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Pharmacovigilance au Cameroun : La notification des effets indésirables repose sur les soignants notifiés pour protéger les patients

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Le Ministère de la Santé publique a bâti la pharmacovigilance autour de la DPML, de points focaux régionaux et de districts. Dans le Littoral, les experts demandent aux pharmaciens de signaler tout effet suspecté, avant une extension prévue aux patients.

Lors d’une semaine de sensibilisation, des pharmaciens de la région du Littoral ont reçu des explications sur la pharmacovigilance, soit la surveillance des effets indésirables des médicaments. Dr Nadège Ndoumbe, pharmacienne et point focal de vigilance à la Délégation régionale de la Santé publique du Littoral, demande aux professionnels de santé de notifier chaque effet suspecté, même lorsqu’un seul cas se présente dans leur officine.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la pharmacovigilance comme l’ensemble des activités de détection, d’évaluation, de compréhension et de prévention des effets indésirables ou de tout autre problème lié aux médicaments. La discipline s’appuie sur un constat. Les essais cliniques durent peu de temps et excluent souvent les femmes enceintes, les enfants et les personnes âgées. Des effets restent donc sous évalués ou inconnus au moment de la mise sur le marché. Le scandale de la thalidomide, dans les années 1960, a mis ce risque en évidence, puisque des enfants sont nés sans bras ou sans jambes après la prise du produit par leur mère pendant la grossesse. Ce scandale a donné naissance à la phase de suivi après commercialisation, qui commence avec l’autorisation de mise sur le marché et dure toute la vie du produit.

Un dispositif construit en trois décennies

Au Cameroun, la pharmacovigilance restait quasi inexistante dans les structures du Ministère de la Santé publique avant 1995. Le décret de 1995 a créé un service chargé de l’organiser, la Commission nationale du médicament a reçu en 1998 une commission spécialisée, le pays est passé en 2010 du statut d’observateur à celui de membre de l’Uppsala Monitoring Centre, et un décret de 2013 a créé un service des

vigilances au sein de la DPML.

Selon Dr Nadège Ndoumbe, le dispositif repose aujourd’hui sur la Direction de la Pharmacie, du Médicament et des Laboratoires (DPML), au niveau central, et sur des points focaux dans les dix régions. Ces derniers surveillent les effets indésirables et suivent la notification par les professionnels de santé. Chaque district de santé dispose aussi d’un point focal. Elle situe à 2021 la décision qui a organisé cette désignation par région, dans le prolongement de la réorganisation du gouvernement et du Ministère de la Santé.

Le circuit d’une notification

Un pharmacien qui constate un effet indésirable, ou un produit qui présente un problème, remplit une fiche de notification et l’envoie à son district de santé. Le district la transmet à la Délégation de la Santé, puis l’information remonte à la DPML. La fiche existe sur papier et en version numérique, avec KoboToolbox et ODK Collect, outil connu des équipes de santé publique lors des campagnes. Ce canal reçoit les effets liés aux vaccins comme ceux liés aux médicaments. La DPML propose aussi un formulaire en ligne et une adresse électronique vigilance@dpml.cm. La notification est obligatoire pour les professionnels de santé.

La spécialiste précise que le pharmacien n’a pas à établir le lien entre le produit et l’effet. Ce travail, appelé imputabilité, se déroule au niveau central, après investigations. Le Ministre de la Santé publique communique ensuite, en particulier sur les retraits de lots et les mises en garde adressées aux professionnels. En 2026, la DPML a publié plusieurs décisions de ce type, dont le retrait du marché des spécialités Acinet injectable et Traxol 1000 mg le 31 juillet, et elle a annoncé le 29 mai la mise en œuvre d’un système combiné de notification des cas de vigilance sanitaire.

Des notifications encore peu nombreuses

Interrogée sur le nombre annuel de notifications dans le Littoral, Dr Nadège Ndoumbe n’a pas donné de chiffre. Elle rappelle que la surveillance couvre d’abord les manifestations indésirables après vaccination, signalées par le Programme élargi de vaccination lors des campagnes. La nouveauté tient à la détection des événements qui suivent la prise d’un comprimé ou d’un sirop, un réflexe que tous les soignants n’ont pas acquis. Elle demande de notifier sur simple suspicion.

Les données publiées par la DPML vont dans le même sens. Dans son bulletin de 2019, la Direction indique que le nombre de cas notifiés ne permet pas de chiffrer

l’ampleur des effets indésirables dans les hôpitaux. Une mission menée en mai 2019 à l’Hôpital Central et à l’Hôpital Jamot de Yaoundé a constaté que les effets des antirétroviraux n’étaient pas recherchés de façon systématique, ni déclarés à la DPML. À l’inverse, la surveillance active de la chimio-prévention du paludisme saisonnier en 2018, dans 45 districts de santé des régions de l’Extrême Nord et du Nord, a permis de recenser environ 545 effets indésirables.

Le patient comme prochain notificateur

En 2023, le Ministère de la Santé publique a finalisé un plan stratégique national de pharmacovigilance, avec l’objectif de faire passer le pays du niveau de maturité 1 au niveau 3 de l’OMS. Il relevait que 40 % du marché des médicaments échappe au circuit officiel.

Pour Dr Nadège Ndoumbe, la sensibilisation des professionnels constitue la première phase. La seconde vise le patient, qui pourra notifier lui même une réaction après la prise d’un produit. Elle indique que la notification concerne le médecin, l’infirmier, le major et l’usager, et que le site de la DPML permet déjà à toute personne de déclarer un effet ou une anomalie sur un produit.

Interview : « Notifier, c’est sauver des vies »

Dr Nadège Ndoumbe

Point focal de vigilance à la Délégation régionale de la Santé publique du Littoral, Dr Nadège Ndoumbe décrit le circuit de notification des effets indésirables, de l’officine à la DPML

Comment la pharmacovigilance s’organise au Cameroun et dans le Littoral ?

Une direction du Ministère de la Santé, logée à la DPML, pilote le dispositif. Dans les dix régions, des points focaux surveillent les effets indésirables et la notification par les professionnels. Chaque district a aussi un point focal. Un pharmacien qui constate un effet ou un produit qui pose problème remplit la fiche et l’envoie à son district de santé, qui transmet à la Délégation.

Pourquoi chaque notification compte ?

Un site n’a qu’une vision limitée. Nous avons une vue plus large. L’imputabilité se fait au niveau central, après investigations, et le Ministre communique ensuite sur les retraits de lots et les mises en garde.

Depuis quand ce système existe ?

Depuis 2021, avec une décision sur la désignation des points focaux par région, après la réorganisation du Ministère.

Combien de notifications par an ?

La surveillance est vaste. Les manifestations après vaccination sont signalées depuis longtemps par le PEV. Ce que nous apportons, c’est la détection des événements

qui suivent la prise d’un médicament. Nous insistons sur la sensibilisation, et on notifie sur suspicion.

En ligne ou sur papier ?

Les deux. La fiche papier a été révisée par le service de vigilance de la DPML. En ligne, on utilise KoboToolbox et ODK Collect, pour les vaccins et les médicaments.

Qui peut notifier ?

Nous en sommes à la phase une, avec les professionnels. Nous voulons que le patient notifie aussi. C’est l’affaire de tous, et le site de la DPML le permet.

Un dernier mot ?

Notifier, c’est sauver des vies. Ayons ce réflexe.

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