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La circoncision : Entre tradition et santé dans l’Adamaoua

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La circoncision dans cette partie du pays fait partie des us et coutumes de plusieurs communautés. En tant que rite de passage de l’enfance à l’âge adulte, elle revêt tout un symbole.

Dans la région de l’Adamaoua, la circoncision n’est pas qu’un simple rite de passage, elle est aussi perçue comme un gage de propreté. Pratiquée depuis des générations, cette coutume occupe une place importante dans les communautés locales, où elle est souvent célébrée collectivement chez les Dii et les Mboum. Au-delà de son ancrage culturel, les professionnels de la santé y voient désormais une pratique aux nombreux bénéfices médicaux. La circoncision consiste à retirer le prépuce, le repli de peau recouvrant l’extrémité du pénis. Selon plusieurs études médicales, cette intervention réduit le risque d’infections urinaires et de cancers du pénis. Pour Nke Elvis, infirmier diplômé d’État, la circoncision favorise une meilleure hygiène intime. « Chez l’homme circoncis, les risques d’accumulation de sécrétions favorisant les infections sont limités », souligne-t-il.

Dans plusieurs villages, les campagnes de circoncision collective se déroulent sous la supervision du personnel de santé et des chefs traditionnels. C’est le cas en ce moment au Centre de santé La Distinction. Situé à Mbideng dans le 1er arrondissement, cette formation sanitaire organise depuis quelques jours une campagne de circoncision destinée aussi bien aux jeunes enfants qu’aux adultes. Depuis le début de cette opération, une trentaine de jeunes garçons et d’adultes ont bénéficié de ces interventions. Selon Belmondo, membre du personnel du Centre de santé La Distinction, si les jeunes enfants se font circoncire en journée, les adultes, quant à eux, le font plutôt de nuit. Les candidats à la circoncision s’acquittent d’une modique somme et bénéficient des séances de pansement gratuitement.

Les personnels de santé soulignent l’importance de cette pratique. Au-delà du symbole de maturité qu’elle confère, la circoncision, lorsqu’elle est réalisée dans un cadre clinique, participe à renforcer la prévention des infections et à promouvoir la santé reproductive masculine.

Dans l’Adamaoua, cette convergence entre coutume et science illustre comment la tradition, loin de se limiter à son aspect symbolique, peut devenir une véritable alliée de la santé publique.

Interview

« Circoncision : entre exigence sanitaire et ancrage culturel »

Docteur Hugues Noah Ngah, ethno-anthropologue

À la croisée de la médecine et des rites de passage, la circoncision oscille entre pratiques traditionnelles et normes hospitalières. L’anthropologue Noah N. Hugues, décrypte cette dualité socioculturelle tout en rappelant les impératifs de sécurité sanitaire face aux idées reçues sur le VIH.

Que représente la circoncision sur le plan socio-culturel en fonction des aires culturelles ? Est-ce un acte médical ou culturel ?

La circoncision est conjointement, en fonction des cultures qui la pratiquent, un acte médico-culturel. Pourquoi ? D’une part, sur le plan médical, cet acte consiste en l’ablation du prépuce. Il est soit réalisé par des professionnels de santé dans un cadre conventionnel, soit pratiqué de manière traditionnelle — dite « à l’indigène » — par des personnes sans qualification médicale formelle, s’appuyant sur des savoirs acquis par habitude. Dans ce cadre traditionnel, l’intervention est souvent effectuée sans anesthésie ni plateau technique adéquat, bien que ces praticiens disposent de leurs propres méthodes de stérilisation. La douleur pour l’enfant ou le jeune adulte s’avère alors particulièrement intense. De plus, la circoncision traditionnelle n’a pas d’âge fixe, contrairement à la médecine conventionnelle qui la préconise généralement entre 2 et 5 ans, même si l’on observe des interventions précoces avant l’âge de 2 ans dans certaines sociétés, y compris occidentales.

D’autre part, la circoncision revêt une dimension éminemment culturelle, constituant une norme sociale et l’un des grands rites de passage dans la vie d’un homme. Dans de nombreuses traditions, l’absence de circoncision est socialement inconcevable. Ce rituel est donc célébré de multiples manières à travers les cultures africaines. Dans certaines communautés de la région du Centre, par exemple, l’intervention est suivie du sacrifice d’un coq pour symboliser l’accession à la masculinité. Cet animal est sacrifié pour sceller le rite, puis cuisiné et consommé par le jeune garçon dans le respect d’un code éthique culinaire précis : les morceaux nobles comme le gésier, le cou et les pattes sont réservés à des personnes désignées, tandis que les autres parties lui reviennent. Des cérémonies similaires, accompagnées de mets symboliques, se retrouvent dans d’autres aires culturelles du pays.

Cependant, toutes les cultures ne pratiquent pas la circoncision, que ce soit pour des raisons religieuses ou coutumières. Cela n’enlève en rien leur pleine condition d’hommes par rapport à ceux qui perpétuent cette tradition. C’est précisément cette dualité qui justifie la qualification d’acte médico-culturel.

Une certaine conception estime que la circoncision permet de prévenir certaines infections sexuellement transmissibles comme le VIH. Que dit la science ?

Nous devrions faire preuve de grande prudence face à de telles idées reçues. La circoncision ne protège en rien contre l’infection par le VIH si le matériel utilisé est contaminé, quel que soit le praticien. À notre époque, les interventions se déroulent presque exclusivement en milieu hospitalier, contrairement aux pratiques traditionnelles à domicile ou aux déplacements de praticiens informels. Le risque d’exposition au virus reste inéluctable en l’absence d’une stérilisation rigoureuse du matériel, qu’il s’agisse d’un acte réalisé par un chirurgien ou de manière traditionnelle. Sauf cas rarissime de résistance naturelle au VIH, l’utilisation d’instruments souillés expose directement l’enfant au danger.

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Jean Besane Mangam qui cumule plus de 5 ans d’expérience. Titulaire d’un Master en Histoire et d’un certificat en documentation et archivistique, et correspondant de Echos Santé dans l’Adamaoua depuis 2020. Il a à son actif plusieurs certifiants en journalisme et le fact-checking dont Africa Fact Checking fellowship, Desinfox Afrique Cameroun, Code for Africa et Internews (vaccins et grands singes). Boursier de la Thomson Reuters Foundation / Fonds Mondial, Dakar 2024 mais aussi lauréat de plusieurs prix, Banque Mondiale en 2018, CDC/ Épicentre/CCOUSP en 2021 et Victoria International Media Merit Award en 2022.

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