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Parler pour soigner ,OraSanté : Soigner la personne ,pas seulement la pathologie

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Derrière la froideur de certains plateaux techniques et l’urgence des diagnostics, un mal silencieux ronge nos hôpitaux : le déficit de communication. Entre traumatismes de patients délaissés et erreurs médicales évitables, la startup OraSanté propose une thérapie par les mots. Un projet salutaire qui fait déjà ses preuves, mais qui appelle urgemment au soutien des pouvoirs publics et des partenaires financiers.

« Soigner, c’est bien, mais parler aux patients, aux familles et même entre personnels de santé est tout aussi capital », pose d’emblée Mme Matip Géraldine Fany, promotrice de la startup OraSanté, lancée en 2025. En effet, dans un système souvent saturé, la communication est trop fréquemment reléguée au second plan. Pourtant, l’histoire de cette jeune entreprise sociale naît d’un constat douloureux, partagé par des milliers de familles : le traumatisme de l’indifférence en milieu hospitalier. Pour Géraldine, le déclic a été personnel et familial : « OraSanté naît du fait que beaucoup d’entre nous ont été traumatisés en milieu hospitalier parce que la communication n’était pas adéquate. Moi, par exemple, avec le cas de ma tante qui devait se faire opérer, nous avons été abandonnés à nous-mêmes dans le service d’accueil. » À cet abandon émotionnel s’ajoute une réalité technique implacable que la promotrice, elle-même professionnelle de la santé, a vécue de l’intérieur : « Il était difficile pour nous de communiquer efficacement avec les patients, et la plupart des erreurs que nous rencontrions autrefois étaient dues à la mauvaise communication. »

Institutionnaliser la communication thérapeutique

Face à ce diagnostic alarmant, OraSanté apporte une réponse concrète : faire de la communication thérapeutique un pilier indissociable du soin. Il ne s’agit pas simplement de meubler le silence, mais d’appliquer une véritable méthodologie : se préparer personnellement, saluer, briser la glace pour rassurer, et surtout, pratiquer une écoute active. « L’écoute du patient consiste à accorder de l’attention à ce dernier, arrêter ce qu’on fait pour se concentrer sur ce qu’il dit, reformuler ses propos… laisser le malade s’exprimer », explique la fondatrice. Pour y parvenir, OraSanté déploie une stratégie hybride mêlant des formations innovantes, en ligne et en présentiel, et des événements stimulants comme un grand concours d’éloquence inter-instituts de formation paramédicale. Pour donner de l’envergure à cette vision, la startup s’entoure

d’éminents experts, à l’instar du Pr Jemea Bonaventure pour le volet médical, et du célèbre journaliste Jean-Jacques Ze pour le volet communication. L’objectif est clair : ouvrir l’horizon des soignants vers la communication en santé, l’écriture et l’action humanitaire.

Des impacts vitaux à court et long termes

À court terme, OraSanté ambitionne d’enraciner ses modules de formation dans la région du Centre, avant de s’étendre aux autres régions du triangle national et au-delà des frontières. À long terme, c’est une véritable révolution systémique qui est visée pour sauver des vies et préserver la confiance envers la médecine moderne. « Nous voulons que demain, un patient ne meure pas parce que la communication n’a pas été efficace, qu’un hôpital ne ferme pas parce que sa réputation a été ternie […] et qu’on ne fuie pas le milieu hospitalier pour aller embrasser d’autres pratiques de soins qui ne sont pas toujours idoines », martèle Géraldine avec force.

Un projet qui porte déjà ses fruits

Sur le terrain, l’impact est déjà palpable auprès de la deuxième promotion de la startup. Les témoignages d’étudiantes en sciences de la santé démontrent à quel point OraSanté comble un vide pédagogique crucial. Eneni Ewolo Gadielle Belinda, de l’Institut Supérieur Paramédical de la Croix-Rouge Camerounaise, dit : « Depuis deux semaines, nous avons été captivés par OraSanté… Ce qui m’a poussée à faire cette formation, c’est de vaincre la peur, le stress. » Poutougnigni Fadilatou, de l’école des infirmiers techniciens médico-sanitaires, confie : « Cette institution m’a apporté plus de connaissances. Cela a réduit mon stress, ça m’a permis de parler avec les gens, en public. » Mbougue Dilane, de l’école des sciences médicales d’application Marie-Zambo, actuellement en stage : « Cela me permet de communiquer aisément avec les patients, sans stress, sans peur. »

Un cri du cœur pour un accompagnement institutionnel

Malgré ces réussites précoces et le soutien précieux du Groupe Saint-Christophe, le chemin reste semé d’embûches. Pour passer de l’étincelle locale à l’impact national, OraSanté fait face au nerf de la guerre : le manque de ressources financières. Le projet ne pourra pas survivre par la seule foi de son équipe ; il s’agit ici d’un véritable plaidoyer pour la santé publique.

Investir dans OraSanté, ce n’est donc pas seulement soutenir une startup de jeunes dynamiques ; c’est financer l’humanisation de nos hôpitaux, redonner de la dignité aux malades et s’assurer que demain, la parole qui soigne ne soit plus une exception, mais une norme solidement ancrée dans le système de santé publique. Les ministères sectoriels et les bailleurs de fonds sont interpellés : il faut sauver le soldat OraSanté pour qu’à son tour, il continue de sauver des vies.

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Audray Ndengue

Journaliste

Ndengue Audray, journaliste dans le groupe Échos santé, Brevet de Technicien Supérieur en sciences et techniques de l'information et de la communication à l'Institut Universitaire Siantou. Écris et parle parfaitement le français

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