Une circoncision pratiquée le 3 août 2026 au Centre médical « La Main du Secours », à Yaoundé, a mal tourné. Après la version de la famille sur les réseaux sociaux, la clinique livre également ses faits.
3 août 2026, jour fatidique pour la maman de Maurice WOUDJI. Elle conduit son fils de quatre ans au Centre médical « La Main du Secours », situé au quartier Awae Escalier à Yaoundé, pour une circoncision. Selon son témoignage publié sur les réseaux sociaux après les faits, l’enfant est anesthésié avant l’intervention. Elle explique qu’elle tient son fils tandis que son frère et des membres du personnel maintiennent ses jambes. Au moment de l’acte, le frère de la mère aurait alerté à
deux reprises le praticien. « Quand il veut couper, mon frère lui dit, pas une fois, mais deux fois, que docteur, c’est comme si le ciseau si est trop en bas, on dirait que vous avez pris la chair en dehors de la peau. Le docteur dit qu’il n’aime pas d’abord quand la famille entre, que on veut lui apprendre son travail », rapporte-t-elle. Malgré ces remarques, l’intervention se poursuit, selon son récit. Quelques instants plus tard, l’enfant pousse un cri et commence à saigner abondamment : « Quand il coupe, mon fils a poussé un cri de douleur. Je me tourne, je vois le sang jaillir de partout. Je demande au médecin que pourquoi le sang qui sort comme ça ? On a circoncis tous mes neveux devant moi. Je n’ai jamais vu le genre de sang qui sort seulement comme ça. C’est comment ? Il me dit que non, la lame a un peu blessé », raconte la mère. La famille reste néanmoins sur place alors que l’enfant continue de pleurer et de saigner. La situation se complique. La mère affirme que son fils présente des difficultés à uriner et que du sang apparaît dans ses urines. Le médecin en chef de cet hôpital s’y est rendue et a fait la confirmation : « Le sexe avait été effectivement coupé. Elle nous a d’ailleurs expliqué que si elle avait été là, elle aurait gardé le bout du sexe de l’enfant dans la glace pour qu’il soit greffé plus tard », confie-t-elle. Cette même soirée autour de 22 à 23h, la famille s’est rendue ailleurs, à l’hôpital Gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé. « Dès que j’ai amené l’enfant, on l’amène directement au bloc opératoire. Après, le chirurgien confirme une fois de plus que le praticien a sectionné partiellement le gland de l’enfant. L’enfant ne pouvait plus pisser. Le bas ventre est devenu dur comme le caillou et gonflé. On a mis la sonde à mon enfant à cause de cet homme », relate la maman. Ces éléments restent toutefois, à ce stade, des déclarations rapportées par la mère. Ils devront être confrontés au dossier médical de l’enfant, aux comptes rendus opératoires et aux conclusions d’une expertise indépendante.
Une plainte pour négligence médicale
Le 4 août 2026, la mère saisit le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Ekounou. Dans cette plainte, elle met en cause le Docteur Bea Gérald, qu’elle présente comme le praticien ayant réalisé la circoncision. Elle réclame notamment une indemnisation de 15 millions de FCFA et demande qu’une enquête soit ouverte afin que les responsabilités soient établies. La famille affirme également disposer de photographies, de vidéos et de rapports médicaux provenant d’autres établissements. L’affaire prend alors une dimension judiciaire.
La version des faits de la clinique « La main du Secours »
Dans un communiqué publié le 6 août 2026, le Centre médical « La Main du Secours » donne sa version des faits. Selon la structure, l’enfant a bien été admis le
3 août pour une circoncision. Mais contrairement au récit familial qui met en cause un médecin, le centre affirme que l’acte a été réalisé par un infirmier qualifié, diplômé d’une école reconnue et disposant de plus de dix ans d’expérience dans la pratique de la circoncision. Le centre reconnaît toutefois qu’un incident est survenu pendant l’intervention. Selon son communiqué, l’enfant aurait présenté une « agitation importante » malgré les mesures d’encadrement mises en place. Cette agitation aurait occasionné une lésion partielle localisée au niveau du gland. L’acte aurait alors été immédiatement interrompu et des soins auraient été prodigués pour maîtriser le saignement et stabiliser l’enfant. La direction affirme avoir proposé de prendre en charge les soins nécessaires, notamment les examens complémentaires, les traitements et le suivi post-opératoire. Mais, selon la structure, la famille a choisi de transférer l’enfant dans une autre formation sanitaire de son propre chef. Le centre dit ainsi ne pas avoir pu assurer le suivi clinique de l’enfant ni obtenir de retour médical officiel sur son évolution. 15 millions de FCFA et une expertise indépendante. Dans son communiqué, la structure affirme que, lors des échanges avec les services compétents, la famille a formulé une demande de règlement à l’amiable de 15 millions de FCFA. Le centre indique avoir maintenu sa proposition de prise en charge totale et sans condition des soins de l’enfant, tout en demandant qu’une expertise médicale indépendante soit réalisée afin de déterminer objectivement les conséquences de l’incident. Sur un autre point, la structure affirme que des spécialistes en urologie auraient attesté que l’enfant ne perdrait pas sa capacité de procréation. Le 5 août, selon le communiqué, les forces de l’ordre se sont présentées dans l’établissement afin de remettre une convocation à l’infirmier ayant réalisé l’acte. Le centre affirme que celui-ci s’est présenté devant les autorités dans les délais requis. De son côté, la direction assure vouloir collaborer avec les autorités administratives, sanitaires et judiciaires. À ce stade, aucune conclusion définitive sur une éventuelle faute ou négligence médicale ne peut être tirée. L’enquête, les dossiers médicaux et l’expertise indépendante devront permettre de départager les différentes versions.
Derrière la plainte et la bataille de versions, demeure surtout le cas d’un enfant de quatre ans blessé au cours d’une intervention censée être courante. Pour sa famille, l’urgence est désormais d’obtenir justice et de connaître l’étendue réelle des séquelles. Pour l’établissement, il s’agit de faire établir les faits sur la base d’éléments médicaux vérifiés. La suite de la procédure devra donc permettre de déterminer ce qui s’est réellement passé dans cette salle d’intervention.
Marie Chantale FAIDA









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