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« Le stress chronique des médecins : un fléau vicieux et silencieux dans les hôpitaux publics »

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Le Dr Dorothée MAA, Médecin Bucco-Dentiste et Auteure de l’ouvrage “Stress des médecins dans les hôpitaux publics : facteurs de risques et compétences professionnelles”, nous livre son expertise sur les causes et les conséquences du stress chronique chez les personnels soignants. Dans cet entretien, elle nous parle de son étude menée au Cameroun et des facteurs de risques qui contribuent au stress chronique des médecins, ainsi que des conséquences sur les compétences professionnelles médicales.

Pouvez-vous vous présenter?

D’accord, je suis le Docteur Dorothée MAA, Médecin Bucco-Dentiste depuis une dizaine d’années. J’ai exercé dans plusieurs hôpitaux du pays et je suis également titulaire d’un Master en Management des Organisations Publiques depuis quelques années. Actuellement, je travaille au niveau de la Direction de la Promotion de la Santé au Ministère de la Santé publique.

Vous avez déjà publié combien d’ouvrages?

Alors, à ce jour, j’ai publié un livre, un livret et un bloc-notes. Cela fait trois productions scripturales au total.

Parlez-nous de la publication de votre ouvrage sur : « Stress des médecins dans les hôpitaux publics : facteurs de risques et compétences professionnelles – Une étude menée au Cameroun » ?

D’accord, le livre porte sur le stress, notamment le stress chronique des médecins en milieu hospitalier public au Cameroun. J’ai mené une étude en fin 2021, à l’origine dans un cadre académique, qui visait à déterminer les facteurs de risques psychosociaux du stress chronique des médecins dans les hôpitaux publics au Cameroun, d’une part. Et d’autre part, les compétences (qu’elles soient techniques ou non techniques) qui peuvent être influencées négativement par ce stress chronique en milieu hospitalier. Et suite à des discussions avec plusieurs collègues qui étaient intéressés par cette étude, j’ai décidé de le publier sous forme d’ouvrage, en y ajoutant en plus de l’étude elle-même, quelques réflexions personnelles sur la santé mentale et le bien-être. Ceci afin de pouvoir vulgariser ce travail, que ce soit au niveau des personnels soignants, des managers d’hôpitaux publics, des décideurs et même de tous les travailleurs de façon globale, car on se rend compte que le stress chronique est un fléau insidieux qui sévit dans nos organisations. C’est donc ce qui a motivé la publication de cet ouvrage en 2024.

D’après vous, quels sont les facteurs de risques psychosociaux du stress chez les professionnels de la santé ?

Déjà, il y en a plusieurs, mais l’étude nous a permis de relever par exemple que parmi les principaux facteurs de risques, on trouve le déséquilibre entre les efforts fournis et les récompenses reçues. En effet, plus de 70 % des médecins interrogés ont estimé qu’ils fournissent plus d’efforts que les récompenses qui leur sont accordées, qu’il s’agisse de récompenses pécuniaires ou de reconnaissance de la part de leur hiérarchie. Il y a également la forte demande psychologique, car beaucoup d’entre eux ont fait mention de ce qu’il y a une très grande demande physique et émotionnelle dans le cadre de leur travail au quotidien. Il y a également le faible soutien social des collègues et de la hiérarchie. C’est un aspect qui a attiré notre attention dans cette étude, car plus de 3/4 de médecins enquêtés se plaignent qu’en milieu hospitalier, il n’y a pas toujours cette solidarité humaine véritable qu’on voudrait pour pouvoir avoir un travail d’équipe optimal.

En outre, il y a d’autres facteurs, tels que l’exposition continuelle à la souffrance et à la mort. Très souvent lorsque le patient arrive, que ce soit pour un cas urgent ou pas, il a besoin de soins, c’est-à-dire qu’il vient d’office avec un besoin qu’il faut combler, avec un problème qu’il faut résoudre… Donc, peu importe que le médecin soit en santé ou non, qu’il ait reçu son salaire ou non, que sa situation familiale soit optimale ou non, on attend de lui qu’il soit toujours au meilleur de sa forme pour pouvoir prodiguer des soins efficaces. Sauf qu’on oublie assez souvent que les professionnels soignants sont aussi des Humains qui, eux-mêmes, ont besoin que l’on prenne soin d’eux. C’est un peu ce que nous pouvons relever globalement dans cette étude en termes de déterminants psychosociaux du stress chronique dans nos hôpitaux.

Est-ce qu’on peut avoir quelques anecdotes sur le stress de ces professionnels de santé ?

Effectivement, c’est un gros souci que l’on rencontre dans notre contexte. Moi-même, je me souviens que mon premier poste de travail était dans un hôpital de la Région de l’Extrême-Nord, lorsque je finissais à peine mon cursus de formation à la Faculté de Médecine. Et à cette époque, j’ai travaillé pendant environ deux ans avant de commencer à percevoir effectivement mon premier salaire. Donc ce n’était pas évident, car je n’avais pas la possibilité de me déplacer régulièrement pour aller à Yaoundé pour suivre mon dossier d’intégration, surtout qu’à cette époque-là l’administration n’était pas encore véritablement digitalisée. En même temps, on attendait de moi que je sois entièrement engagée et motivée en milieu hospitalier et je l’étais, par passion pour mon métier, même si le quotidien n’était pas facile.

Parallèlement les médecins ne perçoivent pas les mêmes quotes-parts dans les différents hôpitaux et cela peut créer un sentiment d’injustice surtout pour ceux qui travaillent en milieu rural et qui se sentent submergés de travail. Et parmi les médecins que nous avons interrogés, ceux qui travaillent dans des zones rurales ressentent beaucoup plus le déséquilibre entre les efforts fournis et les récompenses reçues, par rapport à ceux qui travaillent dans des zones urbaines. Notamment parce qu’en zone urbaine, les médecins ont souvent plus de facilités pour se débrouiller, car ils peuvent avoir de la famille sur place pour les loger pendant un moment par exemple, comparativement à des zones où vous ne connaissez personne et où vous devez vous assumer à 100%. Et même la famille attend de vous que vous puissiez leur envoyer de l’argent chaque fin du mois, car vous êtes un médecin et dans l’imaginaire populaire le médecin a forcément assez d’argent et ne souffre pas.

On sait que, dans la société, le médecin est vu comme quelqu’un qui a une certaine position sociale élevée, qui a de l’argent… Donc, on ne veut pas savoir si vous avez déjà fait des années sans salaire et les personnes dont vous avez la charge attendent que vous leur donniez régulièrement et facilement de l’argent. Pourtant ce n’est pas toujours évident sur le terrain, avec les lenteurs administratives pour arriver à percevoir son salaire, bien que petit à petit, avec les années, les choses s’améliorent. Mais il y a encore beaucoup à faire pour que les médecins en particulier et les personnels soignants en général (car il n’y a pas que les médecins qui sont en un état de mal-être) se sentent vraiment plus valorisés, que ce soit par leur hiérarchie, par les patients et par les populations de façon globale.

Votre ouvrage a été publié en quelle année?

Il a été publié en 2024 aux éditions Afribook.

 Il compte combien de pages?

Il compte 140 pages.

Combien de chapitres?

Il compte 4 chapitres.

Est-ce que vous pouvez nous parler de la réalité de chaque chapitre?

Le premier chapitre est axé sur l’approche conceptuelle du stress en milieu organisationnel. C’est donc un chapitre théorique, où nous avons défini des concepts clés relatifs au stress organisationnel, tout en présentant les modèles théoriques que nous avons mobilisés pour étudier les facteurs de risques du stress en milieu de travail.

Le deuxième chapitre décrit la méthodologie de la recherche que nous avons menée. Nous avons effectué une recherche quantitative basée sur une approche hypothético-déductive, afin de mieux connaître les déterminants du stress au travail des médecins exerçant dans les formations sanitaires publiques et recenser les effets dudit stress sur leurs compétences professionnelles.

Le troisième chapitre porte sur le diagnostic des déterminants du stress dans les hôpitaux publics. En plus de caractériser les hôpitaux publics dans notre contexte, nous avons effectué une analyse des forces, des faiblesses, des opportunités et des menaces du système de santé. Nous avons cherché à identifier des éléments qui pourraient contribuer à favoriser ou à limiter le stress chronique dans nos hôpitaux publics.

Le quatrième chapitre présente les résultats des travaux de recherche avec une analyse détaillée et des propositions de solutions à différents niveaux.

Quels sont les éléments du système qui permettent de susciter la survenue du stress chronique ou qui sont des facteurs protecteurs qui permettent de prévenir et de lutter contre ce stress chronique?

A titre d’exemple, l’incertitude relative aux perspectives de promotion des personnels médicaux peut contribuer à accentuer le stress des médecins au cours de leur carrière professionnelle.

Tandis que la catégorisation des hôpitaux publics et leur classement dans la pyramide sanitaire nationale, avec des objectifs spécifiques y afférents, permettent d’avoir des éléments de clarté fixant la raison d’être inhérente à chaque catégorie hospitalière et sont susceptibles de contribuer ainsi à limiter le stress des professionnels médicaux.

Quelle est votre appréciation personnelle de ce travail?

Alors, ce travail m’a confortée dans l’idée que le stress chronique est un véritable fléau silencieux dans nos hôpitaux avec des conséquences lourdes. Silencieux, pourquoi ? Parce que même certains praticiens ne se rendent pas souvent compte qu’ils sont dans un état de stress chronique ou en plein surmenage par exemple. Eux-mêmes parfois ne sont pas forcément sensibilisés à cela. Nous pensons donc que nous pouvons contribuer à renforcer la promotion de la santé mentale au Cameroun et plus spécifiquement la promotion la santé mentale en milieu de travail car cette question mérite qu’on lui accorde beaucoup plus d’attention et d’importance.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées pendant le déroulement de votre étude?

La principale difficulté était qu’à ce moment-là, en raison de certaines restrictions dues à la COVID-19, nous n’avons pas pu effectuer des descentes sur le terrain comme nous l’aurions voulu, afin d’interroger plus de personnes. C’est vraiment la principale difficulté que nous avons rencontrée et qui a un peu limité l’échantillon.

En effet, il y avait des personnes qui avaient du mal à avoir une bonne connexion Internet pour pouvoir répondre entièrement au questionnaire en ligne car le questionnaire était numérique. Nous aurions donc voulu effectuer des descentes avec des questionnaires physiques pour avoir plus de répondants.

En dehors de cela, il y a également des personnes qui n’étaient pas habituées aux questionnaires numériques, qui étaient plus familières au questionnaire papier et qui auraient préféré être enquêtées en personne.

Quelles sont les conséquences à court terme et à long terme du stress chronique?

Les conséquences peuvent être classées en plusieurs catégories. On peut avoir par exemple des conséquences sur la santé physique, telles que des migraines, une fatigue chronique, des douleurs lombaires, des douleurs inexpliquées qui perdurent, des problèmes digestifs, des problèmes musculaires, des douleurs d’estomac… Il y a vraiment une panoplie de problèmes physiques qui peuvent être dus au stress chronique. Très souvent on dit que les patients somatisent, c’est-à-dire qu’un problème de santé mentale peut avoir des manifestations (signes et symptômes) physiques. Et souvent en pratique, quand on effectue la plupart des examens classiques, on ne trouve pas de cause organique et on commence donc à se rendre compte que la cause est probablement psychologique.

À côté de cela, on peut également avoir des conséquences sur la santé mentale comme le burn-out, c’est-à-dire un épuisement professionnel. On peut avoir d’autres conséquences, comme l’anxiété et même la dépression. On peut donc se retrouver avec des troubles mentaux qui vont perturber la performance au travail et qui peuvent causer un arrêt de travail chez la personne.

On peut aussi avoir des conséquences au niveau de la performance organisationnelle, c’est-à-dire que vous aurez un personnel soignant qui d’habitude était efficace, motivé et engagé, mais qui subitement est absentéiste ou présentéiste, ou alors ne fait plus son travail avec élan et motivation. Et cela va entraîner un déclin de l’efficacité au sein de l’hôpital dans lequel il travaille.

Cet ouvrage est adressé à qui?

La cible première, ce sont les personnels soignants en général et les médecins en particulier. Mais en réalité, tout travailleur et même toute personne qui aspire à travailler (c’est-à-dire même les personnes qui actuellement sont sans emploi) peut s’y retrouver. Parce que vous constaterez, lors de la lecture, que bien qu’il y ait des facteurs de risques spécifiques au milieu hospitalier, il y a des facteurs de risques communs à plusieurs milieux professionnels et si certaines précautions ne sont pas prises en amont, on peut faire les frais du stress chronique au travail.

Pour terminer, est-ce qu’il y a quelque chose que vous aimeriez ajouter?

Ce que je peux dire, c’est que j’encourage véritablement toute personne qui, de près ou de loin, s’intéresse à la question de la santé mentale au travail à lire cet ouvrage, car je pense que d’une façon ou d’une autre, il y aura une plus-value dans la façon d’appréhender ou de comprendre la question du stress chronique en milieu hospitalier public, notamment dans notre contexte.

Propos recueillis par Elvis Serge NSAA

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