence dans les régions qui en possèdent. Les hôpitaux centraux participent à la formation et à la recherche, et prennent en charge les pathologies qui exigent un niveau de soins élevé. Ils constituent la deuxième référence du pays. Les hôpitaux généraux constituent la dernière référence. Ils ont pour mission de réduire les évacuations sanitaires en offrant des soins modernes et de qualité. Le Littoral compte deux hôpitaux généraux, l’Hôpital Général de Douala et l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Douala. Ils assurent la prise en charge et guérissent plusieurs cas. Pour le cancer, l’Hôpital Général de Douala et l’Hôpital Général de Yaoundé sont, au niveau national, les structures dédiées à la prise en charge en dernière intention. Elles ont démontré leur capacité. En dessous, l’Hôpital Laquintinie de Douala a 95 ans aujourd’hui et continue d’assurer la prise en charge des populations. Je vous invite à le visiter pour constater son évolution, son niveau et la qualité de ses soins. Dans le secteur privé, des polycliniques s’investissent aussi dans cette prise en charge.

Globalement, le plateau technique du Littoral suffit pour prendre en charge le cancer. La région dispose d’oncologues, de radiothérapeutes et de chirurgiens du cancer. Elle compte des structures de soins d’accompagnement pour les malades. Sur le plan technologique, le Littoral dispose de PET scans, de robots chirurgicaux et d’un accélérateur linéaire de particules. Au moins deux structures proposent de la radiothérapie. La région possède donc le plateau technique nécessaire.

Les populations choisissent librement leur médecin. Que des personnes se fassent soigner à l’étranger ne signifie pas que nous ne pouvons pas prendre en charge le cancer ici. En matière de cancer, j’insiste sur ce point, plus tôt le cas est identifié, meilleure est la prise en charge. Au moins 80 % des cas de cancer arrivent en phase terminale. Cela pose un problème de prise en charge, ici comme ailleurs. Nous disposons néanmoins des moyens de répondre aux besoins liés au cancer.

Le cancer ne s’arrête pas le 31 octobre. Comment la Délégation compte-t-elle prolonger les acquis d’Octobre Rose tout au long de l’année, pour que le dépistage devienne un réflexe permanent ?

Octobre Rose est le mois que nous consacrons à la sensibilisation. Cela ne signifie pas que nous cessons la sensibilisation et le dépistage les autres mois. Nous poursuivons notre message toute l’année. Le domaine de la santé compte un programme de promotion de la santé. Il accompagne les populations pour qu’elles adoptent elles-mêmes les comportements qui protègent leur santé. Nos programmes comprennent des séances de sensibilisation où nous demandons aux populations de pratiquer un sport, de manger sainement, d’éviter l’abus d’alcool et de tabac, et ainsi de suite.

Il est possible aujourd’hui de se faire dépister en permanence dans presque toutes les formations sanitaires de la région. Les services accueillent les patientes toute l’année. Lorsqu’ils détectent des signes de lésions, ils orientent la prise en charge ou réfèrent le cas vers les structures dédiées au cancer. Après Octobre Rose, nos formations sanitaires et nos professionnels restent présents

pour recevoir les femmes qui viennent se faire dépister et demander conseil.

Octobre Rose nous permet de faire passer un message à toutes les femmes. Elles doivent se faire dépister de manière systématique. Pour le cancer du sein, cela signifie une mammographie au moins une fois par an. Pour le col de l’utérus, cela signifie un frottis cervical régulier, afin de vérifier l’absence de cancer.

Une femme qui vit dans une zone éloignée de Bonassama, dans le 6e arrondissement ou ailleurs dans le Littoral, peut-elle se faire dépister dans le centre le plus proche ? Doit-elle se rendre à l’Hôpital Général, à l’hôpital gynéco-obstétrique ou à Laquintinie ?

Quand on est malade, il faut aller à l’hôpital. Le praticien qui vous reçoit a la formation pour identifier l’origine de votre maladie. Lorsque son niveau ne lui permet pas de le faire, il vous réfère vers la structure qui peut poser le bon diagnostic. Cette structure vous oriente ensuite vers le niveau de référence capable de vous prendre en charge. J’invite donc toute personne malade à venir à l’hôpital, pour échanger avec le personnel et bénéficier d’un dépistage.

Dans notre société, la majorité des Camerounais qui tombent malades recourent d’abord à l’automédication. Si elle échoue, ils consultent un tradipraticien, et de plus en plus souvent une église. Ils se rendent dans une formation sanitaire lorsque la maladie a atteint un stade grave. Or la maladie évolue avec le temps, et plus tôt on est dépisté, meilleure est la prise en charge. J’encourage donc toute femme qui constate un signe à se rendre rapidement dans un centre de santé ou une formation sanitaire pour un examen. Pour le cancer du sein, les signes sont une boule dans le sein, une déformation du sein, un changement de la peau ou de sa couleur, et un écoulement anormal. Pour le cancer du col de l’utérus, il s’agit d’une douleur qui persiste, d’un saignement qui persiste ou d’une odeur anormale. Si le diagnostic confirme un cancer, la prise en charge doit débuter vite. Elle réduit alors le coût du traitement et augmente les chances de survie de la patiente.

Quel diagnostic posez-vous sur l’état de santé des centres de santé et des centres hospitaliers de la ville de Douala ?

Dans le Littoral, les centres de santé fonctionnent dans un contexte de contraintes multiples, avec une capacité de résistance. Ils se portent plutôt bien. Je ne dis pas que la situation est parfaite, ni que leur niveau de développement donne satisfaction. Je constate que nos formations sanitaires parviennent à délivrer le paquet d’activités qui leur revient. Toutes les formations sanitaires n’ont pas vocation à se ressembler. Les soins se répartissent par niveaux, avec des paquets d’activités définis pour chacun. Je considère que la région du Littoral dispose des moyens de répondre aux besoins. Là où des manques existent, nous continuons de travailler avec les mairies, dans le cadre de la décentralisation, et avec le Conseil régional. Nous voulons renforcer l’offre à la base. Nous poursuivrons ce travail jusqu’à ce que l’offre donne satisfaction, comme l’a demandé le Président de la République.

Octobre Rose s’adresse aux femmes, et plusieurs cas de féminicide mettent la femme et la famille au premier plan. La santé mentale pourrait devenir une préoccupation majeure, en particulier à Douala. Quelles dispositions avez-vous prises ? Existe-t-il un calendrier précis ? Certains estiment que la société de Douala souffre. Quel diagnostic posez-vous, vous qui êtes en poste depuis quelques mois ?

Je ne dirais pas, de façon globale, que notre société est malade. Nous observons en revanche une montée de la violence dans la société, plus marquée à l’égard des personnes vulnérables, comme les femmes, les personnes âgées et les enfants. Nous condamnons cette situation. Pour les services de santé, notre hiérarchie, par la voix du ministre de la Santé publique, nous a demandé d’activer et de renforcer la mise en œuvre des activités de prise en charge de la santé mentale dans la région. Sur le plan du dispositif, la région compte un service de santé mentale à l’Hôpital Laquintinie de Douala. C’est la structure de référence pour la prise en charge des affections de santé mentale. Des psychiatres et des psychologues cliniciens y assurent les soins aux populations. L’Hôpital Laquintinie abrite aussi les centres de soins et d’accompagnement pour la prise en charge en addictologie, les CSAPA (Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie, NDLR). Ils s’adressent aux personnes dépendantes de certaines substances, comme l’alcool, le tabac et les substances psychotropes, qui y reçoivent un accompagnement.

Nous installons un autre CSAPA au centre médical d’arrondissement de la Cité. J’étais sur le terrain hier pour visiter l’avancement des travaux. Ils sont avancés et l’équipement est disponible. Il reste à installer le centre, qui doit entrer en fonctionnement dans les prochains mois. S’il ouvrait au cours d’octobre, nous en serions les premiers heureux.

Nous avons aussi travaillé avec les formations sanitaires pour que tous les hôpitaux de district de la ville de Douala, ainsi que les centres médicaux d’arrondissement, disposent d’une unité de soins psychologiques. Chacune de ces unités se consacre à la prise en charge des questions de santé mentale. Des consultations y ont lieu, avec un accompagnement de la prise en charge.

Je le dis sans détour, nous bénéficions d’un appui de la mairie pour la prise en charge des personnes atteintes d’affections mentales et errantes, que nous appelons les Pame. La mairie appuie aussi le suivi de leur prise en charge.























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