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Projet IMPACTING à Campo : L’éthique médicale au cœur de la lutte contre les insectes tueurs

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Réunis à l’hôtel de ville de Campo, les chercheurs du projet IMPACTING, menés par le Dr Basile Kamgang, ont dévoilé une série d’outils de surveillance entomologique révolutionnaires.


Dans le district de santé de Kribi, qui englobe Campo, le paludisme reste la première des maladies à vecteurs.

« Il est inacceptable qu’une personne meure parce qu’elle n’a pas pu accéder aux soins en arrivant à l’hôpital. » Cette déclaration, aussi ferme que solennelle, émane du Médecin de l’arrondissement de Campo. Elle résonne comme un avertissement et un engagement. Le 28 mai 2026, à l’hôtel de ville de Campo, le projet IMPACTING a organisé un atelier de dialogue politique réunissant près de 43 participants. Autorités locales, personnels de santé, chefs traditionnels, forces de l’ordre, responsables religieux et chercheurs se sont donné rendez-vous pour un objectif commun : repenser ensemble la lutte contre les maladies à vecteurs dans cette région où la forêt équatoriale, les zones humides et la proximité avec la frontière guinéenne compliquent chaque jour l’action sanitaire.

Car le constat est alarmant. Dans le district de santé de Kribi, qui englobe Campo, le paludisme reste la première des maladies à vecteurs. En effet, 29 947 cas confirmés ont été enregistrés entre 2024 et 2025, dont 16 671 pour la seule année 2025. Par ailleurs, entre janvier et mai 2026, 6 768 cas supplémentaires ont déjà été rapportés. À ces chiffres s’ajoutent 24 cas suspects de fièvre jaune, dont trois ont été confirmés en laboratoire en 2025 dans les aires de santé de Talla et Grand Batanga. De plus, la trypanosomiase humaine africaine, communément appelée maladie du sommeil, continue de sévir dans la zone de Campo avec 19 cas rapportés entre 2022 et 2025, et un nouveau cas déjà enregistré en 2026. Face à cette réalité, une mobilisation s’imposait.

C’est dans ce contexte que le Dr Basile Kamgang, investigateur principal du projet IMPACTING, a présenté les objectifs de cette initiative. Il a d’abord rappelé que les maladies à vecteurs sont influencées par de multiples facteurs, notamment les changements climatiques, l’urbanisation rapide et les modifications de l’utilisation des sols. Il a ensuite détaillé les outils innovants déployés sur le terrain. Parmi ceux-ci figurent le piège BG-Sentinel, utilisé pour

capturer les moustiques adultes vecteurs de la dengue, du chikungunya ou de la fièvre jaune. Le piège lumineux CDC équipé de l’innovation MX Adaptor a également été présenté, de même que les Ovitraps et Ovicups destinés à collecter les œufs de moustiques. Enfin, le piège BioFly et le piège Esperanza Window ont été montrés aux participants. Ces technologies, a expliqué le chercheur, permettent d’améliorer la collecte de données entomologiques et d’orienter les décisions de santé publique.

En complément, le Dr Mélachio Trésor a présenté les activités de lutte contre les glossines, les mouches tsétsé, menées à Campo. Il a d’abord rappelé l’ampleur du problème : ces insectes occupent près de 10 millions de kilomètres carrés sur le continent africain et menacent environ 60 millions de personnes. Ensuite, il a chiffré les pertes économiques liées à la trypanosomiase animale, estimées à 4,75 milliards de dollars américains par an. En effet, l’infestation par les tsétsés entraîne une baisse de productivité du bétail de 10 à 50 %, une chute de la production agricole d’environ 10 % et une réduction de la production laitière de 10 à 40 %. Heureusement, les interventions déployées à Campo, notamment les « Tiny Targets », des écrans imprégnés d’insecticide, ont déjà montré des résultats encourageants. Les populations de glossines ont significativement diminué et des équipes locales ont été formées pour assurer la pérennité des actions. Cependant, plusieurs défis persistent. D’une part, l’expansion des plantations de palmiers à huile, qui emploient plus de 1000 travailleurs, a considérablement modifié l’écosystème local, créant de nouveaux habitats favorables aux vecteurs. D’autre part, la proximité avec la Guinée équatoriale rend indispensable une collaboration transfrontalière. Les chercheurs ont d’ailleurs annoncé que des ateliers de formation sont en cours avec des partenaires équato-guinéens pour harmoniser les stratégies de lutte des deux côtés de la frontière. Un participant a d’ailleurs souligné avec justesse que les vecteurs ne connaissent pas les frontières et que les efforts déployés d’un seul côté risquent d’être compromis.

L’atelier s’est achevé par une série de recommandations concrètes. Il a été proposé de renforcer les campagnes de sensibilisation au niveau communautaire. Il a également été suggéré d’impliquer davantage les jeunes et les enfants dans la construction de pièges à insectes simples, afin de favoriser l’appropriation locale des méthodes de lutte. Les participants ont recommandé l’amélioration des services de soins pour accroître la confiance des populations dans le système de santé. Enfin, la mise en place de systèmes de surveillance communautaire a été préconisée pour permettre une détection précoce et une notification rapide des cas suspects. En définitive, cet atelier a démontré que la lutte contre les maladies à vecteurs ne saurait se limiter à des solutions purement techniques. Elle exige une véritable co-construction entre chercheurs, autorités sanitaires, autorités administratives et populations locales. La volonté affichée par tous les acteurs, du représentant du préfet jusqu’aux simples chefs de village, laisse espérer des avancées concrètes dans les mois à venir. Le projet IMPACTING semble avoir ouvert une brèche prometteuse.

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Elvis Serges NSA'A DJOUFFO TALLA

Rédacteur en Chef Adjoint

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