Avec plus de 28,3 milliards de F CFA de créances non recouvrées, la Sénégalaise Pharmacie Nationale d’Approvisionnement (SEN-PNA) touche le fond. Entre fournisseurs qui coupent le robinet, recrutements jugés « clientélistes » et menace directe de pénurie pour les malades notamment les insuffisants rénaux, l’intersyndicale SAS-SAMES réclame l’intervention urgente de l’Etat pour éviter le krach sanitaire.
Le secteur de la santé au Sénégal fait face à une urgence absolue. Lors d’un point de presse solennel, l’intersyndicale SAS-SAMES a tiré le signal d’alarme sur l’état de détresse financier de l’établissement public. Les révélations de son secrétaire général, le Dr Ibrahima Ba, dessinent les contours d’un effondrement imminent, avec des créances globales dues par l’État qui culminent aujourd’hui à 28 364 471 079 F CFA.
Cette somme témoigne d’une nette aggravation de la situation en l’espace d’une seule année, alors que le passif se situait autour de 25 milliards de F CFA un an plus tôt. D’après l’organisation syndicale, cette dérive provient du sous-financement systématique de plusieurs programmes nationaux de santé publique et de retards récurrents de remboursement des crédits budgétaires alloués. Dans ce gouffre financier, le programme national de dialyse représente la part la plus vertigineuse, cumulant à lui seul 15 056 095 301 F CFA d’impayés.
Ruptures de stocks et blocage des fournisseurs
L’accumulation de ces créances étatiques asphyxie gravement la trésorerie au quotidien de la SEN-PNA. Ne disposant plus de la liquidité nécessaire, la structure se retrouve dans l’incapacité de renouveler ses stocks stratégiques de médicaments, d’honorer ses engagements auprès des laboratoires partenaires et de financer la modernisation de son outil logistique.
En réaction aux retards répétés de paiement, plusieurs fournisseurs et partenaires privés ont pris la décision radicale de suspendre leurs livraisons de médicaments essentiels et de produits de santé. Cet arrêt des approvisionnements fait faire un saut vers l’inconnu à l’ensemble du système de santé public. Si les hôpitaux et centres de santé ne sont plus alimentés à temps, les ruptures de stock vont se multiplier, compromettant l’accès universel aux soins. Les populations défavorisées
seront contraintes de s’approvisionner dans les officines privées à des coûts prohibitifs, accentuant la précarité sanitaire et sociale dans tout le pays.
Insuffisance rénale et dialyse en danger
Parmi toutes les victimes potentielles de cette impasse, les patients souffrant d’insuffisance rénale chronique se retrouvent en première ligne. Le blocage des 15 milliards de F CFA dédiés aux kits de dialyse fait peser un risque mortel sur leur prise en charge. Pour ces malades, la régularité absolue des séances de dialyse constitue la seule barrière contre une détérioration vitale. La suspension des livraisons de kits et consommables spécifiques par les laboratoires créanciers risque de stopper prématurément ces traitements. L’intersyndicale avertit qu’une telle éventualité constituerait un drame humain d’une ampleur inédite, remettant directement en cause l’obligation de l’Etat de garantir le droit à la santé. Selon le Dr Ibrahima Ba, sauver la SEN-PNA revient à préserver la souveraineté sanitaire du Sénégal, garantir le droit à la santé des populations et protéger un outil stratégique au service de la Nation.
Mauvaise gouvernance et solutions de sortie de crise
Outre le comportement payeur défaillant de l’Etat, le syndicat SAS-SAMES pointe du doigt la gestion interne de la SEN-PNA. L’organisation dénonce vivement des pratiques de recrutement effectuées hors plan, jugées clientélistes, qui ont alourdi la masse salariale et compliqué la gouvernance budgétaire de la structure. Pour assainir le fonctionnement interne, l’intersyndicale exige un audit approfondi des ressources humaines afin d’optimiser la gestion des effectifs. Elle réclame que chaque recrutement futur réponde à des besoins réels, basés sur le mérite, la compétence et la transparence, tout en exigeant la réintégration des travailleurs de la structure régionale de Dakar.
Afin d’éviter une faillite globale du système d’approvisionnement en médicaments du Sénégal, l’intersyndicale interpelle vivement les autorités sur plusieurs chantiers prioritaires. Il convient d’opérer l’apurement immédiat des créances en débloquant les 28,3 milliards de F CFA nécessaires au règlement des fournisseurs. Parallèlement, la sanctuarisation du programme de dialyse s’impose à travers l’inscription directe et fléchée de ses crédits budgétaires dans les comptes de la SEN-PNA. A cela doit s’ajouter la définition d’un modèle financier pérenne capable de restructurer le financement des programmes nationaux de santé publique pour éviter toute résurgence d’impayés.
Enfin, la réinstauration d’un dialogue social constructif via un cadre de concertation permanent permettra d’apaiser le climat social. Face à l’urgence sanitaire qui se profile, le salut de la Pharmacie Nationale d’Approvisionnement exige désormais un engagement au plus haut niveau de l’État sénégalais.









