Avec un taux de couverture de 84,4 % pour sa campagne de lancement, le pays introduit le vaccin contre le VPH dans sa routine. Un succès rendu possible par une offensive de proximité contre les fausses informations.
Le cancer du col de l’utérus ne sera bientôt plus une sentence de mort inévitable au Burundi. Responsable de plus de 1 000 décès par an, soit 18,8 % des morts par cancer dans le pays selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), cette maladie fait face à une riposte nationale sans précédent. Le gouvernement burundais a officiellement intégré le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) dans son programme de vaccination de routine.
Destiné en priorité aux jeunes filles de 9 à 14 ans, ce sérum administré en dose unique est une arme fatale contre le cancer. Bien que la campagne nationale actuelle cible spécifiquement les adolescentes pour briser la trajectoire du cancer utérin, les scientifiques rappellent que la vaccination des jeunes garçons reste un enjeu d’avenir crucial. Le VPH, virus sexuellement transmissible, est aussi à l’origine de cancers de la gorge, de l’anus et du pénis chez l’homme. Vacciner les deux sexes permet d’établir une immunité collective robuste et de bloquer définitivement la chaîne de transmission.
L’alliance stratégique avec Gavi
Pour déployer cette logistique à l’échelle nationale, le Burundi a pu compter sur l’appui crucial de Gavi, l’Alliance du Vaccin. L’organisation a cofinancé la campagne et sécurisé la chaîne d’approvisionnement pour garantir l’accès gratuit au vaccin dans tous les centres de santé.
Cette mobilisation s’inscrit dans une feuille de route internationale claire, comme le rappelle la Dre Marthe Sylvie Essengue Elouma, Directrice des pays prioritaires chez Gavi : « Des études ont montré une réduction de 87 % du risque de cancer du col de l’utérus chez les femmes vaccinées. Cette avancée constitue une étape vers l’objectif mondial commun d’ici à 2030 : vacciner 90 % des filles avant l’âge de 15 ans, dépister 70 % des femmes et traiter 90 % des personnes diagnostiquées. »
Traiter la rumeur avec mépris
Le principal obstacle à ce succès n’était pas technique, mais informationnel. Des rumeurs tenaces, liant faussement le vaccin à l’infertilité, ont poussé certaines familles à cacher leurs enfants. Dans une école primaire, 80 élèves ont même fui sous l’influence de croyances religieuses.
Face à ce défi, Gavi, le gouvernement et l’UNICEF ont soutenu des missions de sensibilisation porte-à-porte, impliquant les leaders communautaires et les agents de santé. Un engagement politique porté jusqu’au sommet de l’Etat par la Première dame, Angeline Ndayishimiye, qui a publiquement appelé les parents à traiter les fausses informations « avec mépris ».
Pour le Dr Polycarpe Ndayikeza, porte-parole du ministère de la Santé, la bataille de la communication ne fait que commencer : « Nous avons mené des actions directes dans les écoles et les communautés afin de rassurer la population sur l’innocuité du vaccin. À ce stade, nous n’avons pas encore commencé à utiliser des chatbots, mais nous envisageons des stratégies numériques, notamment via WhatsApp ou SMS. »
Le Burundi prouve qu’en associant sécurisation des vaccins et éducation des masses, la science peut triompher des préjugés pour sauver des milliers de vies.









