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LA GRANDE INTERVIEW

 « La peau noire est moins compliquée, arrêtons la course aux produits éclaircissants »

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À l’occasion d’une campagne de sensibilisation de trois jours à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et pédiatrique de Douala, plus de 300 patients ont été consultés gratuitement.

Dermatologue-vénérologue, le Dr Martine Nida dresse un constat sans appel : l’acné domine les consultations, la gale persiste, les perruques mal portées abîment le cuir chevelu, et la pression sociale pousse à une utilisation massive de laits éclaircissants. Elle livre ses conseils pour une peau saine et naturelle.

« La première cause de consultation, ce sont les lésions d’acné, des lésions du visage »

Dr Martine Nida est médecin dermatologue. Elle est dermato-vénérologue en service à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et pédiatrique de Douala. Elle est l’une des pièces maîtresses de la campagne de sensibilisation sur les maladies de la peau qui s’est tenue du 13 au 15 avril 2026 au sein de ladite formation hospitalière. Plus de 300 patients ont été consultés, chacun avec des pathologies diverses. Et à côté des consultations gratuites, les patients ont eu droit à des soins esthétiques et à des conseils pour le bon entretien de leurs peaux. Au four et au moulin, nous l’avons rencontrée pour non seulement comprendre les raisons d’une telle activité, mais aussi les différentes maladies de la peau et les conséquences de l’utilisation des laits éclaircissants. Avec elle, nous avons aussi parlé du port permanent des perruques.

Trois jours consacrés à la dermatologie, c’est qu’il y a un problème ?

Il n’y a pas particulièrement un problème. Comme vous le savez, l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et pédiatrique de Douala est un hôpital qui, au départ, était dédié aux femmes et qui, aujourd’hui, reçoit le grand public. Et par ces journées, justement, nous voulons faire savoir aux populations de Douala que nous avons un service de médecine et particulièrement la dermatologie, où nous avons des dermatologues. Qu’elles sachent que nous sommes là. Et qu’elles viennent nous voir. Et surtout, qu’elles nous posent des questions sur leur pathologie. En fait, les portes ouvertes, c’est qu’on consulte. On peut discuter de leur pathologie, si elles sont chroniques et autres. C’est pour ça que nous avons organisé ces journées pour faire savoir déjà aux populations du Douala 3e, de Douala en général, qu’il y a des dermatologues à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et pédiatrique de Douala.

Maintenant, pourquoi trois jours ?

Dans le programme, le lundi et le mardi sont consacrés aux consultations et aux dépistages des pathologies internes qui peuvent avoir des manifestations cutanées, comme le VIH, l’hépatite B, l’hépatite C ou la syphilis. Ces tests-là sont également gratuits. Mais le troisième jour, c’est pour la dermatologie esthétique, qui est aussi une branche de la dermatologie. Ce troisième jour, ce sera pour conseiller aux patients, aux populations, comment entretenir leur peau. Et également leur dire quels sont les soins de dermatologie esthétique, de médecine esthétique qu’ils peuvent faire.

Puisque vous parlez des maladies de la peau, on peut en citer quelques-unes ?

Depuis le premier jour, la première cause de consultation, ce sont les lésions d’acné, des lésions du visage. Et ensuite, ce sont des lésions chez les enfants, qui sont des maladies allergiques, des enfants qui font des allergies aux piqûres d’insectes. Et nous avons quelques cas de teignes, et puis d’autres pathologies, comme des dermatoses parasitaires, des gens qui sont venus avec des vers sous la peau, etc.

Il y a des maladies aujourd’hui dont on dit qu’on n’entend plus trop parler, comme la gale. Est-ce qu’on en rencontre toujours ?

Bien entendu, nous avons eu aussi quelques cas de gale, tout à fait. La gale n’est pas une maladie qui n’existe plus. La gale existe encore, et parfois ça vient, ça fait même parfois des petites épidémies. Nous avons des petites épidémies, par exemple, après la rentrée vers septembre, le retour des vacances, en général, mais c’est une pathologie qui existe. Et ce qu’il faut savoir, c’est que ce n’est pas une pathologie que les populations croient être une maladie de saleté. Non, c’est une pathologie de contact. Dès qu’on a un contact avec quelqu’un qui a la gale, on peut l’attraper, même si on se lave trois fois par jour.

Vous avez cité quelques-unes des plus courantes que l’on connaît, la teigne, par exemple, il y a également la dartre. Est-ce que ces maladies-là ont des complications, docteur ?

La teigne est une maladie fongique. Ce sont souvent des enfants en âge scolaire qui l’ont ; ils se partagent parfois les peignes, les chapeaux, donc ils peuvent se contaminer entre eux. Et parfois aussi, à la maison, on peut avoir des chiens, des chats, la contamination peut venir par là. La dartre aussi est fongique, mais il y a des facteurs favorisants comme la transpiration. Mais il faut dire que pour toutes ces pathologies fongiques, le contexte tropical avec l’humidité fait qu’il y a une forte prévalence de ces pathologies chez nous.

Les femmes aujourd’hui ont opté pour les perruques, on n’en finit plus. Est-ce que cela n’est pas susceptible d’abîmer le cuir chevelu ?

Les perruques, oui, la pression. La pression peut amener la chute de cheveux, comme on appelle au quartier « le mon vieux ». Oui, la pression, le fait de tirer, peut entraîner la chute de cheveux et donc des alopécies.

Et on peut guérir de ça ?

Si on arrête de faire pression sur le cuir chevelu… Les cheveux repoussent normalement.

Docteur, la majorité des laits et savons commercialisés aujourd’hui sont éclaircissants. Est-ce que ça ne donne pas trop de travail aux médecins que vous êtes ?

Trop de travail, parce que j’ai fait l’expérience moi-même d’aller dans une parfumerie. Je leur ai demandé un lait normal. Ils n’ont pas été capables de m’en trouver. Ils avaient tous des laits éclaircissants. La dame a tout fait pour me vendre un lait éclaircissant que je ne voulais pas. Donc, moi, je comprends les populations qui sont exposées malgré elles aux produits éclaircissants. Mais avant, on n’avait pas ces problèmes. La tendance est à utiliser les produits éclaircissants parce qu’on veut imiter une amie, parce qu’on veut être plus claire, on peut comprendre. Mais aucune femme ne peut avoir la peau d’une autre, même en utilisant le même lait.

Mais pourquoi cette course aujourd’hui vers ces produits ?

Parce que l’idéal pour les patients, c’est la peau claire, malheureusement. Pourtant, la peau noire est moins compliquée. Ce serait mieux pour tout le monde.

Après la campagne, qu’est-ce qui va suivre ?

Nous revoyons les malades en consultation, en rendez-vous, et nous sommes là. Nous les recevons tous les jours à l’hôpital Gynéco ici à Yassa.

Un conseil pour une peau soignée ?

Ce que je pourrais dire, c’est qu’il faut utiliser plutôt des laits hydratants, des laits nourrissants, pas éclaircissants, et éviter le soleil, parce que le soleil nous fait bronzer. C’est normal qu’on bronze sous le soleil car c’est pour protéger nos cellules. Mais sauf que, malheureusement, ce bronzage nous noircit. Donc, l’idéal serait d’éviter de s’exposer pour ne pas avoir à bronzer et après chercher à s’éclaircir. Et certains produits éclaircissants, ou peu éclaircissants même d’ailleurs, sont parfois photo-sensibilisants, c’est-à-dire qu’ils vont vous faire bronzer plus que la normale. Donc, il faut vraiment éviter le soleil, soit en portant des chapeaux, soit en mettant des barrières qu’on appelle écrans solaires qui, c’est vrai, coûtent un peu cher, mais c’est pour celles qui peuvent se le permettre.

Entretien mené par Alphonse JENE

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📰 Dernière parution : Echos santé n°1388 du vendredi 17 avril 2026

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