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Lutte contre la déforestation au Cameroun : Le cacao au cœur de la protection de la biodiversité.

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Réunis à Yaoundé le 25 août 2026, les acteurs du secteur cacao ont validé la traçabilité et la géolocalisation des plantations pour sécuriser l’accès au marché européen tout en préservant la biodiversité forestière et les revenus des producteurs grâce à l’agroforesterie.

À quatre mois de l’application du Règlement européen contre la déforestation (RDUE), le Cameroun accélère la mise en conformité de sa filière cacao. Le 25 août 2026 à Yaoundé, le ministre du Commerce, Luc Magloire MBARGA ATANGANA, a réuni des exportateurs et des transformateurs pour évaluer leur niveau de préparation aux nouvelles exigences européennes. Traçabilité, géolocalisation des parcelles et conformité environnementale étaient au cœur des échanges. L’enjeu est important pour une filière fortement dépendante du marché européen. L’Union européenne absorbe environ 80 % des exportations de fèves de cacao du Cameroun durant la campagne agricole 2023/2024. À l’approche de l’échéance, les opérateurs doivent donc être capables de retracer l’origine du cacao et de démontrer que les parcelles exploitées répondent aux exigences du règlement européen. Cette mise en conformité intervient dans un contexte de pression sur les forêts camerounaises. Dans son rapport publié en juillet 2025, l’ONG Mighty Earth estime que 782 797 hectares de forêts ont été perdus au Cameroun depuis 2020. L’organisation précise toutefois que l’exploitation forestière demeure le principal moteur de cette déforestation, tandis que le cacao peut ensuite s’installer sur des terres déjà défrichées.

Le cacao, un allié de la biodiversité

Dans les systèmes agroforestiers, les cacaoyers ne sont pas cultivés seuls. Ils poussent au milieu d’arbres fruitiers et forestiers, certains plantés par les producteurs, d’autres conservés grâce à la régénération naturelle. Ces arbres maintiennent le couvert végétal, procurent de l’ombre aux cacaoyers et constituent des habitats pour différentes espèces animales et végétales. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souligne d’ailleurs que le Cameroun possède une longue tradition de culture du cacao dans les systèmes agroforestiers. Une étude menée en 2024 dans les bassins de production de Bipindi, Mintom et Djoum, dans la région du Sud, vient confirmer l’intérêt de ces

pratiques pour la conservation de la biodiversité. Réalisée par le Dr Alex Bruno DONG ETCHIKE, chercheur et enseignant à l’Université de Dschang, avec le financement de l’Union européenne dans le cadre du programme RESSAC, l’étude a recensé 71 espèces végétales appartenant à 62 genres et 27 familles. Les agro-forêts étudiées conservent entre 64,6 % et 72,3 % des espèces présentes dans les forêts naturelles voisines. Parmi les espèces recensées figurent notamment le Terminalia superba, connu sous le nom de Fraké, le Ceiba pentandra ou Fromager, ainsi que le Musanga cecropioides, appelé Parasolier. La présence de ces arbres montre que certaines cacaoyères peuvent conserver une diversité végétale importante lorsqu’elles sont conduites selon un modèle agroforestier. Pour Ghislain FOMOU, expert forestier de l’Institut européen des forêts (EFI), les parcelles agroforestières sont ainsi plus riches en biodiversité que les cacaoyères cultivées en plein soleil. La présence de plusieurs strates d’arbres permet de maintenir différents habitats et de créer des conditions plus favorables à la conservation des espèces.

Produire du cacao sans gagner sur la forêt

L’agroforesterie peut également contribuer à la restauration des terres dégradées. Jean-Michel HARMAND, chercheur au Cirad et au Cifor-Icraf, indique que des cacaoyères agroforestières installées dans les savanes du Centre-Cameroun peuvent, après quelques années, atteindre des performances comparables à celles implantées en zone forestière. Elles peuvent également favoriser la biodiversité, améliorer la fertilité des sols et contribuer au stockage du carbone. Mais l’agroforesterie ne constitue pas, à elle seule, une garantie de protection des forêts. Une cacaoyère créée après le défrichement d’une forêt naturelle peut toujours entraîner une perte de biodiversité, même si elle conserve ensuite plusieurs espèces d’arbres. L’enjeu consiste donc à privilégier les terres déjà dégradées et à éviter l’extension des plantations au détriment des espaces forestiers. Autrement dit, il ne suffit pas de planter des arbres dans une cacaoyère : il faut également s’assurer que sa création n’a pas entraîné la destruction préalable d’une forêt naturelle.

L’agroforesterie face aux exigences du RDUE

C’est sur ce point que les pratiques agricoles prennent une nouvelle importance avec le RDUE. Le règlement européen vise à empêcher la mise sur le marché de produits associés à la déforestation ou à la dégradation des forêts. Le cacao figure parmi les matières premières concernées. Pour les opérateurs camerounais, la traçabilité et la géolocalisation des parcelles doivent permettre de documenter l’origine du cacao. L’agroforesterie peut compléter cette démarche en maintenant

des arbres au sein des plantations et en limitant la pression exercée sur les espaces forestiers. La certification Rainforest Alliance s’inscrit également dans cette logique. Ses exigences portent notamment sur la conservation des écosystèmes naturels, la protection des cours d’eau et des zones tampons, ainsi que la plantation et la conservation d’arbres. Ainsi, le défi posé à la filière camerounaise ne concerne plus seulement les volumes de cacao à produire et à exporter. Il concerne aussi la manière dont ce cacao est produit et la capacité des acteurs à en démontrer l’origine et la conformité.

À l’approche de l’application du RDUE, l’agroforesterie apparaît donc comme une piste pour concilier production cacaoyère, conservation de la biodiversité et restauration des terres dégradées. Mais pour conserver durablement son accès au marché européen, le Cameroun devra surtout être capable de prouver que son cacao peut être produit sans avancer au détriment des forêts.

Marie Chantale FAIDA

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