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Journée de l’enfant africain 2026 : À peine 43 % de la population camerounaise dispose d’installations sanitaires de base

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Au Cameroun, 17 % des filles manquent régulièrement l’école en raison de l’insuffisance des dispositifs de gestion de l’hygiène menstruelle, tandis que les maladies diarrhéiques causent plus de 7 000 décès par an, soit 16 % de la mortalité des enfants de moins de cinq ans. De plus, les obstacles infrastructurels privent près de 200 000 enfants vivant avec un handicap d’accès aux services EAH (WASH).

La célébration de la Journée de l’Enfant Africain ce 16 juin 2026, sous le thème : « Garantir l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène pour chaque enfant en Afrique »

Dans les quartiers périphériques de Yaoundé, des enfants se lèvent avant l’aube pour parcourir des kilomètres à la recherche d’eau potable. À l’Est, dans les campements de Motcheboum, la brume matinale enveloppe les cases d’un silence de cathédrale, parfois brisé par la toux d’un enfant fiévreux. À l’Ouest, dans la Mifi, des mères déplacées internes scrutent l’horizon, guettant le passage d’une silhouette familière qui pourrait leur apporter de l’eau. Ce 16 juin 2026, le Cameroun célèbre la Journée de l’enfant africain, instituée en hommage au soulèvement étudiant de Soweto en 1976 où le jeune Hector Pieterson, âgé de 12 ans, devint le symbole mondial de la lutte contre l’imposition de l’afrikaans. Près d’un demi-siècle plus tard, le combat a changé de visage, mais l’urgence reste la même. Sous le thème « Garantir l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène pour chaque enfant en Afrique », la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), créée par la loi du 19 juillet 2019, a rendu publique une déclaration qui dresse un état des lieux sans complaisance d’un pays où les droits des enfants sont bafoués à la fois par l’absence d’infrastructures et par une violence criminelle qui ne cesse de s’aggraver.

La convergence des crises est frappante. La CDHC rappelle que le préambule de la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 énonce, en son 21e tiret, que « toute personne a droit à un environnement sain », consacrant ainsi l’assainissement comme une composante essentielle du droit constitutionnel. Pourtant, la réalité est tout autre. Selon les données relayées par la Commission, le taux d’accès à l’eau potable demeure limité à environ 70 % de la population, avec des disparités

marquées entre les zones urbaines (82 %) et les zones rurales (52 %). Seuls 43 % de la population dispose d’installations sanitaires de base, avec un écart abyssal entre les milieux urbains (58 %) et ruraux (22 %). Derrière chaque pourcentage, il y a un enfant qui passe des heures à chercher de l’eau, une jeune fille qui renonce à l’école faute de toilettes décentes, une famille qui boit une eau contaminée. Les femmes et les filles passent souvent plus de 30 minutes par jour à chercher de l’eau, sacrifiant leur éducation et leur santé. Au Cameroun, 17 % des filles manquent régulièrement l’école en raison de l’insuffisance des dispositifs de gestion de l’hygiène menstruelle, tandis que les maladies diarrhéiques causent plus de 7 000 décès par an, soit 16 % de la mortalité des enfants de moins de cinq ans. De plus, les obstacles infrastructurels privent près de 200 000 enfants vivant avec un handicap d’accès aux services EAH (WASH).

La CDHC observe que les changements climatiques aggravent cette vulnérabilité hydrique par la dégradation des infrastructures et la contamination des nappes. De surcroît, les incursions de Boko Haram dans le Septentrion et la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest accentuent ces disparités, provoquant d’importants mouvements de déplacés internes et un afflux continu de réfugiés du Nigéria et de la République centrafricaine.

Certes, la Commission salue les efforts des pouvoirs publics, notamment la Politique nationale de l’eau adoptée en 2019 et lancée le 11 avril 2025 à Yaoundé sous l’égide du ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) avec l’appui de l’UNICEF. Elle se félicite aussi de la table ronde stratégique du Compact national Eau (2026-2030) tenue en avril 2026 avec l’appui de la Banque mondiale, de l’UE et de la SFI, ainsi que des projets de la CAMWATER et de la CGCOC Group pour réhabiliter les réseaux de 10 villes. La CDHC met en avant les interventions de terrain, à l’instar du projet triennal KOICA-UNICEF à l’Est, du voyage de presse du 28 mai 2026 à Bertoua pour la petite enfance, et de l’accord-cadre signé le 17 avril 2026 à Maseru (Lesotho) avec le Comité africain d’experts pour renforcer la redevabilité.

Mais la déclaration aborde un autre fléau tout aussi meurtrier : la recrudescence préoccupante des infanticides, des filicides, des mutilations génitales féminines et des drames intrafamiliaux. La Commission s’inquiète de cette inversion du rôle de la famille, qui devrait être le premier espace d’affection. Face à cette barbarie, la CDHC salue la conférence de presse conjointe du 1er juin 2026 à Yaoundé, co-animée par les ministres René Emmanuel Sadi (Communication), Marie-Thérèse Abena Ondoa (MINPROFF) et Pauline Irène Nguéné (Affaires sociales), annonçant une riposte étatique coordonnée. Cette urgence avait également réuni la

CDHC et le MINPROFF le 10 avril 2026 pour vulgariser les lignes vertes 1523 et 116. En outre, lors de l’Examen périodique universel de l’ONU le 26 mars 2024, le Cameroun a accepté 220 recommandations, dont trois exigent d’accélérer l’adoption du Code de protection de l’enfant et de mener de vastes campagnes de sensibilisation sanitaire.

Pour la CDHC, l’heure n’est plus aux discours. Elle recommande formellement au Gouvernement, au Parlement et au Pouvoir judiciaire d’appliquer une politique de tolérance zéro absolue à travers des poursuites accélérées et des sanctions pénales exemplaires contre les auteurs de crimes. Spécifiquement, elle demande au MINEE de renforcer les infrastructures hydrauliques communautaires ; au MINEDUB et au MINESEC d’accélérer la construction de latrines modernes inclusives et séparées ; au MINSANTÉ d’intensifier les campagnes sur l’hygiène et le lavage des mains ; et au MINAS de veiller à l’aménagement d’infrastructures adaptées aux enfants en situation de handicap. Elle invite le MINDDEVEL, les collectivités territoriales et les OSC à intensifier l’éducation citoyenne pour la préservation des ouvrages.

La Commission réaffirme son engagement à mener des enquêtes, des missions d’investigation et à traiter les requêtes via son numéro vert gratuit, le 1523. La Journée de l’enfant africain 2026 est un rappel brutal des inégalités. Pour l’enfant de Doumaintang à l’Est qui marche des kilomètres, pour la jeune déplacée de Maroua privée d’intimité, le combat pour l’eau et la protection est un combat pour la survie. Aujourd’hui, les enfants du Cameroun demandent de l’eau, des toilettes, du savon et la sécurité pour une vie digne.

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Elvis Serge NSAA DJOUFFO TALLA est un journaliste camerounais spécialisé en santé et enquêtes de terrain, actuellement rédacteur en chef adjoint au groupe Echos-Santé. Lauréat de plusieurs prix nationaux pour ses reportages sur la tuberculose et le VIH, il allie rigueur factuelle et engagement pour les droits humains, notamment à travers des enquêtes sur l’accaparement des terres, la mortalité minière ou l’accès aux soins. Sa démarche s’appuie sur une expertise vérifiée, renforcée par une formation en vérification des faits et un engagement continu pour un journalisme porteur de changement social.

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