Quelques jours après la clôture de la formation nationale sur l’inclusion du handicap dans le secteur WASH, qui s’est tenue du 18 au 20 août dernier à Yaoundé, l’attention se focalise sur un défi humanitaire majeur abordé lors des échanges qui est la prise en charge de l’hygiène menstruelle dans les contextes d’urgence.
Dans une situation d’urgence, avoir ses règles ne disparaît pas avec une crise. Mais pour une femme ou une adolescente vivant avec un handicap, gérer son hygiène menstruelle peut devenir encore plus compliqué. Entre l’éloignement des points de distribution, les difficultés de déplacement, les toilettes non adaptées et le manque de produits appropriés, l’urgence humanitaire peut rapidement transformer un besoin ordinaire en véritable épreuve. Au Cameroun, alors que les crises humanitaires se prolongent dans plusieurs régions et que les catastrophes climatiques déplacent régulièrement des populations, les acteurs du secteur d’urgence Safe drinking-Water, sanitation and hygiene (WASH) cherchent à mieux intégrer ces besoins spécifiques. La question a été au cœur de la formation nationale sur l’inclusion du handicap dans le secteur WASH, organisée conjointement avec la Christian Blind Mission, le ministère de l’Eau et de l’Énergie et l’Ambassade d’Allemagne.
Le kit de dignité, bien plus qu’un paquet de produits
Pour Idriss KOUOTOU, spécialiste WASH, les réponses humanitaires doivent notamment prendre en compte les besoins spécifiques des personnes handicapées. Dans les situations de crise, les kits spéciaux appelés « kits dignité » constituent l’un des moyens de répondre aux besoins essentiels des femmes et des filles. Leur contenu comprend du savon, des serviettes hygiéniques, des sous-vêtements, un seau et d’autres articles d’hygiène. Pour une personne utilisant un fauteuil roulant, ayant des difficultés importantes à marcher ou nécessitant l’assistance d’un proche, l’UNICEF recommande, dans ses orientations sur le WASH inclusif en contexte humanitaire, d’identifier les ménages comprenant des personnes handicapées et, lorsque celles-ci ne peuvent pas se déplacer, d’organiser la livraison directement à leur domicile. L’organisation recommande également d’adapter les articles aux besoins particuliers des bénéficiaires.
Derrière une serviette hygiénique, il y a aussi l’accès à l’eau. Gérer les menstruations ne consiste pas uniquement à recevoir une serviette hygiénique. Il faut pouvoir se laver. Il faut disposer d’eau. Il faut avoir un espace suffisamment intime pour se changer. Il faut pouvoir nettoyer ou jeter les protections utilisées dans de bonnes conditions. Pour une personne handicapée, chacun de ces gestes peut nécessiter un aménagement supplémentaire. Une toilette trop étroite pour un fauteuil roulant, une porte difficile à ouvrir, une absence de rampe, un point d’eau placé trop haut ou situé à plusieurs dizaines de mètres peuvent transformer une installation théoriquement disponible en installation pratiquement inutilisable. Les travaux consacrés à l’hygiène menstruelle et au handicap en contexte humanitaire soulignent justement que les infrastructures WASH sont souvent insuffisamment
accessibles. Ils recommandent notamment de consulter les personnes handicapées elles-mêmes pour déterminer les aménagements et produits réellement adaptés à leurs besoins.
Au Cameroun, les réponses WASH intègrent progressivement l’hygiène menstruelle dans les situations de crise. Dans l’Extrême-Nord, après les inondations de 2022, le Fonds des Nations unies pour la population, l’UNFPA a distribué, entre novembre 2022 et mars 2023, 2 000 kits de dignité à des femmes, jeunes filles et nouvelles mères dans plusieurs localités, dont Kousséri, Goulfey, Logone-Birni, Makary, Guéré, Maga, Vélé et Yagoua. Le dispositif s’est poursuivi : le 9 octobre 2024, de nouvelles distributions de kits de dignité et d’hygiène menstruelle ont été signalées au profit de femmes et filles victimes des inondations dans l’Extrême-Nord. En 2025, toujours dans cette région, 200 femmes et filles ont reçu des kits de dignité pour leur hygiène menstruelle, dans une intervention comprenant également la réhabilitation de points d’eau, la construction de latrines et la sensibilisation à l’hygiène. En 2026, l’approche se poursuit dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest : l’UNICEF et son partenaire Royalty World ont fourni des kits d’hygiène menstruelle à plus de 5 000 filles et jeunes femmes vulnérables, tout en intégrant explicitement les filles handicapées dans le dispositif.
En plaçant la voix des personnes handicapées au centre des décisions, le secteur WASH camerounais s’assure que l’aide humanitaire n’oublie personne et devienne véritablement accessible à tous.
Marie Chantale FAIDA









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