Malgré les alertes médicales, certaines femmes enceintes consomment encore de l’alcool, pensant à tort calmer leurs maux ou faire du bien à leur bébé. Pourtant l’alcool est un danger pour sa santé et celle du bébé.
Dans les débits de boissons ou dans nos maisons, il est devenu fréquent de voir certaines femmes enceintes avec un verre de bière ou de whisky à la main tranquillement installées. Une habitude perçue comme normale. Les futures mamans donnent les raisons derrière cette habitude : « Moi, je prenais du whisky du premier trimestre au deuxième. C’était la seule chose qui m’évitait de cracher. Aujourd’hui, elle a grandi et elle est en bonne santé », témoigne Carine. Comme elle, plusieurs femmes racontent leur expérience et défendent l’idée qu’une consommation modérée ne serait pas forcément dangereuse. « Il y a aucun inconvénient de prendre l’alcool pendant la grossesse. Au contraire, c’est bien bon pour l’épanouissement du fœtus et le bébé naitra bien propre, avec un joli teint et en bonne santé », affirme Sandra. Pour Theresa, « je bois même quatre Dopel quand je suis enceinte, c’est le bébé qui demande ». Des témoignages auxquels s’ajoutent ceux de femmes qui disent avoir consommé de l’alcool pendant leur grossesse sans constater de problème chez leur enfant. Ces expériences personnelles contrastent pourtant avec les recommandations médicales. Pour GNOGA, médecin généraliste, « l’alcool ne rime pas avec la grossesse ». Il rappelle que toute consommation expose potentiellement le fœtus à des complications.
L’alcool passe directement au fœtus
« Il faut savoir que l’alcool traverse très rapidement la barrière placentaire », explique le
médecin. Une fois arrivé dans l’organisme du fœtus, l’alcool est difficilement éliminé, car ses organes, notamment son foie, sont encore immatures. « Le foie du fœtus n’élimine pas l’alcool ou l’élimine très peu. L’alcool représente donc une substance tératogène qui perturbe le développement des organes de l’enfant », précise-t-il. Les conséquences peuvent être nombreuses. « On peut avoir une prématurité, lorsqu’il s’agit d’un accouchement avant 37 semaines d’aménorrhée, mais également un retard de croissance intra-utérin. On peut remarquer que le bébé est petit pour son âge. Dans certains cas, l’exposition peut également être associée à une mort fœtale in utero ou à des malformations congénitales, notamment cardiaques et faciales », indique le praticien.
Des conséquences qui peuvent toucher le cerveau
Les risques ne s’arrêtent pas à la croissance physique. « On peut avoir des atteintes neurologiques, notamment sur le développement psychomoteur, ainsi que des troubles du comportement et de l’apprentissage », poursuit le médecin. La forme la plus grave est connue sous le nom de syndrome d’alcoolisation fœtale. « C’est la forme la plus grave des troubles liés à l’alcoolisation fœtale. Elle se caractérise par un retard de croissance, une dysmorphie faciale et des atteintes du système nerveux central, notamment une déficience intellectuelle et des troubles du comportement », explique-t-il. Face à ces risques, le médecin insiste sur la prévention. « Il n’existe pas de seuil de consommation permettant de garantir qu’il n’y aura pas de complications. On ne peut donc pas dire qu’après deux verres, il n’y aura aucun risque. »
Le premier trimestre, une période particulièrement sensible
Certaines femmes pensent également qu’il suffit d’éviter l’alcool au début ou à la fin de la grossesse. Or, le médecin rappelle l’importance du premier trimestre : « Le premier trimestre correspond à la période de l’embryogenèse. C’est pendant cette période que les organes du bébé se forment. Si l’alcool interfère avec cette organogenèse, il y a beaucoup plus de risques de malformations congénitales. » Pour autant, cette période ne signifie pas qu’une consommation serait sans danger par la suite. « Il faut conseiller à la gestante d’éviter l’alcool pendant la grossesse », souligne le praticien. En consultation prénatale, les femmes qui consomment régulièrement peuvent être dépistées et accompagnées.
Si certaines expériences personnelles semblent rassurantes, elles ne suffisent pas à écarter les risques. Pendant la grossesse, le message médical reste donc sans ambiguïté : zéro alcool pour mieux protéger le bébé.
Marie Chantale FAIDA








