À l’Hôpital Laquintinie de Douala, une équipe pluridisciplinaire a réalisé avec succès deux interventions de vidéothoracoscopie avec biopsie pleurale et talcage. Une prise en charge mini-invasive qui a permis d’explorer la cavité thoracique d’un patient de 69 ans présentant une dyspnée.
Respirer devient progressivement difficile. Depuis près de deux mois, cet homme de 69 ans, menuisier et sans antécédent médical particulier connu, ressent une gêne respiratoire persistante. Les examens réalisés à l’Hôpital Laquintinie de Douala vont permettre d’en comprendre davantage l’origine. L’imagerie médicale révèle une pleurésie bilatérale, associée à une masse pulmonaire. Face à cette situation, l’équipe médicale décide d’aller voir directement ce qui se passe dans la cavité thoracique. C’est dans ce contexte qu’une équipe pluridisciplinaire de l’Hôpital Laquintinie a réalisé deux opérations de chirurgie thoracique vidéo-assistée, encore appelée vidéothoracoscopie ou VATS. L’intervention a permis à la fois d’explorer la plèvre, de réaliser une biopsie des lésions observées et d’effectuer un talcage pleural.
Une caméra pour explorer le thorax
La vidéothoracoscopie est une technique de chirurgie thoracique mini-invasive. Contrairement à la chirurgie thoracique classique qui peut nécessiter une ouverture plus importante du thorax et un écartement des côtes, la VATS permet au chirurgien d’accéder à la cavité thoracique par de petites incisions. « La vidéothoracoscopie est une technique chirurgicale mini-invasive qui consiste à explorer la cavité pleurale du patient à travers une caméra », explique le Dr Marius Kamdem, chirurgien thoracique à l’Hôpital Laquintinie. Concrètement, le chirurgien pratique généralement deux à trois petites incisions entre les côtes. À travers l’une d’elles, un tube fin muni d’une caméra haute définition est introduit dans le thorax. Les images sont ensuite retransmises sur un écran, permettant à l’équipe médicale de visualiser directement les structures à l’intérieur de la cavité thoracique. De petits instruments chirurgicaux sont introduits par les autres incisions pour effectuer les gestes nécessaires.
Cette approche permet ainsi d’intervenir sans avoir à réaliser une large ouverture du thorax. Pour le patient, elle présente notamment l’intérêt d’être moins invasive, avec généralement moins de douleurs postopératoires et une récupération plus rapide.
Biopsie et talcage dans le même temps
Chez ce patient de 69 ans, l’objectif était avant tout diagnostique. La vidéothoracoscopie devait permettre à l’équipe de voir l’état de la plèvre et de prélever des tissus pour une biopsie. L’examen direct de la cavité pleurale a toutefois montré des lésions dont l’aspect macroscopique était suspect d’un processus
néoplasique. Une biopsie pleurale a donc été réalisée. Le prélèvement doit permettre une analyse anatomopathologique afin de préciser la nature exacte des lésions et d’orienter la suite de la prise en charge. Mais l’intervention ne s’est pas limitée au diagnostic. Face à la pleurésie, l’équipe a également réalisé un talcage pleural. Ce geste consiste à introduire du talc dans la cavité pleurale afin de provoquer l’accolement des deux feuillets de la plèvre. L’objectif est notamment de limiter la réaccumulation du liquide dans cette cavité et d’améliorer le confort du patient. « Notre intervention a consisté à faire une vidéothoracoscopie à but diagnostique et thérapeutique. Il était question pour nous de faire une biopsie pleurale et ensuite nous avons réalisé un talcage, vu que la plèvre se montrait macroscopiquement comme étant néoplasique », détaille le Dr Marius Kamdem. L’ensemble du geste chirurgical a duré environ 30 à 40 minutes. Pour le spécialiste, cette technique offre l’avantage de pouvoir obtenir des informations précises sur l’état de la plèvre tout en réalisant immédiatement certains gestes thérapeutiques.
Un défi anesthésique avec deux poumons atteints
Si la technique chirurgicale est mini-invasive, sa réalisation n’en demeure pas moins délicate, notamment sur le plan anesthésique. Dans le cas présent, la difficulté était liée à l’atteinte des deux poumons. Le patient présentait en effet une pleurésie bilatérale, ce qui imposait une stratégie particulière pour permettre au chirurgien de travailler dans de bonnes conditions. « Au départ, les deux poumons étaient atteints. On a d’abord traité un poumon pour pouvoir effectuer une intubation sélective sur ce poumon et travailler sur l’autre poumon », explique le Dr Corine Edi’i, médecin anesthésiste. L’intubation sélective permet précisément de contrôler la ventilation des poumons afin de faciliter le travail du chirurgien sur le côté concerné par l’intervention. Dans ce contexte particulier, l’anesthésiste devait donc assurer une ventilation adaptée tout en maintenant la stabilité du patient pendant le geste. L’équipe a opté pour une anesthésie adaptée à la situation, avec une indication à séquence rapide. Malgré le contexte de pleurésie bilatérale, le patient est resté stable pendant l’intervention. Le réveil s’est effectué directement sur la table opératoire.
Pour le Dr Corine Edi’i, cette étape constituait l’un des principaux défis de la prise en charge. La réussite de l’intervention reposait ainsi sur une coordination étroite entre les différents professionnels présents au bloc opératoire.
Une expertise portée par une équipe pluridisciplinaire
Derrière ces gestes techniques se trouve une équipe composée de plusieurs
professionnels intervenant chacun à une étape de la prise en charge. La chirurgie a été conduite par le Dr KAMDEM Marius, chirurgien thoracique, avec le concours du Dr EDI’I Corinne, médecin anesthésiste, du Dr MENSAH E., médecin généraliste, ainsi que de M. HAMID Issa, infirmier au bloc, et de Mme NGAH Honorine, infirmière au bloc. La réussite de ces deux opérations de vidéothoracoscopie avec biopsie pleurale et talcage met ainsi en évidence l’importance du travail coordonné entre chirurgie, anesthésie et équipe soignante. Elle illustre également la capacité de l’Hôpital Laquintinie à mobiliser une expertise spécialisée pour des situations thoraciques nécessitant à la fois précision diagnostique et intervention thérapeutique. Pour le patient, cette prise en charge aura permis d’explorer directement la cavité pleurale, de réaliser les prélèvements nécessaires au diagnostic et d’effectuer dans le même temps un geste destiné à améliorer son confort.
À Laquintinie, la chirurgie thoracique vidéo-assistée ouvre ainsi la voie à une prise en charge moins invasive, où précision du diagnostic, maîtrise technique et travail d’équipe avancent ensemble.
Marie Chantale FAIDA














