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Industrie pharmaceutique : le Cameroun revendique un cap à Addis-Abeba

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En marge de la 76ème Session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, le Cameroun a présenté son bilan pharmaceutique devant les ministres de la Santé du continent, ce 24 août 2026 en Ethiopie. Une progression réelle, mais encore loin de couvrir les besoins du pays.

C’est sur instruction du Chef de l’État que le ministre de la Santé publique, Dr Manaouda Malachie, a représenté le Cameroun à la première session du Dialogue Ministériel de Haut Niveau, tenue en marge de la 76ème Session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique. Les échanges portaient sur deux chantiers jugés stratégiques pour la Couverture Santé Universelle : la fabrication locale de produits médicaux et le renforcement de la régulation pharmaceutique.
Ouvrant son intervention, le ministre a d’emblée situé l’ambition du pays : le développement d’une industrie pharmaceutique locale compétitive et intégrée à l’économie nationale constitue, selon lui, un objectif majeur du gouvernement à l’horizon 2030.

Une croissance réelle, mais insuffisante

Les chiffres avancés par le Dr Manaouda Malachie témoignent d’une dynamique : le pays est passé de 7 à 19 unités de production locales depuis 2020, pour 239 références homologuées, dont 20 médicaments traditionnels améliorés. Mais le ministre a lui-même tempéré ce bilan : ces références ne représentent qu’environ 15 % de la liste nationale des médicaments essentiels et couvrent moins de 5 % des besoins du pays. Il a par ailleurs précisé que la hausse du nombre d’unités n’avait pas encore entraîné de montée proportionnelle des capacités de production, la plupart des sites étant toujours en phase d’installation. Les vaccins et certains anticancéreux, produits à haute technicité, restent quant à eux entièrement importés.

Des freins identifiés, des mesures déjà engagées

Devant ses homologues africains, le ministre a listé sans détour les obstacles qui pèsent sur le secteur : financement, difficultés énergétiques, approvisionnement en matières premières et concurrence des produits importés. Pour y répondre, le gouvernement a mis en place plusieurs instruments : exonération des droits et taxes sur les intrants et équipements, contingentement partiel des importations, et un mécanisme d’« import-substitution » destiné à donner la préférence aux produits fabriqués localement, sous conditions de qualité.
La commande publique est présentée comme un autre levier de consolidation : centrale d’approvisionnement et programmes de santé sont désormais mobilisés pour offrir aux producteurs locaux davantage de visibilité et de viabilité industrielle.

Vers une stratégie nationale et une nouvelle agence

Le Cameroun peaufine actuellement sa stratégie nationale de développement de l’industrie pharmaceutique, tout en explorant plusieurs pistes : partenariats public-privé ou création d’entreprises pharmaceutiques à capitaux publics. Un comité mis en place par le Premier ministre planche déjà sur ces questions, avec un double objectif affiché par le ministre : une souveraineté sanitaire accessible financièrement et des prix du médicament stabilisé.
Sur le terrain réglementaire, le pays veut également passer un cap. Le ministre a indiqué que l’Autorité nationale de régulation se situait actuellement à un niveau de maturité 1, et a confirmé qu’une étude de faisabilité était en cours pour la création d’une Agence camerounaise du médicament.

Une ambition régionale assumée

Au-delà du cas camerounais, le Dr Manaouda Malachie a plaidé pour une coordination renforcée entre pays africains, condition selon lui indispensable à l’émergence d’une industrie pharmaceutique continentale capable de répondre aux besoins des populations et de porter la souveraineté sanitaire de l’Afrique.

Reaction

« Nous sommes encore à une souveraineté pharmaceutique d’environ 4 à 5%. »

Dr Manaouda Malachie, Ministre de la Santé publique

« Nous sommes en ce moment à Addis-Abeba sur l’autorisation de monsieur le président de la république, son excellence Paul Biya pour prendre part au comité régional de l’OMS, la 79e session et en prélude donc à cette session nous avons ce dialogue ministériel qui a réuni l’ensemble des chefs de département en charge de la santé sur des questions de financement de l’industrialisation de notre pays et le Cameroun a apporté son expérience en donnant les mesures qui permettent de favoriser cette industrialisation sur le plan pharmaceutique. Nous avons parlé des exonérations qu’il y a, nous avons parlé de ceux qui sont déjà en train de s’installer et évidemment nous avons également parlé des facilités sur le plan administratif, sur le plan réglementaire. Le Cameroun est également en train de mettre en place son agence camerounaise de médicaments qui devrait pouvoir s’assurer des standards et de la qualité de ce qui va être consommé et donc nous pensons que nous avons déjà maturé le niveau 1 de l’ensemble de la réglementation, nous sommes en train de passer au niveau 2 avec la mise en place de la main et nous ouvrons la possibilité aux uns aux autres de venir pouvoir s’installer au Cameroun dans le cadre de l’import substitution décidée par M. le Président de la République, son excellence Paul Biya.
Nous continuons de procéder à la régulation du secteur, au renforcement de la réglementation dans le secteur en vue d’offrir aux Camerounais les meilleurs produits qu’ils soient dans les meilleures conditions et à des meilleurs prix. Voilà à peu près ce que nous avons pu donner comme expérience du Cameroun. Nous sommes encore à une souveraineté pharmaceutique d’environ 4 à 5%.
Nous pensons que d’ici 2030, au regard de la place qui a été accordée au secteur de la santé dans la SND30, nous pensons qu’on devrait pouvoir avancer avec cela. »
Propos traités par Audray Ndengue

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MIREILLE SIAPJE

Rédacteur en Chef

Journaliste multimédia, rédactrice en chef du groupe de presse Échos Santé. Spécialisée en santé publique, droits humains et environnement. S’exprime en français et en anglais. Lauréate du Prix Médiation Press Trophies 2014 et du Prix Michel Sidibé 2024.

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