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Maternité et travail : Le Cameroun invité à revoir son dispositif

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Avec 14 semaines de congé de maternité et 1h au maximum consacrée quotidiennement à l’allaitement, les dispositions camerounaises sont jugées insuffisantes

Le retour au travail constitue très souvent un tournant difficile pour les jeunes mamans. Au Cameroun, nombreuses sont celles qui doivent reprendre leur activité professionnelle alors que leur bébé est encore âgé de quelques semaines. Dans les administrations comme dans les entreprises, la conciliation entre obligations professionnelles et allaitement maternel demeure un véritable défi. Une situation qui relance le débat sur la durée du congé de maternité et sur les conditions offertes aux femmes allaitantes sur leur lieu de travail.

Le constat est particulièrement préoccupant dans les administrations où les espaces aménagés pour permettre aux femmes de donner le sein ou de tirer leur lait restent rares, voire inexistants. Après la reprise du travail, certaines mères sont contraintes de quitter momentanément leur poste pour rejoindre leur domicile, lorsque celui-ci est suffisamment proche, afin de nourrir leur enfant. Une organisation difficile à concilier avec les exigences professionnelles et la distance qui sépare parfois le lieu de travail du domicile.

Pourtant, le cadre juridique camerounais prévoit déjà des dispositions spécifiques en faveur de la maternité et de l’allaitement. La loi n°92/007 du 14 août 1992 portant Code du travail accorde à la femme enceinte un congé de maternité de quatorze semaines. Celui-ci commence quatre semaines avant la date présumée de l’accouchement et peut, dans certaines circonstances médicalement constatées, être prolongé de six semaines. Le même texte prévoit également un dispositif destiné aux mères après leur retour au travail. L’article 85 dispose que, pendant quinze mois à compter de la naissance de l’enfant, la mère bénéficie de repos pour allaitement. Toutefois, la durée de ces repos ne peut dépasser une heure par journée de travail. C’est précisément cette articulation entre congé de maternité et période d’allaitement qui nourrit les interrogations. Quatorze semaines correspondent à un peu plus de trois mois, alors que les recommandations sanitaires internationales préconisent l’allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de vie. Au Cameroun également, les recommandations sanitaires retiennent cette période de six mois comme référence pour l’allaitement exclusif.

Le débat ne porte donc pas uniquement sur la durée du congé accordé aux femmes. Il pose également la question de la cohérence entre la législation du travail et les impératifs de santé publique. Une mère qui reprend son activité professionnelle après quatorze semaines se trouve encore loin du terme recommandé pour l’allaitement exclusif. Elle doit alors poursuivre l’allaitement tout en respectant ses obligations professionnelles. Les femmes qui reprennent leur

activité ont besoin de pauses régulières, mais aussi d’un endroit propre, sûr et privé pour allaiter ou tirer et conserver leur lait.

Au regard de ces recommandations, le dispositif camerounais apparaît donc comme un cadre qui pourrait être renforcé. La revendication portée par plusieurs professionnels de santé est de faire évoluer progressivement la durée du congé de maternité afin de mieux tenir compte des besoins de la mère et du nourrisson.

Interview : « Une heure, ce n’est pas suffisant pour allaiter un bébé »

Dr Kamo Selangaï, Médecin Pédiatre

Quel constat faites-vous chez les mères qui travaillent dans les administrations tout en poursuivant l’allaitement de leurs enfants ?

Le constat que nous faisons chez les mères qui travaillent dans les administrations tout en poursuivant l’allaitement de leurs enfants, c’est que le temps qui leur est accordé, la pause allaitement qui officiellement leur est accordée pour l’allaitement maternel ne suffit pas. Selon le feed-back reçu auprès de ces mères, ce temps-là ne suffit pas pour pouvoir pleinement allaiter leurs enfants.

Dr, Quelles sont les principales difficultés auxquelles ces mères sont

confrontées au quotidien pour concilier travail et allaitement ?

Les principales difficultés auxquelles ces mères sont confrontées au quotidien, c’est particulièrement le fait que ces mères soient au courant des bienfaits de l’allaitement maternel. Elles connaissent, parce que depuis des décennies, nous parlons de l’allaitement maternel, nous célébrons la journée mondiale de l’allaitement maternel, mais elles n’arrivent pas à l’appliquer pleinement, soit parce qu’elles travaillent. Beaucoup signalent qu’elles font des travaux qui laissent le stress, et lorsqu’il y a assez de stress, le lait ne coule plus. Les travaux qui prennent beaucoup de temps, et puis les une heure qu’on leur accorde pour allaiter leur bébé, ça ne suffit pas, parce qu’il y a des mamans qui travaillent de 8 heures jusqu’à 16 heures, 17 heures, et une heure, ce n’est pas suffisant pour allaiter un bébé, qui devrait peut-être être dans cet intervalle-là, qui devrait être allaité trois à quatre fois.

En tant que spécialiste de la santé néonatale et infantile, quelles solutions ou encore recommandations préconisez-vous pour faciliter l’allaitement chez les mères qui travaillent ?

En tant que spécialiste de santé néonatale et infantile, la solution que nous préconisons, c’est d’augmenter les congés de maternité des mères qui ont accouché. On peut se dire que sur le plan rendement social, ça peut diminuer l’économie, ça peut diminuer la rentabilité, mais nous nous demandons combien de femmes accouchent les camerounais ? Et puis essayons de regarder aussi ce qui se passe dans le monde. Nous avons la Roumanie, ce pays accorde deux ans de congés de maternité. Nous avons la Corée du Sud qui accorde un an neuf mois. La Norvège qui accorde un an quatre mois. Et bien d’autres pays développés, ces pays sont développés, ce sont des pays qui accordent le plus de temps aux mères, parce qu’ils ont compris que pour passer par la santé, pour avoir un bon état de santé des enfants, il faut accorder le temps à cette mère de s’occuper de son enfant. Et nous, nous avons des maladies infantiles, nous avons des problèmes que nous n’avons pas à résoudre. On nous dit qu’on peut résoudre cela par l’allaitement maternel. Mais nous accordons trois mois à une maman qui vient d’accoucher. C’est largement insuffisant parce que trois mois, c’est le temps qu’elle prend pour elle-même. Et à peine qu’elle a commencé l’allaitement, elle est convaincue que tout va bien, elle doit reprendre le travail. Donc le travail est un frein, c’est même un danger pour la santé de l’enfant. Nous ne disons pas de ne pas travailler, la femme doit travailler, mais les congés de maternité que l’État leur accorde de trois mois, c’est un frein énorme. Nous plaidons pour que ces congés augmentent au moins de six mois. Si les pays développés donnent plus d’un an, on perd quoi en donnant six mois à une maman, parce qu’elle doit allaiter et prévenir les maladies infantiles et même la mortalité de son enfant.

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Marcus DARE

Journaliste Reporter d'Images

Marcus DARE, Journaliste Reporter d'Images, exerçant dans la ville de Garoua dans le Nord Cameroun. Passionné des questions de santé, il mène des recherches et réalise des interview avec les professionnels du secteur afin d'éclairer les populations sur l'éducation à la santé. En plus d'être journaliste, Marcus DARE est juriste.

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